Textes pour le mois de January 2004
Infanticide
de Thomas le Friday 16 January 2004
La classe débordait de cris. Des ricanements de hyènes rebondissaient contre les quatre paroies. “Je reprends votre exercice à la fin de l’heure. Ce sera coté.” Cette simple phrase intervient comme une boule de feu en pleine forêt touffue, ravageant tout sur son passage. Il ne reste que des vestiges, des élèves pantois, la bouche ouverte, qui, pendant quelques secondes, réalisent que le professeur ne rigole plus. La fête est finie.
Les cliquetis mécaniques de l’horloge se font plus pressants. La grande aiguille descend d’un cran et matraque les têtes bouillonantes. Ils se regardent l’un l’autre, inconscients qu’une seconde perdue meurt à tout jamais.
Les pages sont blanches comme leurs visages, vierges comme leurs corps. Les yeux enfantins quelques minutes plus tôt ont perdu leur malice, leur espièglerie. On dirait presque des adultes.
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P.R.O.F.
de Thomas le Thursday 15 January 2004
La porte s’ouvre. Ils sont tous là, me regardant avec insistance. Quelques ricanements fusent. Une insulte surgit du fond de la pièce. Je me fraye un passage en poussant légèrement du pied les incommensurables cartables fluorescents qui encombrent les rangées. Un élève m’interpelle. Ses “spikes” soigneusement gominées m’agressent.
A côté de lui, un binoclard dont la minuscule tête émerge à peine de son pull à col roulé, m’ausculte à renforts de clignements de paupières. Derrière son double microscope sur monture, ses pupilles semblent grosses comme mon poing.
Devinant un incessant relookage de mon postérieur galbé, je m’engage vers le fond de la classe. Là où je deviens invulnérable. Le seul endroit qui me laisse seul avec la liberté de me planter.
Cloué au dessus du tableau noir, Jésus Christ baisse les yeux à chaque fois que je lève les miens. Les doigts se lèvent, les questions s’amoncellent et les crochets du porte-manteau creusent avec violence mon dos courbé de connaissances.
La sonnerie retentit. Mes yeux sont fermés.
Ils n’ont rien appris. Contents de cette séance scolairement vide, ils s’éloignent, assourdissant le son de leurs moqueries. Je reste seul.
La stridente cloche mécanique regagne son silence. J’ouvre les yeux.
“Et merde… Je suis en retard pour ma première journée de stage !”
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