Textes pour le mois de November 2004

Voyeurisme

de Thomas le Thursday 25 November 2004

Il est 11h30, les coiffeuses d’en face profite de leur temps de midi en s’adonnant à leur jeu favori : regarder les passant et se moquer de leur coupe de cheveux. Je les vois se réjouir à l’approche de ce couple de pseudo punks et de leur clique de chiens.

Qu’il est jouissif de se sentir à l’abri des regards. C’est pourtant une utopie. Il existe toujours quelqu’un qui nous observe. Non je ne parle aucunement de religion.

J’emmerde Dieu comme j’emmerde tous les prêtres autant qu’ils sont. Tous ces ringards qui tripotent de leurs doigts boudinés des gosses parce qu’un putain de vœu de chasteté les a frustré à jamais. Hé les pingouins, réveillez-vous ! Ce ne sont que des paroles, des phrases prononcées à la légère parce que vous étiez incapables de trouver tout seul un sens à votre misérable vie.

Une pute dans le coin sombre d’un quartier chaud vous coûterait en définitive moins cher que tous ces bonbons au miel contre la promesse d’un silence. Vous croyez que c’est Dieu qui vous lavera de vos péchés ? Dieu, à l’instar d’un directeur de prison, n’a pas prévu de douche pour purifier vos répugnants fantasmes. La seule eau qui vous attend, c’est celle qui ruissellera sur vos épaules tandis que le sexe gonflé d’un black vous défoncera le rectum.

[Je vide mon esprit sur le clavier mais c'est la voix française d'Edward Norton qui résonne dans ma tête... Pas la mienne.]

Promenade d’un père aimant

de Thomas le Tuesday 23 November 2004

Par un beau matin d’hiver,
triste et morne comme elle les aimait tant.
Il marchait quelque peu de travers,
sa blessure encore vive suintait du sang.

La montagne au loin, ces souvenirs de ballades infinies.
L’église de Saint-Ouin, où jadis il maria sa fille.

Son regard attristé auscultait les trop nombreux pavés.
Qu’il devrait encore une fois emprunter
pour revoir le fruit de son union consommée.

Pour les rares riverains, il était l’éternel malheureux.
L’esseulé pleureur dont le bébé dormait
au plus profond d’un creux.

Les barreaux mortuaires et froids
attendaient son inconsolable chagrin.
Pour lui n’avait pas encore sonné le glas,
il ne pouvait toujours pas lui carresser la main.

Solitaire comme toujours,
de cette sombre visite il ne retirera que tristesse.
Il ne pourra plus jamais lui faire l’amour,
ce pédophile dans son ultime vieillesse.

Ombre de la rue

de Thomas le Friday 12 November 2004

Souvent, j’ai l’impression de marcher à contre-sens. Je ne fais pas partie de la foule. C’est moi contre tous les autres.

Il ne m’est jamais arrivé de marcher droit. Une simple promenade se transforme rapidement en exercice éprouvant. J’ai à chaque fois le sentiment d’être dans le passage, un obstacle sur le chemin d’autrui. J’évite autant que possible le contact froid de mon épaule contre une autre. La voie est escarpée. Elle est l’écho d’absurdes “pardons”. En ces temps, les gens sont sourds, indifférents, dédaigneux.

C’est effrayant de constater que ce ne sont pas les pavés qui guident mes pas mais la trajectoire des badauds. La solitude est un art auquel je m’adonne ordinairement avec jubilation mais marcher seul deviens de plus en plus pénible.

Ces angoisses sont peut-être l’unique raison qui justifie l’intérêt d’une ballade esseulé.

“We never fade apart” *B. Christophers

de Thomas le Friday 12 November 2004

J’ai enfin compris.

Oui. J’ai enfin compris pourquoi tant la remarquent. Je ne l’ai rarement vu aussi belle qu’à travers les pâles lueurs d’une salle de concert.

Resplendissante sous la fumée, elle ensorcèle les moindres cœurs qui croisent son regard. Je contemple son visage émerveillé par les notes crachées. A chaque fois je succombe. La lassitude ne m’atteindra jamais. A ce jeu-là, je serai toujours perdant… Tant mieux.

Le scène est dans mon dos mais c’est le spectacle face à moi qui désormais me fascine. C’est le concert de ses cheveux, de ses joues, de ses yeux, de sa nuque, de sa poitrine, de son ventre, de ses cuisses… De ces deux petites rides qui ornent le coins de ses lèvres à chaque sonorité…

Oui c’est ce spectacle-là pour lequel je veux avoir payé. Ce spectacle, j’espère de tout mon corps qu’il me sera à jamais réservé.