Textes pour le mois de September 2004

Rêverie

de Thomas le Thursday 30 September 2004

Veda et moi, nous étions invités chez N., à Namur. Prévenus trop tard de l’existence de cette soirée guindée, nous partîmes sur le champs. Uniquement vêtu d’un slip de bain et de chaussettes, je dissimulai mes épaules sous un long essui vert pâle.

Arrivés dans le centre namurois, non-loin de la Citadelle, Veda m’indiqua l’appartement d’une veille dame chez qui elle avait séjourné quelques années plus tôt après un quelconque concert. Nous arrivâmes dans ce loft à la décoration froide et futuriste, accueillis comme il se doit par la maîtresse de maison. Il s’avéra que notre hôtesse n’était autre que l’épouse de José Happart. Elle insista pour nous servir une tasse de thé.

Tandis qu’elle cherchait quelque vêtement pour cacher ma semi-nudité, elle convia Veda à repeindre l’entiereté de la cuisine. Ensuite, elle disparut dans la cage d’escalier.

Malgré notre retard certain, Veda commença à couvrir de jaune toute la surface des murs. Pendant ce temps, derrière l’écran de télévision, un ingénieur-physicien présentait ses dernières astucieuses inventions : un skateboard triangulaire capable de flotter dans les airs et six modèles de voitures écologiques. Le principe de ces dernières était simple. Sur le tableau de bord, le conducteur pouvait insérer un récipient cylindrique empli de grains de café moulus servant de carburant et permettant ainsi à l’automobile de voler.

Je fus tiré de ce passionnant reportage par la stridence de la sonnette d’entrée. Veda étant occupée et Mme Happart absente, j’ouvris la porte. Porte-documents sous le bras, l’ingénieur-physicien était devant moi. Je lui demandai directement combien coûtaient ses petites merveilles. “14090 €/pièce” répondit-il spontanément. Ma seule réaction fut une singulière grimace.

M’excusant, je quittai le hall d’entrée pour la cuisine. Veda avait ouvert les grandes portes translucides donnant sur l’immense balcon/jardin. Elle commença à peindre l’intérieur de la piscine gonflable. “Arrête, lui dis-je, peut-être ne faut-il pas tout peindre !?!”

Un juron me pria de rentrer. C’était mon faux grand-père. Il venait de se cogner le crâne contre l’un des meubles. Il divaguait complètement. Le saisissant par la main, je l’installai dans une vaste boîte à chaussures. Après succinte réflexion, je lui dis : “Ecoute… C’est gentil d’être resté en vie pour nous mais nous te voyons dépérir de jour en jour… Il faut mourir maintenant.” Ses paupières se joignèrent alors qu’une larme longeait ma joue.

S. et V. arrivèrent sans prévenir, bousculant ainsi le calme de la pièce. Ils se mirent à rire grassement. Veda leur expliqua la situation pour que disparaisse cette hilarité grossière mais ils continuèrent. Ils rièrent si fort que je me suis réveillé.

Matinée d’automne

de Thomas le Tuesday 21 September 2004

Dans ces moments-là, jamais elle ne me laisse la suivre. Elle n’a qu’une seule envie. Que je disparaisse. Que cette douleur qui l’éventre me transperce à mon tour.

Je m’éloigne sans comprendre. La réalité est trop souvent confuse ; mes souvenirs sont flous. Il est difficile de se concentrer sur les quelques phrases qui sortent machinalement d’une bouche endolorie par un manque de sommeil. J’ai beau chercher… L’éloignement est à cette heure une judicieuse résolution, plus proche de la raison que de ma passion.

Elle fulmine même si déjà les regrets la tiraillent. Sous le soleil pâle de septembre, elle s’assied sur un banc, ignorant l’agitation matinale. Le long de ses appétissantes joues coulent des larmes tandis que discrètement je ravale les miennes. J’augmente le son craché par les écouteurs. Pourvu que ce soir, cette foudre ne soit plus que le spectre d’une cicatrice oubliée.

Etat des lieux

de Thomas le Thursday 9 September 2004

J’emmerde le monde… Et il me le rend bien !

Merci à celui qui a brisé la vitre arrière de ma voiture.

A time to be so small

de Thomas le Wednesday 1 September 2004

Il arrive sur les quais fourmillant de voyageurs avec pour motivation son seul sourire. Les grondements sourds du porte-voix dénoncent son retard.

Il accélère jusqu’à sentir ses jambes se décrocher. La foule se déchire devant sa détermination. Au gré des foulées, la magie s’éteint pour laisser place à la sombre crainte du néant. Les flots déserts seront l’ultime dague porteuse d’un profond désespoir. Entre les rayons du soleil, il aperçoit le bateau. Son bateau. Les mètres se ressèrent. Ses pieds frôlent à peine les pavés.

Soudain, un cri écorche la matinée. Dans sa course, il a heurté un enfant, une petite fille. Il lui tend la main, la relève péniblement mais déjà ses yeux sont ailleurs. Dans la nuée de passagers, un déplaisant spectacle s’offre à lui.

“Ils sont plus de 2000 et il ne voit qu’eux deux”

Elle sourit. Le même sourire qui, quelques secondes plus tôt, animait son ambition. Le même sourire qui fut la réponse à de trop nombreuses questions. Ce sourire déjà inoubliable qui dévorera inlassablement sa poitrine dans les mois à venir. Son coeur s’embrase. Lentement. Le supplice s’intensifie.

Ils traversent la passerelle qui mène à l’embarcation. La honte, plus cruelle que l’abandon, envahit son corps. Pourquoi a-t-il cru qu’elle l’emmènerait ?

Ses larmes intriguent les passants… A time to be so small.