Textes pour le mois de August 2004

Rien n’est jamais assez grave

de Thomas le Thursday 26 August 2004

Le poste de radio hurle. Doucement, elle assombrit la pièce d’un coup de poignet. Le volet blanc fracasse l’appui de fenêtre de toute sa violence. Un léger filet lumineux transperce l’obscurité par la serrure. Elle pleure, elle craque. Les bouteilles de parfum embaument le carrelage en se brisant.

Dans les ténèbres de sa colère, elle entrevoit un flacon. “LYSANXIA 20mg” 16,24 €, 50 comprimés. Elle lève les yeux vers les imperfections humides du plafond. Elle n’y arrivera pas. Le goût de sa vie n’a jamais été aussi fétide. Elle tend le bras, saisis la bouteille d’eau et commence le rituel qu’elle a si souvent imaginé.

Sa gorge se transforme rapidement en un torrent, emportant avec lui chacune des 50 pastilles. Des regrets ? Rien n’est moins sûr.

L’amour de sa vie implore sa raison. “Ouvre s’il-te-plaît…”

D’un geste encore sain, elle détache le verrou. La crise de nerf n’est plus qu’un souvenir rendu réel par les débris de verre sur le sol.

“Tu n’as rien pris ?” … Elle secoue la tête qui commence tout doucement à s’alourdir, à s’engourdir.

“Ne t’inquiète pas, je vais tout ranger…” … Elle quitte la pièce en titubant.

Cinq minutes passent jusqu’au murmure d’un prénom aussi faible qu’un soupir. Déjà elle est à genoux, elle perd conscience. Cela lui évite de voir les larmes de peur sur ce jeune visage, les lèvres déchirées de cette bouche dont le sourire était jusqu’ici impérissable.

Lorsque quelqu’un comme cela veille sur nous, on ne peut pas risquer d’en finir… On ne peut pas…

“Parfois, à cet âge-là, on a un cafard tel qu’on peut avoir envie d’en finir.Ou bien on se dit qu’on aimerait faire semblant juste pour voir qui viendrait à l’hôpital. On passe à l’acte, avec l’intention de se rater, et il arrive qu’on ne se rate pas…”

Ann Scott, Poussières d’anges

Pukkelpop, vendredi 20/08

de Thomas le Sunday 22 August 2004

La solitude terrifie ceux qui n’en sont pas la proie. Pourtant, esseulé, le temps et le monde m’appartiennent. Pas de compromis, aucune contrainte. Le mot “foule” ne m’a jamais paru aussi vide de sens. Pourquoi ne comprennent-ils pas cet exil volontaire ? Pourquoi se sentent-ils obligés de me questionner de leur visage expressif, content d’avoir oeuvrer pour le bien de la communauté.

Je t’emmerde ! Laisse-moi respirer, écouter, entendre, observer… Mon isolement est simplement le résultat d’un choix et non l’avortement de mon ouverture au monde. N’est-ce pas mon droit de ne pas vouloir me mélanger à ceux que je vomis ?

Pouvez-vous ressentir la musique dans vos veines, ignorer cette foule qui vous entoure, les bras en l’air, hurlant, frappant des mains… Vous fermez les yeux, les mains dans les poches, la tête légèrement penchée en arrière jusqu’à ce qu’un sourire sucre votre figure, la rendant moins amère. Ce désir de solitude, là vous le comprendrez… Ou non.

Désillusion

de Thomas le Friday 20 August 2004

Avant, jamais il ne m’arrivait de m’énerver pour une blessure à peine ouverte, aussi douce ou sombre soit-elle. Je ne contiens plus mes colères. Pire, je les alimente d’absurdes contorsions générées par mon imagination. Je ne peux rien encaisser à la légère. Tout est forcément fatal, la promesse d’une déception aussi inévitable que la vengeance de la nature elle-même.

Ne me couver pas de votre compassion, je ne suis pas le déçu mais le décevant. J’ai pourtant l’impression de m’être petit à petit habitué à cette image. Non… Le temps aggrave cette sensation de désillusion, ce halo qui encourage les êtres à embrasser mes épines. Les déchirures qu’elles infligent aux autres sont mes scarifications. Je connais donc cette souffrance aussi bien que vous. Je vous demande pardon.

A l’aube

de Thomas le Thursday 19 August 2004

Sa main effleure ma joue plissée par le moelleux de l’oreiller. Mes paupières se décousent, sarclant les cils entremêlés.

“Bonjour”
“Bonjour”
“De quoi as-tu rêvé ?”
“Je ne sais pas…
[...]
Depuis notre rencontre, je ne parviens plus à distinguer mes songes de la réalité.”

Dans la pénombre de la tente, elle me laisse imaginer ce sourire qui embrase chacune de mes journées.