Textes pour le mois de June 2004

Vivre un rêve/Rêver la réalité

de Thomas le Wednesday 9 June 2004

C’est un fantasme.

Le fantasme qui, à chaque seconde, corrompt mon esprit.

Le fantasme que je concrétise au simple spectacle de son ombre sur les pavés.

Le fantasme qui renait dès qu’elle n’est plus qu’un dessin au loin, indiscernable pour mes yeux humains.

Ces nuits étaient-elles réelles ? Si ce n’est pas le cas, les journées seront bientôt mes plus tristes regrets.

Sieste

de Thomas le Monday 7 June 2004

Je passe devant la chambre. Les draps sont encore défaits. Rien n’a bougé depuis son départ.

Deux ou trois mots d’une inoubliable discussion font chavirer mes pensées. Un sourire se substitue à la mine fatiguée des journées nostalgiques. Mon corps tombe lourdement sur le matelas. Je laisse mon visage s’enfoncer dans les sinuosités de l’oreiller. Je ferme les yeux jusqu’à ce qu’une odeur viennent illuminer ma poitrine. Ma gorge devient la proie d’une euphorie sans nom ; elle s’embrase. Mon coeur crépite.

Enivré, je m’endors dans son souvenir.

Impossible empathie… Pourtant

de Thomas le Tuesday 1 June 2004

Le rayonnement bleuté du poste de télévision donnait à sa peau une teinte satinée. Couché la tête contre sa poitrine, enveloppé de ses bras, j’étais bercé par les frémissements de son coeur autant que par le dialogue que crachait les enceintes.

[...]

Bom… … … Bom…

- Tu as été émue par la performance ?

Bom… … … Bom…

- Il y a vingt ans, avec le groupe de théâtre amateur de mon village, nous avons joué la même pièce. Je jouais le rôle de Stella… Et ton père, celui de Stanley Kowalski.

Bom… … … Bom…

- Un jour tu me racontera tout sur mon père. Ce n’est pas suffisant de me dire qu’il est mort avant ma naissance.

Bom… … Bom… Bom…

- Ce n’est pas facile de raconter cela.

Bom… … Bom… Bom…

- J’ai voulu te le demander comme cadeau d’anniversaire.

Bom… … Bom… Bom…

- Je ne pense pas que ça aurait été un beau cadeau.

Bom… … Bom… Bom…

- Pour moi, il n’aurait pu y avoir plus beau cadeau !

Bom… … Bom… Bom…

- … D’accord. Je te dirai tout lorsque nous rentrerons à la maison.

Bom… … Bom… Bom…

[...]

- En fouillant tes affaires, j’ai trouvé des photos. Elles étaient toutes déchirées en deux… Mon père, je suppose. C’est la même moitié qui manque à ma vie…

Bom… Bom… … Bom… Bom…

Mes paupières s’humidifient au fur et à mesure de leurs battements jusqu’à ce que pointe une larme. Elle longe lentement la paroi de mon nez. Sa respiration s’accélère encore un peu. Son souffle léger glisse sur mon front et lèche la goutte jusqu’à ce que celle-ci disparaisse complètement de mon visage. Elle n’a rien vu.