Textes pour le mois de December 2003
Insouciance
de Thomas le Tuesday 23 December 2003
Jérusalem 2003, une fillette, le dos creusé par le canon ivre d’un fusil, avance dans la rue qui l’a vue grandir. Impuissants, les yeux pleins de larmes, les riverains la regardent et se souviennent. Six ans plus tôt, dans un hôpital délabré, une jeune palestinienne, affaiblie par la tristesse et l’humiliation, souffrait une dernière fois. Cette ultime douleur avait laissé place à la vie d’une petite fille. La jeune maman avait vu l’armée envahir d’abord sa ville, ensuite sa rue. Elle savait que la paix ne reviendrait qu’après la perte de tous les siens. Désormais elle ne pourrait plus les protéger.
Cependant, sa petite fille a en cette époque la chance d’être malade. Cette maladie incurable qu’est l’autisme lui laisse l’aubaine de grandir dans son monde, un monde dominé par le rose, où le kaki de la guerre n’existe pas.
La fillette marche toujours, elle sourit aux gens qui la regardent ; ce n’est qu’un jeu de plus. Un soldat la pousse contre un mur, quatre autres rechargent leurs armes. La petite fille ne comprend pas, les sommations israéliennes ressemblent à une chanson, une chanson qui résonne sous sa chevelure brune. Tandis que les soldats ajustent leur tir, elle danse…
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Triptyque de porcs
de Thomas le Sunday 14 December 2003
Il était une foire à Gricole, une contrée lointaine où marchands et autres arnaqueurs mercantiles troquaient des animaux de toute espèce. Les allées de la foire grouillaient de puces géantes, de dragons poilus ou encore de lézards exotiques. Au fin fond du marché tonitruant, une cage minuscule n’attiraient guère les regards. A l’intérieur, étroitement serrés comme une ficelle de string au milieu d’une paire de fesses, trois petits cochons rêvaient de liberté.
Non loin d’eux, un passant marchandait la propriété d’un monstre mauve zébré de jaune. Tandis qu’il concluait le troc, le monstre se défit de la corde qui le tenait en laisse et, bousculant tout sur son passage, s’échappa de la foire. Pris de panique, clients et commerçants ne virent pas que dans la bousculade, la cage des trois petits cochons s’était renversée, cassant d’un seul coup la lourde chaîne qui la verrouillait.
Les petits cochons, ravis, prirent leurs pattes à leurs colliers et se dirigèrent vers le bois de Gricole. A l’orée du bois, de petites bâtisses éclairaient d’un violet fluorescent les arbres souverains. Les trois petits cochons n’avaient jamais connu les choses de la vie et furent éberlués par les beautés farouches, exhibées derrière les vitrines. Fées et enchanteresses dévoilaient leurs charmes à des prix exorbitants.
Les petits cochons affichaient une mine déçue car, point de monnaie, ils n’avaient. Cependant, arrivant devant la dernière façade illuminée de néons rosâtres, un laideron bouffi, emmitouflé dans ses nippes moisies et choisies avec un goût plus que douteux, les interpella : “Vous n’avez point de pièces sonnantes et trébuchantes… Toutefois, je puis répondre à vos besoins porcins et combler vos chastes envies”.
“Comment savez-vous cela ?”, demanda le cochon le plus averti.
“Parce que je suis une sorcièèèèèèrrreuuuuh”, répondit le laideron.
“Nous sommes Riri, Fifi et Jean-Guillaume”, réagirent en coeur les trois créatures roses. Après quoi, le laideron les fit entrer dans sa modeste et close demeure. Les yeux des cochons brillèrent, éblouis par l’originale décoration multicolore de la pièce principale. Les meubles étaient construits en plaques de cocaïne, les appuis de fenêtres étaient de marijuana, les fauteuils en poudre d’XTC et la table en planchettes d’héroïne…
Une odeur psychédélique et acidulée s’échappait d’une marmite bouillante emplissant ainsi l’air de toute sa volupté hallucinogène. “J’étais justement en train de préparer de la soupe de psilocybes semilanceata Vous en prendrez bien un bol”, demanda.le laideron.
“Nous ne voudrions pas abuser”, répondit Fifi.
“Qu’y a-t-il d’autre à manger”, enchaîna Jean-Guillaume dont l’estomac criait famine.
“FAMINE… FAMINE… FAMINE…”
“Je vois que ton appétit est grand Jean-Guy… Descend donc chercher 24,253 kilogrammes de pommes de terre de Tchernobyl !”, s’exclama la sorcière. Jean-Guillaume descendit quatre à quatre les sinueux escaliers. La cave obscure était immense. Tout au fond, dans la noirceur du sous-sol humide, le petit cochon aperçut trois luisantes patates radioactives.
Alors qu’il se dirigeait vers la lueur verte, Jean-Guillaume entendit tout à coup un chuchotement. A sa droite un grand drap blanchâtre reposant sur une forme cubique remuait avec légèreté. Le petit cochon s’approcha du mystérieux cube et tira d’un coup sec sur le tissu. Quel ne fut pas son étonnement lorsqu’il découvrit derrière des barreaux d’acier un jeune adolescent joufflu ! “Qui es-tu” questionna d’une voix hésitante le cochon abasourdi par sa découverte.
“Mon nom est Hansel et la sorcière m’a enfermé dans cette cage afin de me manger !”
A ces mots, Jean-Guillaume remonta de la cave en quelques enjambées pour s’écrier : “Madame, madame… Il y a un garçon prisonnier qui raconte que vous l’avez enfermé afin de le manger !!”.
“Tu as fait la connaissance de Hansel, ce sale petit junkie suédois qui a voulu sniffer tous mes beaux meubles ! Grettel, sa petite soeur m’a déjà causé bien du souci en s’acoquinant avec le vieux Merlin ! La garce… Le vieil obsédé… Si j’avais su que mes enfants seraient de vils drogués mythomanes qui n’auraient qu’une envie : fuguer, j’aurais réfréné mes envies !”, raconta haineusement le laideron.
Les cochons restèrent bouche bée jusqu’à ce que l’un d’eux dise : “Il commence à se faire tard, nous ne resterons pas manger ! Merci de votre accueil et à une prochaine fois !”
Tandis qu’ils quittaient la maison de la sorcière, celle-ci hurla : “Prenez gaaaaaaarrrrrrrde au loup mes petits porcs… Prenez gaaaarrrrrrde !” Effrayés par cet avertissement, les petits cochons s’enfoncèrent dans le bois, avec la lueur de la pleine lune comme unique boussole.
Les secondes, les minutes puis les heures passèrent. Au milieu de la nuit, les trois petits cochons commencèrent à fatiguer sérieusement. De plus, des hurlements bestiaux résonnaient aux quatre coins de la forêt qui paraissait de plus en plus glauque.
Au détour d’un arbre, une brumeuse clairière leurs apparut. Au centre de celle-ci, trônait une maisonnette à l’allure accueillante et à la cheminée fumante. Une plaque de bois indiquait le nom de la propriété : “Au Bois d’Orman”. “Je ne sais pas qui est cet Orman. Néanmoins, entrons nous reposer quelques heures”, déclara Fifi.
C’est à pas de loup que les trois petits cochons pénétrèrent dans la maison rutilante de ronflements. Dans la cuisine, un copieux petit déjeuner avait été disposé sur une longue table autour de laquelle étaient délicatement rangées sept chaises. Les trois cochons s’empressèrent de casser la croûte.
L’estomac rompu, ils montèrent au premier étage afin de somnoler quelque peu. Ils poussèrent tout d’abord la porte d’une chambre où sept lits rivalisaient de vrombissements nasaux. Les cochons refermèrent délicatement la porte et entrèrent dans une seconde chambre dont le grand lit parfumé était une invitation parfaite aux songes. Ils plongèrent sur la couche malgré la forme féminine qui pointait sous les draps fleuris et, épuisés par leur rude journée, rejoignirent le monde des rêves.
Le lendemain matin, un mélodieux “cocorico” tira les trois petits cochons de leur profond sommeil. La forme sous les draps avait disparu et les ronflements s’étaient éteints comme par magie. Ils descendirent dans la cuisine à la rencontre d’un quelconque hôte et s’arrêtèrent net sur la dernière marche. Une jeune femme sublime balayait nonchalamment le carrelage tacheté. “Regardez-moi ces petits goinfres roses…”, dit-elle sans même lever les yeux. Riri, Fifi et Jean-Guillaume se regardèrent perplexes. “Mes braves nains chéris étaient furieux ce matin. Je leurs ai caché votre intrusion dans ma chambre car, fous de jalousie, ils vous auraient égorgé !”, continua calmement la belle.
Après une courte suspension, elle reprit : “Une chance qu’ils avaient une pause ce matin… Ils sont modèles… Pour sculpteurs. D’ailleurs, les gens s’arrachent leurs sculptures et leur coffre-fort déborde de billets. Pourtant ils s’obstinent à vivre dans ce trou à rat, ce minable chalet au fin fond de cette ennuyeuse forêt ! Je déteste ces “cuicui”, ces gazouillements d’oiseaux qui augmentent chaque jour un peu plus mon épouvantable migraine…” Pendant ces larmoyantes lamentations, Riri, Fifi et Jean-Guillaume quittèrent la maisonnette sur la pointe des pieds et, une fois arrivés à l’extrémité de la clairière, s’enfuirent à toutes pattes.
“On l’a échappé belle, au Bois d’Orman ! Qu’aurait-on fait si les nains nous avaient trouvé ?”, dit Jean-Guillaume. A peine avait-il achevé sa phrase, qu’un hurlement les immergea dans une torpeur telle qu’ils décidèrent de fabriquer un abri pour s’y réfugier. Les trois petits cochons jugèrent qu’il valait mieux bâtir leur refuge au pied du vaste rocher qui tranchait dans le vert des sapins.
Il leur fallu une bonne heure pour arriver au pied de l’énorme caillou. Là, sur une fine couche de paille, une petite fille dormait paisiblement. Sa robe écarlate contrastait avec le fourrage ambré. Fifi approcha lentement son groin contre le visage espiègle de l’enfant. Au souffle chaud de la respiration porcine, la fillette s’éveilla dans un silencieux bâillement. A la vue de gueule rose du goret, elle poussa un petit cri. Les trois cochons firent un bond en arrière avant d’entamer la conversation : “N’aie pas peur… Nous sommes Riri, Fifi et Jean-Guillaume.”
La petite fille les regarda d’un air ahuri puis se releva doucement avant de frotter vigoureusement ses genoux abîmés par les brins de paille. “On m’appelle Pourpre. Petit Chaperon, Pourpre !” Devant le regard inquisiteur des cochons, elle poursuivit : “Je m’rends chez ma mère-grand pour lui apporter un pack de douze. Elle n’a plus d’chopes alors elle pète un plomb !” Ensuite, le Petit Chaperon Pourpre sorti de sa poche une montre à gousset et s’écria : “Merde, je suis en r’tard… Je n’ai pas le temps de dire au revoir, je suis en r’tard, en r’tard !” Elle détala entre les arbres, son pack de bières à la main.
Après quelques secondes d’incompréhension, les trois petits cochons se mirent à discuter de l’architecture de leur futur abri. Une violente dispute éclata. Les dissensions vinrent d’une différence flagrante de point de vue quant à la composition de la bâtisse. En effet, Riri prônait une maison de paille couleur d’or qui leurs permettrait de vivre jour et nuit en pleine clarté. Fifi, par contre, préférait construire une maison en bois car seul cette matière noble profère un sentiment de chaleur. Jean-Guillaume, quant à lui, ne jurait que par la pierre dont la solidité les protégerait de tempêtes en tempêtes.
La zizanie ne prit fin que lorsqu’un cri d’enfant déchira le ciel. Un hurlement de loup fit directement écho au braillement de désespoir… du Petit Chaperon Pourpre. Croquée, déchiquetée, hachée, broyé. Une odeur sanguine se répandit dans la forêt jusqu’aux groins des trois petits cochons dont les genoux, instinctivement, s’entrechoquèrent.
Pris d’une réelle panique, ils adoptèrent une tactique individuelle. Riri ramassa la paille laissée par le Petit Chaperon Pourpre et entama la construction de son refuge. Fifi fit de même avec quelques branches recueillies aux racines des arbres voisins. Jean-Guillaume pris quelques morceaux de l’énorme rocher et commença les fondations. En quelques heures, trois bunkers de fortune symbolisaient l’effroi du trio porcin.
Recroquevillés au fond de leurs propres cabanes, les trois petits cochons claquaient des incisives. Les heures défilèrent aussi vite que les vociférations carnassières se rapprochaient. Pressés par la faim, les cochons sortirent et s’aperçurent que la nuit était déjà tombée avec son lot de hululements. “Allons chercher quelques mets à grignoter”, lança Jean-Guillaume. Lorsque Riri ouvrit la bouche pour faire part à ses camardes d’une idée, son visage devint littéralement blafard, livide. Un ombre les recouvrait. Tout trois se retournèrent et virent un abominable monstre, un grand méchant loup.
A deux mètres de hauteur, sa tête féroce et grossière arborait une mâchoire prohibitive dont dépassaient des canines à la fois blanches et sanglantes. Ses pupilles jaunes qui caractérisent les carnassiers les plus cruels étaient injectées de sang. Dans ses yeux, se lisait avec clairvoyance une impitoyable barbarie. La bête se tenait debout. De ses épaules musclées descendaient de longs bras atrophiés par de multiples combats de fauves. Ses griffes démesurées portaient encore les lambeaux de chairs de sa précédente proie. Une queue touffue fouettait l’air tel le lasso qui caresse les dangereux félins des cirques citadins.
Les trois petits cochons étaient terrorisés. “Tremblez infâmes porcs devant le grand méchant loup…”
“Vous… vous… vous êtes le grand… grand… grand méchant vous ?”, se risqua Fifi d’une voix apeurée.
“Non, loup… Le grand méchant loup !”, repris la bête furieuse. Et ce dernier de continuer : “Mon nom est Lou. Milou !”
“Et moi c’est Tintin !”, coupa Jean-Guillaume et n’écoutant que son courage, il interpella encore une fois le monstre : “Attention, derrière toi !” Tandis que Milou se retournait, chaque petit porcelet alla se réfugier dans ses fortifications.
Riri assis en tailleur contre son mur de paille tremblait de toute sa viande. Il entendit le grand méchant loup grogner : “Vous ne m’échapperez pas ! Je détruirai une à une vos huttes de pacotille et je vous dégusterai lors du grand barbecue annuel de l’A.D.M.M.Q.F.P.A.P.P.N., l’Association Des Méchants Monstres Qui Font Peur Aux Pauvres Petits Nenfants. Hahahahaha !”
“Je n’ai jamais entendu parler de cette association !”, rétorqua Riri essayant de gagner du temps. Etonné du manque de culture du petit cochon, Milou s’engagea dans un long monologue :
“Cette association à but non lucratif a été créé dans l’optique de répondre à la souffrance d’un grand nombre de monstres et de créatures maléfiques, blessés par mythes et légendes. En effet, ceux-ci font d’eux des bêtes de foire. Elle compte aujourd’hui plus de 2413 membres et est à la base de nombreuses activités disséminées tout au long de l’année. Nous faisons des tournois de bowling, des pic-nics, des bals costumés, des soirées Tupperware… Depuis mon inscription, je ne suis plus le même loup ! J’ai rencontré d’autres méchants comme moi et j’ai véritablement retrouvé mes racines profondes…”
Tandis qu’il déblatérait son égocentrique discours, Riri quitta son abris de paille par la porte de derrière et, tel Steven Seagal, se faufila dans le cabanon de Fifi. Ce dernier, confortablement installé dans son fauteuil, tricotait une chaude paire de chaussettes pour l’hiver.
“Entre et assieds-toi. Jamais le loup ne nous mangera ! Earl Grey ? Darjeeling ? Jasmin ? Tu prendras bien quelque chose ?”, interrogea Fifi.
“Oh, tu n’as pas un liquide plus corsé ?”, répliqua Riri.
Et son compagnon de lui répondre en sortant une bouteille de sous le fauteuil : “J’ai un formidable petit bourbon fabriqué par des eunuques orthodoxes du Sri Lanka… Bref, une véritable petite merveille !”
“Sers m’en un verre !”, coupa Riri.
“Avec ou sans glaçon ?”, demanda l’hôte.
“Sans glaçons…”, précisa son invité en empoignant une guitare sèche qui traînait dans un coin.
Ni une, ni deux, Riri commença à gratter une allègre mélodie en entonnant quelques chants bien connus pour leurs louanges envers débauches et dépravations. Automatiquement les petits pourceaux se mirent à sautiller aux rythmes des notes envoûtantes.
Par la fenêtre de sa grise demeure, Jean-Guillaume vit que ses deux comparses dansaient sans lui. Furieux de cet abandon, il fit pacte avec lui-même de ne jamais, au grand jamais, leurs venir en aide. Jean-Guillaume marmonna impétueusement : “Nous ne serons plus jamais copains comme cochons !”
Il fut happé de ses pensées vengeresses par un craquement quasiment inaudible. Milou, se rendant compte que personne ne l’écoutait, était entré dans une colère noire et avait détruit de son seul souffle l’abri de paille. Ainsi, il fouillait les décombres à la recherche de viande rose et fraîche. Riri et Fifi étaient imperturbables et continuaient à fredonner, à se trémousser et à lamper le liquide alcoolisé.
Quand Milou s’aperçut de la supercherie, il fonça devant la porte de la maison de bois contre laquelle il colla l’oreille. Entendant rires et chansons, il esquissa un sourire malicieux, laissant apparaître ses dents acérées. Contre toute attente, il s’enfonça dans la forêt noyée par la nuit.
Quelques heures plus tard, Jean-Guillaume tomba dans les bras de Morphée alors que les deux autres petits cochons arrosaient de leurs chants paillards la nuit déjà bien avancée.
Au petit matin, Riri et Fifi, complètement épuisés, venaient à peine de se glisser sous un édredon quand ils furent tirés de leur assoupissement par quelques coups sourds qui martelaient la porte massive. “Qui va-là ?”, demandèrent fébrilement les cochons.
“C’est moi, votre amie… Le Petit Chaperon Pourpre !”, chuchota une voix.
“Alors elle ne serait pas morte dévorée par le grand méchant loup… Je n’en crois pas mes oreilles ! Faisons la entrer avant que Milou l’attrape !”, conclut Riri.
La porte ouverte, Le Petit Chaperon Pourpre apparut sous le chambranle du refuge. Quelque chose avait changé chez la jeune fille. Etait-ce sa coiffure, son maquillage, sa robe cramoisie… ?
“Comme vous êtes grande !” dirent les petits cochons.
“Heu… C’est pour mieux…heu… enfin pour devenir plus rapidement Top Model !”, répondit le Petit Chaperon Pourpre.
“Mais comme vous avez une grande tête !”, continuèrent les deux petits cochons.
“Heu… ça je ne sais pas pourquoi… parce qu’en tant que mannequin… heu… je n’ai normalement rien dans la tête !”, expliqua le Petit Chaperon Pourpre.
“Comme vous avez de grands yeux !”, ajoutèrent les deux petits cochons.
“Ils sont beaux n’est-ce pas… Je les tiens de ma mère-grand. Elle me les a légués quand je l’ai… enfin, quand elle est décédée !”, soutint le Petit Chaperon Pourpre.
“Et comme vous avez de grands ongles !”, remarquèrent les deux petits cochons.
“Heu… Je vais vous confier un secret : ils sont faux… Je les ai achetés dans la rue commerçante de Gricole, à côté de la boulangerie… Vous savez, le magasin dont la façade est orangée !”, révéla le Petit Chaperon Pourpre.
“Comme votre langue est immense !”, constatèrent les deux petits cochons.
“Et vous croyez qu’une jeune fille devient Top Model uniquement par le seul argument de sa beauté ?”, réagit le Petit Chaperon Pourpre.
“Et comme vous êtes poilue…”, notèrent les deux petits cochons.
“Ben… Heu… Mon esthéticienne est justement partie en vacances pour quelques mois, et il n’y a qu’à elle que je fais confiance pour mes épilations !”, raconta le Petit Chaperon Pourpre.
“Mais vos dents, pourquoi sont-elles si grandes ?”, interrogèrent les deux petits cochons.
“Heu… Parce que je m’impose un régime uniquement végétarien et mes dents n’arrêtent pas de pousser puisque jamais je ne les use sur un bon morceau de steak bien cuit !”, revendiqua le Petit Chaperon Pourpre.
“Et votre queue, pourquoi est-elle si touffue ?”, poursuivirent les deux petits cochons.
“Oh c’est bon, bande de petits crétins porcins ! Vous êtes bêtes ou quoi ? Je suis le grand méchant loup et je vais vous manger !”, hurla le Petit Chaperon Pourpre qui était en fait Milou, déguisé grâce à un subtile subterfuge : il avait retrouvé puis enfilé les vêtements de sa précédente victime.
Malgré cette féroce vocifération, Riri et Fifi n’avaient nullement bougé et leurs yeux stupéfaits sollicitaient une explication. Face à cet inepte comportement, Milou se tapota le menton et se gratta la crinière à la recherche d’une idée. Soudain, une illumination hérissa les milliers de poils qui parcouraient son corps.
D’un coup de griffes, il arracha la courte robe pourpre qui lui moulait le corps et se retrouva nu devant Riri et Fifi traumatisés. “Oh non mais c’est le grand méchant loup !”, crièrent les gorets. L’émotion fut telle que Riri vomit les litres de bourbon qu’il avait ingurgités durant la nuit. Dégoûté, Milou fit deux pas en arrière et Fifi, pataugeant dans la déjection intestinale, claque la porte pour ensuite clore les sept verrous.
Le grand méchant loup, furibond, inspira une gigantesque bouffée d’air avant de vider violemment ses poumons contre le cabanon. Celui-ci vola en éclats recouvrant ainsi les deux cochons. Le fracas tira Jean-Guillaume de son profond sommeil. Il se précipita à sa fenêtre et vit le grand méchant loup cherchant ses proies en faisant virevolter les vestiges de bois. Jean-Guillaume se rappela ce qu’il s’était juré et décida de ne point bouger.
Sous une plaque de bois, Milou découvrit les deux petits cochons affolés. Ces derniers quittèrent leur léthargie et se précipitèrent devant la bâtisse rocheuse. Ils tambourinèrent de toute leur force mais Jean-Guillaume fit la sourde oreille.
“Ouvre-nous !”, supplièrent ses ex-comparses. Le grand méchant loup, pas après pas, s’approchait dangereusement de son futur dîner. “Ouvre-nous. Nous ferons tout ce que tu voudras. Nous serons tes esclaves à vie…”, implorèrent les cochons.
Arrivé à leur hauteur, Milou arracha de deux coups de pattes fulgurants les jambes de Riri et il réserva le même sort aux deux bras de Fifi. Ainsi cul de jatte et manchot, les petits cochons ne faisaient plus les fiers. Le sang giclait par jets sur le mur grisâtre de la maison de pierre.
Jean-Guillaume, qui avait observé la scène, à travers la serrure de la porte, eut l’esprit tourmenté par la pitié. Sans réfléchir, il ouvrit tout grand l’embrasure de son antre et tira comme il pouvait Riri et Fifi à l’intérieur. Il referma ensuite la porte dans un assourdissant claquement.
Le loup prit une inspiration telle que le feuillage autour de lui se souleva. Il souffla si fort que les arbres derrière la chaumière des porcelets s’arrachèrent et s’envolèrent dans les airs. Le bâtiment ne bougea pas d’un poil. Milou recommença son rituel respiratoire une centaine de fois si bien que tout l’écosystème des alentours avait disparu. Pendant ce temps, Jean-Guillaume, pas peu fier de sa construction, pansait les plaies de ses deux amis.
Dans un dernier souffle, le grand méchant loup se décolla la plèvre et cracha ses poumons sur le sol. L’air ne sachant plus accéder au cerveau, le malheureux grand méchant loup fut pris de convulsions puis, dans une longue agonie emplie de souffrance, mourut.
A la vue de cette scène, Jean-Guillaume et Fifi sortirent en courrant. Riri, quant à lui, essayait de les suivre en rampant à même le sol. Ils firent un festin avec les restes du loup en accompagnant la viande d’une délicieuse sauce bourbon poivre vert.
Les trois petits cochons décidèrent de vivre dans la maison de pierre le restant de leur vie. Et comme ils appartenaient à une occulte race porcine hermaphrodite, ils vécurent heureux et eurent beaucoup de petits pourceaux.
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Utopie enseignante
de Thomas le Thursday 11 December 2003
Allez… faisons nous encore des amis en crachant une fois de plus dans cette insipide soupe qu’est l’université ! Je me suis surpris ce mercredi à débattre encore une fois avec quelques camarades sur les tenants et les aboutissants d’un graduat et d’une licence. Tout d’abord, je précise que je critique les études dont les finalités sont les mêmes. Les sciences de la communication (”comu” comme ils disent) en sont un bel exemple et même, à mon humble avis, le meilleur. Qu’on fasse ces études en type long ou en type court, la dénomination finale (contrairement au statut) est la même : on devient communicateur, journaliste ou autre métier ingrat. Comment voulez-vous que les licenciés deviennent de véritables professionnels assis pendant près de quatre ans sur une chaise à écouter un professeur lire ses 584 pages de syllabus sans engager un seul débat d’idées ? Je généralise bien entendu mais ces généralités sont bien proches d’une bien réelle majorité.
Être ensuite pris de haut en stage par ces futurs licenciés qui ont des idées préconçues au sujet du graduat : “Ce type d’étude est fait pour les touristes qui ne savent pas se prendre en charge tout seuls…” ; “C’est super simple un graduat, t’as vu la matière que t’as à étudier franchement !” Il est certain que ceux qui choisissent des études universitaires ont un travail de titan à accomplir. Je ne saurais d’ailleurs pas ingurgiter autant de pages sans vomir de dégoût. Quelle idée d’apprendre par coeur des concepts qui ne seront jamais utilisables plus tard ! Mais la proportion de matière est négligeable par rapport aux heures de cours prestées. Demandez à un étudiant qui a passé sa scolarité d’auditoire en auditoire à raison de 12 heures par semaine, de répondre aux exigences journalières des professeurs et d’arriver tous les matins à l’école lorsque le jour se lève pour la quitter lorsque la nuit est à peine tombée.
C’est tout le problème de l’enseignement pour les futurs enseignants. Pensez-vous qu’un étudiant universitaire qui a pour exemple un professeur qui donne un cours magistral, sera à son tour un bon pédagogue ? Certains le seront… certains. L’école normale devrait être unique, dispensant une instruction en quatre ans et dont les diplômés pourraient aussi bien oeuvrer en première année professionnelle qu’en rhétorique générale. Les enseignants seraient libres de choisir leurs degrés en fonction de leur ancienneté et de leurs aptitudes. Les salles des profs ne seraient alors plus ces cages de fauves furieux d’être différents de statut, ces microsociétés emplies de haines et de discordes où chacun médit l’autre par le seul intitulé de son diplôme.
Aujourd’hui, les étudiants manifestent contre une plausible future disparition des Hautes Ecoles, ils dénoncent la mondialisation de l’enseignement où chacun sera peut-être demain un vulgaire numéro parmi d’autres. Demain, ceux qui n’ont pas la chance d’avoir des parents qui ont réussi (financièrement mais on sait que ce n’est pas forcément une réussite non plus), ne pourront plus accéder aux études parce que l’université, c’est cher… trop cher pour une “qualité” qui est souvent remise en question par des professeurs doctorants fatigués et démotivés.
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Anne Quevrin est une conne
de Thomas le Thursday 4 December 2003
Comme plus de 70 % des Belges (j’imagine), j’ai regardé ce soir, entre deux clics, le fabuleux destin d’Elizabeth de Belgique. Et comme plus de 70 % des Belges, j’ai été sauvagement horripilé par la débilité profonde voire maladive d’Anne Quevrin.
“Mathilde et Philippe aiment se retrouver pour partager des plaisirs simples. Dans ce restaurant, il est coutume de commander une soupe. Le couple princier ne dérogera pas à la règle. Cependant, le Prince Philippe y ajoutera un soupçon de Tabasco”
“Malgré la fatigue causée par sa grossesse, la Princesse Mathilde continue à assurer ses fonctions. Dans le Palais, elle prend l’ascenseur pour se rendre dans son bureau. Par contre, elle n’hésite pas à emprunter les escaliers pour descendre”
“Quel magnifique mouvement du poignet !” * Lorsque Mathilde effectuera un somptueux revers digne d’un orang-outang femelle d’à peine trois printemps.
Autant de commentaires fades et inopportuns qui vous donnent envie d’attacher une corde à la poutre de votre garage, de monter sur un tabouret… Bref, la reine people du gotha est - je pense - la plus mauvaise journaliste (hum hum) d’RTL-TVI. Pourtant, Dieu sait s’il y a de la concurrence à l’Avenue Ariane.
Derrière ses yeux globuleux et son sourire béat, telle un vache au milieu d’un pré vert, elle se complait dans ces joyeuses imbécillités. Tantôt gloussant - à la limite de la jouissance clitoridienne - à chaque bête blague du Prince Laurent, tantôt léchant le royal croupion de la Reine Fabiola, elle n’hésite pas à se souiller, à se mettre à genoux aux pieds de chaque tête couronnée. Son émission est une calamité qui renforce l’image péjorative de la Belgique, trop souvent utilisée par nos voisins. Je sais, j’exagère encore.
Enfin si jamais elle lit ce post, je lui adresse ce message : “Laisse ta royale place à quelqu’un de compétent !!!”
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