Textes pour le mois de September 2003
Jalousie
de Thomas le Monday 29 September 2003
Son portable venait de sonner. Tandis qu’elle prenait sa douche, je me dirigeai vers la chambre ou l’écran du téléphone pourfendait l’obscurité du petit matin. Il est cinq heures. Paris s’éveille en même temps que ma colère.
Quelques mots transforment mon sang acide en torrents de lave. Je tombe à genoux et sens deux perles salées glisser le long de mes joues. Elle chante. J’entrouvre la porte qui sépare la salle de bain de mes larmes, apercevant ainsi les douces courbes qui ondulent à travers la vitre embuée.
” Samuel vient encore une fois de t’envoyer un message “. Elle tressaillit, se retourne et fait glisser lentement la paroi dégoulinante de la douche. J’aperçois son visage angélique décomposé par la teneur de ma voix ou plutôt de cette voix, monstrueuse, violente, disséquée par la jalousie.
” Samuel qui ? ” répond-elle dans un calme qui me transperce. Mes poings se referment. J’ai les paumes des mains lacérées par mes ongles. Elle attrape une serviette et commence à se sécher vigoureusement les cheveux.
” Tu sais très bien de qui je parle “. Elle mime l’interrogation. C’est une actrice, moi pas. Je fais un pas en avant, je lève la main, ferme les yeux… Un bruit de verre brisé me ramène à la réalité. Mes paupières se desserrent. Marie est assise par terre, dans la douche, parmi les morceaux de verre. Ses pieds écorchés baignent dans le sang. Son sang. Elle me regarde avec une souffrance dont j’ai été trop souvent l’initiateur. Ce n’est pas de ma faute. Je l’aime. Les bras ballants, je sors de la pièce et me dirige vers la cuisine. Le café est terminé.
” Excuse-moi “, dis-je, une tasse du bouillant nectar à la main. Appuyé contre le chambranle qui sépare la chambre de la cuisine, je la regarde arpenter la pièce. Le léger sourire qui déformait alors mon visage depuis un court instant disparaît sans laisser de trace. Méthodiquement mais rapidement, elle entasse dans sa valise : vêtements, bijoux et autres ustensiles féminins.
” Je rentre à Paris “. La tasse m’échappe des mains et se brise en deux contre le sol. Le liquide noir prend la forme d’une flaque avant de s’infiltrer dans les rainures moisies du parquet. Une seconde claque la projette sur le lit. Son déshabillé de satin retroussé laisse entrevoir la majeure partie de ses cuisses. Elles sont parfaites. Je n’ai jamais vu une femme aussi belle.
” Laisse-moi “, hurle-t-elle en se relevant. Je tends le bras et l’attrape à la gorge. J’approche mes lèvres de son oreille gauche : ” Je ne saurai pas vivre sans toi… tu comprends ces mots “.
Elle se dégage d’un coup de genou et me crache au visage. Je m’essuie de la main droite avant de lui asséner férocement un coup de poing dans le bas-ventre. Elle s’effondre à mes pieds, pliée en deux.
“Tu me fais peur… laisse-moi m’en aller “, sanglote-t-elle. Devant mon refus empreint de silence, elle enfonce ses canines dans ma chair. Pour mettre fin à cette douleur, je la défigure d’un coup de pied dont la brutalité dépasse tout ce que j’avais pu imaginer jusqu’alors.
Elle est allongée sur le sol. Je sais qu’elle ne se relèvera plus, pourtant je lui murmure : ” Marie. Marie. Tu sais que je n’aurais pas su vivre sans toi… ” Tandis que je sers son visage meurtri dans mes bras, une mare de sang entoure son corps.
Les membres engourdis par cette jalousie désormais apaisée, je m’assieds, renifle quelques grains de poussière d’ange, lève les yeux au ciel puis la regarde. La réalité est floue. Marie est belle. Je m’approche, trempe mon index dans son sang encore chaud et griffonne sur le mur jauni par le temps : ” Notre amour était contre toi, contre moi… “
Demain les journaux en feront sans doute leurs gros titres.
” Quoi ? “. Je me retourne et aperçois un monsieur d’un âge certain, les lunettes maladroitement posées sur le nez. ” C’est à moi que vous parlez ? “, reprend-il. Je secoue lentement la tête. Autour de moi, des gens discutent. Les allées du musée sont vides, froides comme les cadavres de la majorité des artistes représentés. Personne ne fait attention à moi. Je suis face à ce tableau, reproduction parfaite du meurtre de Marie.
C’est toujours à ce moment que je me réveille dans ma cellule, docteur et que je me rends compte que je l’ai réellement assassinée.
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Rendons à César…
de Thomas le Friday 5 September 2003
Il y a quelques mois, j’ai vu un cours-métrage au scénario excellent dont j’aurais bien voulu être l’auteur… Alors je me suis dit que j’allais produire un texte à partir de l’idée de ce court-métrage… mais bon, je n’ai aucun mérite !
“Je t’aime” dit-elle. Tandis que leurs yeux se contemplaient, leur amour n’avait jamais été aussi fort, aussi porteur de sens que cette après-midi-là. Dehors, il faisait chaud, le soleil de son jaune le plus éclatant, plombait le ciel bleu azur. Les gens marchaient dans la rue doucement, les heures torrides et dépourvues d’air s’imprégnaient sur leurs visages dégoulinant de sueur.
Ils étaient assis l’un en face de l’autre, séparés par une petite table dont les pieds en inox reflétaient la blancheur sibylline de la salle. Les murs étaient blancs, fissurés, ornés de radiateurs vétustes, jaunis par le temps. Ils se fichaient de cet endroit déprimant ; leurs mains entrelacées tremblaient de joie. Ce moment, elle l’avait attendu avec toute l’impatience qu’un enfant peut avoir le matin de Noël. Ses narines frémissaient au moindre soupçon d’odeur parfumée qu’elles pouvaient percevoir ; ce qui entraînait instantanément un frisson incontrôlable le long de son échine dorsale. Un frémissement identique à celui qu’éprouvent les amateurs de musique classique lorsqu’une note qu’ils attendent depuis le début de la symphonie, survient au détour d’un accord.
Les pointes de leurs pieds se touchaient, posées sur le carrelage moucheté dont les couleurs éparses semblaient plus immondes les unes que les autres. La pièce horrible et spacieuse n’était qu’un décor inapproprié à ces puissantes retrouvailles amoureuses. Une seule de ces minutes passées à s’observer, à se dévisager tendrement devenait une récompense immortelle à la séparation qu’ils venaient d’endurer. Le souvenir de ce moment se créait peu à peu et il serait inoubliable, comme tous ses précédents.
” Et toi ? Tu m’aimes “, reprit-elle tandis qu’à ces côtés deux petites filles étreignaient leur père comme s’il s’agissait de la dernière fois. Il ne lui répondit pas… du moins, aucun mot ne dépassa le bord de ses lèvres. Les émotions étaient trop présentes dans ses yeux pour qu’elle ne devine pas tout ce que cet instant représentait pour lui. Lui, qui avait été réveillé ce matin-là à 4h15 par la stridence de son réveil et avait ensuite pris deux trains et trois bus afin de se retrouver l’élue de son cœur, ” ma femme ” comme il aimait l’appelé… Cette expression impersonnelle, il la chérissait… elle voulait tout dire… Ces deux mots symbolisaient toutes les années qu’ils avaient passés côte à côte, heureux, avec l’incessante passion de vouloir à eux deux recréer le monde.
Elle se souvient encore de leur première rencontre, de la cigarette qu’il lui avait proposée, de la balançoire sur laquelle elle s’était assise, des cris d’enfants qui, non loin, jouaient leur vie…
Elle lui sourit, il fit de même mais ces sourires se crispèrent lorsqu’une voix tressaillit du fond de la pièce : ” S’il vous plaît, il est l’heure “. Ils n’entendirent pas la suite, déjà, elle pleurait… Il essaya de la réconforter d’un baiser qui n’assécha pas ses lourdes larmes, creusant un peu plus les joues qu’il avait autrefois si souvent embrassées. Une dame l’empoigna par le bras. Elles s’éloignèrent. Une lourde porte se referma avec le claquement sec caractéristique d’un cadenas d’acier.
Les bras tombant, il fit demi-tour, sortit de la prison et se retourna une dernière fois avant de rejoindre l’arrêt de bus de l’autre côté de la rue.
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Les plaisirs du petit matin
de Thomas le Thursday 4 September 2003
Lorsque le jour frappe à la fenêtre, bousculant Morphée d’un solide coup d’épaule, qu’il est doux de prendre son temps pour chaque action… Un temps pour ouvrir les yeux, un temps pour s’asseoir, un temps pour se mettre debout…
Ce que j’aime par dessus tout - ces quelques lignes sont ironiques - c’est, dégoulinant d’eau chaude, sortir de la douche, me nettoyer les oreilles à l’aide de l’un de ces petits battons qu’on appelle couremment “coton-tige” et, tout en imaginant le sénario d’une journée parfaite, être rappelé à la dure réalité de la vie par une douleur atroce… celle du coton-tige qui, par mégarde, s’est enfoncé quelques millimètres trop loin !
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Un lieu bizarre
de Thomas le Thursday 4 September 2003
Ce matin, il devait être 11h23, j’ai été forcé de pénétrer dans un endroit étrange… Je n’avais pas du tout envie de pousser la porte de verre mais c’est pourtant ce qui s’est passé ! A l’intérieur, une femme a simplement tourné la tête et nous a lancé un “asseyez-vous” des plus convivial - viviaux ! J’étais le seul membre de la gente masculine… pas que je sois totalement importuné par ce fait mais… pour tout vous dire, j’étais assez mal-à-l’aise ! Mes yeux fuyaient ceux qu’ils rencontraient, même ceux qui tentait de calmer mon effroi.
Tout-à-coup, alors que mentalement je m’y étais à peine préparé, une voix provenant du fin fond de la pièce s’adressa à moi : “Prenez place, je vous prie”… J’exécutai après avoir décoché un regard qui trahissait mon angoisse !
A peine assis, mes organes commencèrent à trembler tandis qu’une jeune femme me massait onctueusement le cuir chevelu… Je fermai les yeux afin de m’égarer quelques instants dans mes pensées. Soudain je fut happé de mes rêveries par un intense friction qui stoppa net lorsqu’une voix derrière moi - la même qui m’avait interpellé - conclut par un mélodieux “Suivez-moi”. Ce que je fis sans me faire prier !
Assis face à mon reflet, je ne savais que regarder ! Tout autour de moi, des dames d’un âge certain discutaient des dernières folies du bourgmestre, la - ô combien délicieuse - bovine Anne-Marie Lizin.
Un “aurevoir” cordial retentit, une porte claqua et une jolie demoiselle s’approcha de mon épaule pour triturer mes cheveux de ses doigts grâcieux. “Que voulez-vous ?”, me demanda-t-elle. Je dûs alors me forcer à articuler quelques mots qui vraisemblablement formèrent des phrases puisqu’aucun étonnement ne se fit entendre.
La demoiselle se lança dans un ballet, une véritable chorégraphie dont les seuls pas étaient exécutés à l’aide de ciseaux et tous mes efforts datant des derniers mois se réduisirent à néant… Ce à quoi je répondis “Merci et au revoir” tout en lançant sur le comptoir 14,90 €…
C’est clair, je déteste aller chez le coiffeur…
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Pauvres d’eux
de Thomas le Tuesday 2 September 2003
En fouillant certains blogues, je suis tombé sur un texte qui m’a littéralement stupéfié… me sentant senti visé, je vous donne l’occasion de lire ces quelques stupides lignes… http://news.rheto.net/
August 27, 2003
[La pertinance des journalistes]
Les journalistes m’ont toujours interpellé par leurs savantes questions.Des années d’études pour aboutir à la capacité de poser les questions qui permettent de faire avancer le monde.
Par exemple, ce matin sur Bel-RTL au journal de 8h00, Anne Quiévrain (la responsable souveraineté de RTL) est interviewée à propos de l’annonce de l’heureux évènement du prince Gugus et de sa compagne.
Et bien c’est là que j’ai pu être, une fois de plus, impressionné par cette longue formation de journaliste, par la puissance de leurs questions.
- “Pensez-vous que le roi et la reine soient contents de cette maternité ?”
Moi je dis que n’est pas journaliste qui veut et qu’une question de cette pertinance n’est pas donnée au premier venu. C’est sur que suite à l’annonce, Albert à du dire à Paola :
- “c’est pas vrai ! On est reparti pour un tour chez Baby 2000. Ils me pompent avec leurs gamins !”
Du grand journalisme !
Posted by Ced at 02:34 PM | Comments (0)
Il est vrai que moi aussi j’ai vaguement critiqué cette absence d’information, mais, ayant travaillé dans un quotidien local - que certains affublent du groupe qualificatif “de proximité” - je suis beaucoup mieux placé que ce “Ced” pour discuter les questions de ces journalistes qui, patron et audience obligent, doivent réduire leurs performances au minimum !
Guidés par la dictature de l’audimat, les journalistes doivent uniquement leurs règles de travail aux lecteurs, aux auditeurs et aux téléspectateurs ! Bref, si le journal de Bel-RTL est si mauvais, c’est un peu de ta faute “Ced”!!!
J’ajouterai également que le grand journalisme n’existe que dans tes fantasmes… L’information n’a de sens que pour celui qui la produit, celui qui la transmet et celui qui la reçoit ! Être journaliste aujourd’hui, ce n’est aucunement faire avancer le monde… Être journaliste, c’est accompagner le lecteur-auditeur-téléspectateur dans sa solitude et l’aider à se faire une idée de l’actualité… seulement, celui-ci doit pouvoir penser par lui-même en se référençant à plusieurs types de presse et ne pas avaler le “prêt-à-penser” vulgaire au possible !
Ce n’est donc pas en écoutant le journal de Bel-RTL tout en mangeant ta tartine de choco et en lisant le Metro dans le bus, que tu deviendras intelligent…
Je terminerai en te disant que le journalisme ne s’apprend pas et qu’il n’y a rien de mieux que “l’information dite de proximité”… Au diable les vieux hiboux grincheux qui rêvent du Pulitzer, affalés dans leur fauteuil de direction “simili cuir” et retapant entre deux cigarettes les dernières brèves prodiguées par Reuters en y ajoutant leur nom en toutes lettres !
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