Textes pour le mois de March 2005

Oser

de Thomas le Thursday 31 March 2005

J’avais dit « oui » sans trop savoir pourquoi. J’avais sans doute envie d’ailleurs, d’autre part… D’autre chose.Ecumant les bars, s’essayant à quelques conversations désinhibées, les prémisses d’une mutation prochaine se profilaient à l’horizon. Horizon que je ne discernais plus. Horizon caché depuis trop longtemps derrière l’épaisse brume d’une malsaine accoutumance.

Aveugle. Sourd. Muet. La proie d’une vie complètement décolorée, délavée.

- 00h00 -
Mes sens sont subitement assaillis d’une ferveur jamais éprouvée jusqu’alors. Tout me paraît incompréhensible. La confusion renverse mon esprit et bouleverse mon corps. Ses mots secouent mon coeur jusqu’à ce que nos lèvres se perdent dans un ballet sans fin.

Est-ce un maléfice ou un enchantement ? Je dois savoir. Je dois savoir si cette rencontre est une porte à franchir pour enfin donner à mon existence la saveur dont j’ai déjà tant rêvé.


Je vois. Je parle. J’entends. Je m’adonne désormais à enluminer chaque seconde de couleurs éclatantes.

Même si parfois le noir recouvre pour quelques minutes une infime parcelle de notre réalité, je ne l’échangerai
pour rien au monde.

Mouvement perpétuel

de Thomas le Friday 25 March 2005

Je sens les corps qui frôlent les vitres polluées, dégoulinantes de badineries. Chaque vie passe sans intérêt pour quelque rencontre fortuite. Pressés de rentrer, pressés de s’arrêter, pressés de ne pas parler, pressés sans raison.

Des piétons se créent un passage entre les voitures bruyantes d’impatience. Les derniers rayons d’un soleil impassible tardent entre les arbres qui ne quitteront peut-être jamais ce décor cendré. Anachronisme dans un monde sans couleur.

Et moi, je suis là. Esseulé. Au milieu d’un brouhaha sans nom, je respire un air complexe pourtant dépourvu de senteur.

Il existe des journées fades où l’esprit ne se nourrit d’aucune ambition. Des journées où plus que tout vous vénérez la tranquillité. Pas une tendre et reposante quiétude mais une sérénité ennuyeuse qui vous rend léthargique, handicapant vos gestes d’une profonde langueur.

Bientôt, cette douleur insipide me quittera. Tout va basculer d’un moment à l’autre. La vie n’est immuable que dans l’esprit des sots.

Trouble matinal

de Thomas le Thursday 24 March 2005

Lorsque la réalité s’estompe sous un ciel noir, sans étoile, la lumière confuse des néons citadins donne à ma chambre une sensation de passé. Seule la courbe des meubles modernes me rattache à ce siècle.

Les ténèbres enveloppent mon corps pour le soulever dans l’air humide. Une sensation de vide. Je m’enfonce dans l’indifférence du matelas. Il m’avale entièrement, lentement. Mon corps est si lourd. Il me pèse tellement que je dois m’évader. Je le quitte pour un univers éteint où tout se déforme pour me plonger dans la torpeur. Rêve narcissique et torturé qui demain bouleversera ma matinée.

Obligé de confronter chimères et réalité, j’ai souvent du mal à quitter l’indolence créée par un réveil abrupte. Ma salive est corrompue par le triste goût de la détresse.

Je bois un café.

Ce chaud breuvage ajuste mes idées. Au fil des gorgées, la réalité prend le pas sur les [men]songes. Je suis en phase de réadaptation. Les ombres qui passent sous ma fenêtre deviennent petit à petit des badauds puissamment poussés par l’horloge invisible qui écrase toute folie sournoise.

Mes pieds touchent enfin le sol tandis que déjà un tic-tac interne résonne.