Textes pour le mois de October 2005

Face à la crue

de Thomas le Monday 24 October 2005

Marée haute sur les trottoirs de Liège. La rue empeste le désinfectant. Les raclettes virevoltent sur le seuil des commerces endormis. Mes pas éclaboussent l’aurore, enlevant sa poésie, souillant la pureté des heures matinales.

Le ballet moutonnier des étudiants en marche n’a pas encore commencé. Assault on Magnus*. Mes jambes prennent leur envol pour une destination inconnue. Seul, je traverse la ville et atterris dans un troquet dépeuplé. Je repense au flux et reflux des marées poisseuses et pestilentielles qui submergent de leur âcre odeur la douceur olfactive du pain chaud.

Observant les premiers adolescents passer, je comprends enfin pourquoi la plupart s’affuble de ces horribles gilets de sauvetages aux ternes coloris qui font la mode d’hier et d’aujourd’hui.

* BO Anyway the wind blows

Citation

de Thomas le Thursday 6 October 2005

“Un instituteur a davantage de pouvoir de changer la vie qu’un politicien.” Jaco Van Dormael

Progrès

de Thomas le Thursday 6 October 2005

Prenant en compte l’esseulement certain qui me caractérise, je tente de discerner les comportements animaliers des individus qui peuplent la cafétéria de mon école.Cette dernière se compose d’une dizaine de sections comportant environs 200 étudiants. Et tous se connaissent. Et tous s’embrassent pour se saluer. Et tous s’interpellent.

Moi, je ne connais que la dizaine de personnes qui forme ma classe. C’est déjà pas mal – je trouve – il fut un temps où je hantais littéralement l’établissement scolaire. J’étais un fantôme qui se nourrissait exclusivement des creux laissés par des relations inexistantes.

Aujourd’hui je suis un spectre, nullement craint mais qu’on observe avec inquiétude.

Shopping

de Thomas le Monday 3 October 2005

Je vais enfin pouvoir retraverser la ville sans ce mal qui corrompt mon ventre. Un nouveau lecteur mp3 remplace désormais celui qui s’est envolé avec les cambrioleurs. Dans mes oreilles : Babyshambles, The Editors, BRMC, Alec Empire, Arcade Fire et 13&God.

Le biscuit

de Thomas le Monday 3 October 2005

Le bourdonnement s’amplifie. Ils parlent de voyage de fin d’études, d’un voyage « obligatoire ». Comment peut-on obliger quelqu’un à voyager ? Comment contraindre quelqu’un à dépenser 300 € pour rejoindre une destination qu’il n’a même pas choisi ?

Alors il se lève sous le regard fiévreux des observateurs et referme la porte derrière lui. Il s’enfuit, loin. Il passe devant une Fnac bondée. Harry Potter a réuni tous ceux qui n’ont rien d’autre à faire que de pester dans une file qui de toute façon ne sert à rien vu que dans quelques heures tout le monde pourra posséder le livre, faire corps avec les mots comme s’ils n’avaient été écrits que pour lui. Et puis, dans cette file, personne ne le lira avant ce soir.

Il reste quelques secondes à dévisager ces pauvres futurs lecteurs transis par le froid et là, il comprend que jamais il ne sera capable de concocter un best-seller, une série de best-seller et encore moins de lancer un phénomène mondial ou presque. Alors il entre dans une galerie commerciale, s’assied à la table d’un bistrot commercial pour avaler un café commercial.

L’usine du quotidien. Quarante-trois tables, quatre-vingt-six chaises, douze tabourets, trois personnes – dont lui – disséminées aux places géométriquement les plus éloignées, formant ainsi un triangle isocèle parfait, figure allégorique de l’isolement.

Le café est mauvais. Il a l’ordinaire goût du lundi matin. Avril Lavigne résonne dans la galerie déserte. Infect goût du lundi matin.

Le sucre éparpillé, la capsule de lait comprimé éventrée, la tasse vide, le cendrier plein, reste devant lui le fameux biscuit lyophilisé moitié chocolat. Le même biscuit que les aïeux enfouissent dans leurs sacs après avoir jeté un coup d’œil inquiet au serveur, avec un léger sentiment de maraudeur. Le même biscuit qui sera servi mercredi après-midi aux petits-enfants, pas assez vieux que pour ne plus rendre visite à leur chère âme en perdition imbibée de vieille liqueur.

Lui, il n’a pour ainsi dire aucun grand-père et aucune grand-mère. Sa mère est une enfant du juge. Son père est un enfant de la rue. Ils s’en portent très bien ainsi. Il s’en porte très bien aussi. Il a échappé aux biscuits lyophilisés moitié chocolat du mercredi après midi.