Textes pour le mois de March 2006

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de Colin le Friday 31 March 2006

En remarquant la date sur mon portable, je m’aperçus que c’était l’anniversaire d’un ami que je n’avais plus revu depuis près de treize ans. C’était mon meilleur ami et du jour au lendemain parce que l’école primaire nous envoie ailleurs, on ne s’est plus parlé. Je l’ai revu à Dour mais j’ai préféré l’ignorer. Je ne suis pas bon en retrouvailles.
Je pensai directement à Gaël. Je ne l’avais pas revu depuis au moins deux semaines, depuis le baiser de Vanessa. “Connasse” dis-je à haute voix. Je décidai d’envoyer un mail à Gaël. Cependant, j’étais aussi bon en reconsolidation d’amitié qu’en retrouvailles. A l’école, j’avais séché tous ces cours. J’étais plutôt solitaire. Mon message était à peu près ceci : “salut gaël, c’est colin. enfin tu le sais tu as vu mon adresse. voilà c’est trop con de plus se parler pour des conneries. j’ai fait le premier pas à toi de faire le second. Ciao, colin”
Court, sans complication, droit au but. C’était plus facile que ce que j’avais redouté ! Je n’obtins pourtant aucune réponse. La journée fut belle et partagée entre différents cafés où j’essayais d’écrire quelques lignes sur mon portable. Rien de concret en fait. J’étais dans l’attente de la soirée, dans l’attente de Mélodie. Les heures ne s’écoulaient pas. Je ne pouvais me repérer temporellement que grâce à la météo. Les nuages menaient une bataille angoissante avec le ciel bleu. Ils gagnaient du terrain et lorsque la pluie vint en renfort, il était clairement temps de commencer l’avant-soirée. Je descends une bouteille de Martini qui traîne dans mon frigo depuis trop longtemps. Je n’ai rien avaler de la journée à part onze cafés et neuf bières.
Je suis affalé dans le divan et les Sonic Youth font trembler la table basse. La bouteille vide se déplace attiré par un aimant invisible. Elle se renverse sur le flanc et roule lentement vers le rebord de la table. Sans éclater, elle cogne contre le parquet puis roule jusqu’à mes pieds. Je bascule la tête en arrière, au-dessus de moi, le plafond tourne, tourne. Trop. Je me lève d’un bond, marche par mégarde sur la bouteille et tombe à plat contre le sol tiède. Heureusement la salle de bain est juste à quelques mètres. La porte entrebâillée m’appelle. Je rampe jusqu’à la cuvette et vomis tout ce que je peux. C’est à dire pas grand chose. Aux liquide boueux, se mélange le sang qui contourne mes lèvres et dévale mon menton. Je n’arrive même pas à dire “putain”.
Je suis mal comme jamais. C’est ce à quoi je pense et j’ai tort. J’ai déjà été plus mal en point. Eliminer de mon esprit les mots : alcool, bière, whisky, Martini, vomi, gerbe, haut-le-cœur, mal au ventre, ivresse… Mélodie. Je n’ai même pas pu décrocher mon téléphone lorsque la sonnerie a résonné dans le loft à dix-sept reprises. No rock enough ! s’intitulait la soirée.

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de Colin le Thursday 30 March 2006

Comme toutes les fins de mois, l’entreprise, mon entreprise (finalement) organise une réunion où les cadres évaluent les recettes et pertes devant les actionnaires. C’est extrêmement ennuyeux mais je suis obligé d’y aller parce que je dois signer toute une série de papiers administratifs que la Vermine me fout sous le nez. Aujourd’hui, il s’est déplacé jusque chez moi pour me tirer du lit parce que j’avais eu la “bonne idée” (selon lui) de sécher la réunion le mois dernier. Légalement, je suis son patron, cependant il agit comme mon père, presque en pire.
L’assemblée a duré presque toute l’après-midi. Je ne pouvais plus supporter leurs voix, leurs chiffres, leur humour d’ingénieur à la con. La seule chose qui m’intéressait c’était quand est-ce que cette branlette commerciale allait se terminer… Et la jeune secrétaire qui prenait note aussi. Je n’allais tout de même pas risquer le harcèlement sexuel. On ne sait jamais. Ma petite expérience en entreprises m’a montré à quel point elles commençaient à évoluer sur le modèle des films étatsuniens. Enfin, cela dit en passant, je ne me sens absolument pas l’âme d’un alter-mondialiste, citoyen du monde… En plus, Manu Chao m’insupporte au plus haut point !
Revenu chez moi, je pris délibérément le droit de ne plus rien faire de concret de la journée. Je restai donc sur l’ordinateur portable, couché sur le lit, à chatter avec des gens que j’avais ignorés pour d’obscures raisons. En début de soirée, je les ignorai de nouveau afin de regarder la télé.

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de Colin le Wednesday 29 March 2006

Mal de crâne. Trop de vinasse. Pas assez de nourriture dans l’estomac. Pas assez de salive dans la bouche. Malgré tout, je vais jusque chez Mediamarkt en quête d’un nouveau clavier. En effet, le dernier m’a échappé des mains à quatre reprises tandis que j’essayai de l’exploser contre la table de salon. Je choisis un magnifique produit noir Logitech sans fil avec plein de touches qui ne servent à rien. Un genre de clavier de portable qui ne fait pas de bruit avec je crois un silencieux incorporé. L’Aston Martin des claviers en fait.
Je passai quand-même par la Fnac afin de feindre une quelconque branchitude en feuilletant la liste des prochains concerts. Quelques groupes intéressants : 31 Knots, Brian Jonestown Massacre, peut-être Sleater Kinney ou encore Gregory Lemarchal Hahaha. Cette dernière intervention étant de l’ironie pure et simple. Voyant arriver ce gros lourdaud fumeur de joints de Samuel, je quittai le magasin en courant. J’avais à peine franchi les portes qu’une pression assez conséquente s’abattit sur mon épaules. Le vigile. Fouille en règle ou presque. Vidage de sacoche sur une tablette, excuses, confusion, prévention et 10 euros de réduction sur le prochain achat. Fnac vous remercie, au-revoir !
Je croisai Veda à l’entrée de chez Zig-Zag. Elle m’apprit qu’une soirée rock and roll organisée par une connaissance du quartier avait lieu en Roture vendredi et je lui promis de passer. Ou du moins d’essayer. Je téléphonai ensuite à Mélodie pour l’inviter et plus si affinités. Elle avait l’air partante. Du même coup, je l’étais deux fois plus.
Au loft, je fis vaisselle, ménage et autres récurages de lavabo. Toutes les activités qu’il ne faut absolument pas faire lors d’un lendemain pseudo-difficile. Pour parler vrai, j’en ai baver. Lorsque j’ai grillé la clope de la satisfaction du travail accompli, j’avais les yeux qui se fermais et lorsque je les ai réouverts, mon T-shirt était parsemé de minuscules trous et ma peau rougie de micro-brûlures. Entre les doigts de ma main droite, le mégot éteint se moquait de moi. Je le suicidai par la fenêtre puis me pris un délire d’une demi-heure sur des agents du FBI qui viendraient m’arrêter pour “mégoticide”. Enfin, j’étais bien fatigué. The Elder Scrolls IV : Oblivion. Niveau 30, avant de sombrer définitivement.

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de Colin le Tuesday 28 March 2006

Il y a un moment (et vous vous en doutez) où je dois ranger ma paresse sur un étagère de la conservothèque afin de me consacrer à l’écriture de ce journal. Enfin, à la réécriture typographique des fragments de phrases que je note par-ci par-là dans un joli Moleskine. Ce mardi était le jour de la prise de tête grammairienne et syntaxique que je relevai à coup de ballons de rouge, les cheveux ébouriffés, la cigarette aux lèvres. J’avais tout de l’écrivain, sauf la patience. Pour le style et le lexique, je vous laisse seuls juges de mes aptitudes. Mais bon, vous êtes là. Ce n’est déjà pas si mal. Tiens, d’ailleurs, je voulais vous remercier de votre patiente lecture.
Sauf toi et toi.

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de Colin le Monday 27 March 2006

Ce matin, l’œil encore endolori (mais supportable) j’ai commencé les Mémoires d’un jeune homme dérangé. Vers midi, je l’avais fini. En fait, c’est un con Beigbeder. Ce n’est absolument pas un jeune homme dérangé ! Et ce ne sont absolument pas des mémoires ! Tout juste un petit recueil d’expressions cools qu’on veut assembler dans la bouche d’un personnage mondain afin de le rendre romantique new-wave prêt à tout, même à se couper un bras si la déconnade en vaut la chandelle. Mon cul oui ! Allez lui demander au petit Frédéric de se couper un bras pour faire marrer ses potes écrivains. Bref, c’était la minute littéraire de la semaine.
Sinon comme de nombreux lundis, j’ai regardé les gens se remettre à travailler. Les flics déambulaient dans la rue afin de gratifier d’un procès les voitures non-riveraines. Les Pakistanais envahissaient le Colruyt. Après la Belgique, ils ne se gênent plus ! Non, ça, ça fait sale blague raciste qui ne passe pas sur Internet. Moi je les aime les Pakistanais. Comment se procurer des clopes ou de la vodka à 4 heures du mat’ ? Merci le Pakistan. Le seul truc que je peux leur reprocher, c’est que lorsqu’ils vous rendent la monnaie, avec leurs doigts, ils essaient de vous caresser la paume de la main. C’est pas que l’homosexualité me gêne, loin de là, mais bon.
Plus tard, assis sur un banc le long de la Meuse, je vis passer Mélodie en longue jupe moulante. Je me levai pour l’interpeller puis me souvint de l’épisode d’hier. Alors, je la pris en filature. Cinquante mètres derrière elle, je pouvais voir ses fesses se frotter l’un à l’autre. Vingt mètres derrière, je pouvais respirer les bribes d’un parfum vanille exquis pour lequel les plus grands glaciers du monde vendraient leurs mères.
Elle s’engouffra dans les bâtiments gris de l’Ulg. J’eus l’impression d’être le petit Damien de la première Malédiction à l’approche d’une église. Tandis que je m’éloignais vers le Delft, dans mon souvenir, Carmina Burana diminuait. Je commandai une bière. Une ombre s’abattit sur ma table, je relevai les yeux :
— Vanessa…
— Tu vas bien ? (Elle souriait d’un air hyper malicieux genre “on sait ce qu’il y a entre nous”)
— Pas mal… Et Gaël, comment va-t-il ?
— Je vois que tu n’as rien appris au niveau galanterie… Il va bien.
— Hé bien, tu lui remettra mon bonjour alors.
— Je n’y manquerai pas (sourit-elle) [...] Bon je te laisse, je suis déjà en retard.
Elle se retourna vers une table de l’autre côté de la pièce et appela une espèce de grand… chevelu qu’elle empoigna par le bras pour sortir. Il me lança un regard hébété qu’à mon avis il prenait pour menaçant et je me mis à rire. Toutefois, je me tus directement car Gaël était cocu. Une nouvelle fois. J’éprouvais divers sentiments. Du soulagement parce que ce n’était pas moi qui le cocufiait. Du contentement parce qu’en dépit de tout ce qu’il avait raconté à propos de Vanessa, j’avais raison. Et un mélange de tristesse et de compassion, après tout, Gaël était la “pauvre chose” de cette garce vénale.
Je restai un peu près trois heures au Delft, collé à la vitre, surveillant les entrée et sorties de ces numéros sans âme. Jamais, je ne puis revoir Mélodie ce jour-là. La tête commençait à me tourner alors je suis rentré. Je me suis couché dans le divan pour zapper jusqu’à ce que je tombe de fatigue.