Textes pour le mois de May 2004
Espionnage déconcertant
de Thomas le Thursday 27 May 2004
21h10. Je déguste une ultime tasse de café au fond du jardin lorsqu’arrive à pas chaloupés un chat dont la toison nuageuse n’éveille aucun souvenir en moi. Je pensais pourtant les connaître tous.
Il se pose à deux mètres du banc sur lequel je suis assis, observant rigoureusement le moindre de mes gestes.
J’y prête à peine attention quand, à travers la fumée qui se dégage de la tasse, je vois un visage curieusement humain. L’animal n’a pas une gueule, mais une figure. Je cligne plusieurs fois des paupières afin de confirmer mon impression. Le visage humain transparait toujours et son expression surplombe ce corps félin.
Mon imagination prend rapidement le pas sur ma raison, la poussant à diverses élucubrations dignes du désormais classique “Harry Potter”.
Le chat déshabille mes pensées de son regard perçant. Un sentiment d’impuissance s’accentue au fil des secondes. Pour le contrer, je lève les yeux vers le ciel déjà imprégné des prémisses de la nuit. Une fraction de seconde plus tard, lorsqu’esprit et regard retombent d’un commun accord, la pelouse a été abandonnée… Aucune trace du félin.
J’ai arpenté tout le jardin… Rien.
22h00. Je ne sais toujours pas si j’ai rêvé.
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Les échéances me tueront
de Thomas le Wednesday 26 May 2004
Je suis poussé par l’envie paradoxale de voir des êtres humains et de me retrouver seul dans un lieu dépourvu de traces civilisées. En fait non. J’ai une envie profonde d’isolement, de solitude, mais j’éprouve un réel besoin de rapports humains, de discussions autres que par écran interposé.
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En réalité, j’ai envie de voir une seule personne et de me retrouver dans un lieu dépourvu de traces civilisées avec elle.
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Mon plaisir du moment est de concevoir le moindre stratagème afin d’éviter mes cours qui hurlent dans leur coin : “Fais pas l’con !”
“Non… Non, c’est juste que je devais… heuuu… écrire” Cette technique ne marche pas. Les fardes ne sont pas dupes, les livres encore moins. De toute façon, ils finiront par gagner. A chaque période d’examens c’est pareil. J’arrive juste à repousser un peu plus les échéances, à m’y mettre un peu plus tard à chaque fois… Je joue avec le feu. L’urgence est pour moi le synonyme d’efficacité.
Je dois seulement me méfier du facteur “inconvénient de dernière minute”. Cette année, il s’appellera Veda.
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L’Escalier 22/05 - 02h03
de Thomas le Saturday 22 May 2004
Deux mots sortent de ma bouche et je ne peux les réfréner. C’est toujours comme ça. Ma langue se tortille, émet des sons. Mes lèvres se délient jusqu’à ce que mon coeur hurle “NON”. Il est trop tard. Je blesse… J’ai encore blessé.
Je m’en veux. Les larmes chatouillent les sillons de mes paupières. Je n’ai aucune excuse. Je pourrais dire que les mots n’ont pas d’importance. Il n’en est rien. Une parole peut détruire un être. Je prie, espérant que cet ultime stade est encore loin. Mes excuses sont vaines. La souffrance est là, je peux la voir remonter ses joues, détruire son sourire et plisser ses yeux . La tristesse change de cible. Elle envahit désormais mon corps. S’il n’y avait pas tout ce monde, j’en pleurerais, mais ma honte certaine contient ma mélancolie.
Imbécile, je ne sais que faire pour remonter le temps, effacer cette puérile insulte et lui dire que jamais, non jamais je n’aurais voulu la blesser. Il est trop tard… C’est ici que débutent mes regrets, fracassant mes sentiments… Et peut-être les siens.
Ma profonde amertume, mes lamentations viscérales ne rattraperont jamais deux mots prononcés dans la hâte, dans l’aberration de ma spontanéité.
Pardon.
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Crowd
de Thomas le Friday 14 May 2004
La foule me terrifie. Pas les gens en tant que tels mais ces regards inquisiteurs qui prononcent leur implacable jugement sur quelques enjambées aperçues au coin d’une rue, sur un morceau de conversation à peine audible qu’ils discernent dans le brouhaha des trottoirs.
Traverser un lieu public devient insupportable. En fait, cela dépend de mon état d’esprit. Au pire, je ne sais où poser les yeux, risquant de blesser une personne torturée par de paranoïaques pensées, lui faire subir ce qui m’a si souvent égratigné. Les yeux sont une arme redoutable, capable d’annihiler l’assurance des plus téméraires. Trop de gens s’en servent inconsciemment et tourmentent ainsi d’innocents esprits.
L’unique rempart qui me défend de ces indiscrètes agressions, je le construis grâce à la musique. Les écouteurs enfoncés au plus profond de moi-même, le rythme envoûte mes pas. Les sonorités m’étourdissent. Mes paupières se ressèrent. Un léger sourire corrompt mes lèvres. La foule ne se compose désormais que de corps sans visage. La violence des regards s’évanouit dans les mélodies nébuleuses. J’avance…
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Dilemme
de Thomas le Tuesday 11 May 2004
Ta vie bascule et ces sentiments nouveaux t’effrayent. Ton coeur est en train de changer. Il appréhende ces boulversements et dresse des fortifications… Inutiles parce qu’elles tomberont les unes après les autres.
Les rouages démarrent lentement. C’est la première fois que quelqu’un les active réellement. Ils grincent légèrement mais, petit à petit, prennent de la vitesse, poussés par une force insaisissable.
Les aurevoirs, si cruels et déchirants soient-ils, ne valent-ils pas la caresse angélique des bonjours ?
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