Textes pour le mois de April 2006
19/04/03+02
de Thomas le Wednesday 19 April 2006
Dix-neuf mars deux mille quatre plus deux.
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Page soixante-quatre
de Colin le Wednesday 5 April 2006
Il était 17 heures et, encore fatigué, j’essayais de trouver le courage nécessaire pour ouvrir les yeux. J’étais dans le divan. Ma partie d’Oblivion était sur pause. Je ne me souvenais pas de la dernière quête effectuée. Après m’être assuré de la sauvegarde, je quittai le jeu pour lancer Itunes. Artic Monkeys, ça réveille et invite à la bonne humeur. Dans ma boîte aux lettres, trop de rappels, de factures en tout genre amassées depuis deux semaines voire plus. Ca réveille et contraint à la mauvaise humeur. Une demi-heure plus tard, je les dépose sur le bar du Randaxhe afin de les éplucher une à une. Gaz, eau, électricité, Internet. Je fais le compte sur un carton Jupiler. Près de 800 euros + le café commandé. Je règle mes dettes à la banque d’en face puis je file dans la première friterie que je trouve pour régler ma faim. J’avais l’impression de ne plus avoir avaler un met quelconque depuis… Depuis que d’un coup de pied j’avais percé la poche des eaux et poussé ma mère à l’agonie en lui écartelant l’utérus.
Très tôt, on a déjà ce besoin de faire souffrir les femmes. A moins que ce soit un désir ? On commence avec sa mère, sa sœur, les filles en général, puis de nouveau sa mère et enfin les femmes. Toujours au pluriel.
Je suis passé chez Mélodie. Personne. J’ai téléphoné à Gaël. Personne. Je suis alors resté là avec ma solitude, sans aucune envie de pousser la porte d’un quelconque café. Je n ‘avais plus allumé MSN depuis une éternité. Un nouveau contact s’était ajouté : Daph. Je restai hors-ligne. Le Danemark était trop loin, les souvenirs de Daphnée aussi. Je lançai l’album live de Jeff Buckley et me mis à la recherche de sens en transformant quelques journées en textes.
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Je suis en lettres
de Thomas le Wednesday 5 April 2006
Je travaille sur le journal intime en ce moment même et cela me réconforte dans la linéarité de mes textes. Pourquoi changerais-je de sujet puisque je suis ces mots ?
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Page soixante-trois
de Colin le Tuesday 4 April 2006
La porte d’entrée claqua et je perdis le cours de ma lecture. Mélodie entra comme une furie dans la pièce et s’assis à cheval sur moi. Elle m’arracha le livre des mains, le feuilleta puis, arrogante, lut :
— Sans cesse à mes côtés s’agite le Démon ;
Il nage autour de moi comme un air impalpable ;
Je l’avale et le sens qui brûle mon poumon
Et l’emplit d’un désir éternel et coupable.
Parfois il prend, sachant mon grand amour de l’Art,
La forme de la plus séduisante des femmes,
Et, sous de spécieux prétextes de cafard,
Accoutume ma lèvre à des philtres infâmes
Il me conduit ainsi, loin du regard de Dieu,
Haletant et brisé de fatigue, au milieu
Des plaines de l’Ennui, profondes et désertes,
Et jette dans mes yeux pleins de confusion
Des vêtements souillés, des blessures ouvertes,
Et l’appareil sanglant de la Destruction !
Elle me regardait avec un air à la fois satisfait et provocateur.
— Voilà comment tu es !
Elle jeta le livre par dessus son épaule et m’embrassa. Elle goûtait le Jack Daniels. Ensuite, elle se leva et, sans se retourner, me lança un « à demain » bien clair. Elle referma la porte sur ces paroles. Après quelques microsecondes de réflexion, je tentai de rejoindre sa chambre mais elle s’était cloîtrée.
Je rentrai au loft avec se baiser imprégné au plus profond de moi. Je ne me débarrassai de cette douce sensation qu’après une rapide masturbation. J’allumai mon PC et lançai Oblivion.
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Page soixante-deux
de Colin le Monday 3 April 2006
J’ai croisé une fille ce matin en revenant de chez Gaël. Enfin j’en ai vu plusieurs mais regardé une seule. Outremeuse n’est pas très grand, on finit toujours par connaître les visages. Surtout tôt le matin. Elle m’était totalement inconnue et pourtant si familière. Une ex ? Non. Enfin je ne crois pas. Patrick - qui était un Don Juan, dragueur, séducteur, tombeur ou tout ce que vous voudrez - disait toujours qu’il reconnaissait une fille plus à ses imperfections clitoridiennes et à la coiffe de ses poils pubiens qu’à son visage. Patrick en est mort. Du sida je parle. Pas d’un étouffement dû à l’obstruction de son œsophage par un poil. Elémentaire Monsieur Grissom. Ce n’est pas mon cas. Je sais reconnaître un visage, une démarche, une fille.
L’image de cette inconnue ne s’effaça complètement qu’en début d’après-midi. Justement l’heure à laquelle je retrouvai Mélodie chez elle. Elle semblait avoir subi les méfaits (ou bienfaits dans mon cas) de l’amnésie temporaire. Peut-être que sous ce pull noir à col roulé qui mettait en avant ses délicats atouts, d’affreux tatouages ornaient ses bras fluets afin de palier une mémoire défaillante. Un peu comme dans Memento. Je me promets en pensée de le relouer à moins qu’il traîne sur une des étagères de la cuisine. Mélodie me laisse seul face au café trop sucré qu’elle m’a servi pour aller aux toilettes. Je traîne quelques secondes sur son image en train de déféquer, relevant son pull noir à col roulé puis je pense aux dernières filles que j’ai côtoyée. De Vanessa, de Daphnée, de Clara, sa sœur ou de Mélodie, aucune n’atteignait le seuil de normalité qu’on est en droit d’attendre d’une conquête.
Le bruit de la chasse d’eau m’attira tout-à-coup à la réalité.
- A quoi tu pensais ?
- A toi sur les chiottes et puis au fait que toutes les filles que je rencontre sont des barges.
- Tu ne dis pas ça pour moi ?
- Si justement. Tu n’échappes pas à la règle, tu la justifies !
Elle sourit. Elle prend à nouveau ça pour un compliment. Je ne comprends plus rien. Je m’évade alors dans le décors qui nous entoure.
C’est très bizarre de revoir mon appartement transformé par une décoration féminine. Par une décoration tout court.
Mélodie me sert un second café. Ensuite, malgré mon insistance à rentre chez moi - je suis quand-même super vanné - elle me laisse seul pour un quelconque rendez-vous qui selon elle ” prendra que deux minutes “. J’allume la télévision avec un troisième café et sombre en dépit des quatrième et cinquième cafés.
Une ambulance fit vrombir les fenêtres et je revins à moi. Mes yeux virent alors les lumières bleues pourfendre la nuit en s’éloignant. LA NUIT !!! Oui, il faisait nuit dehors et visiblement, Mélodie n’était pas rentrée. Bataille et Fontaine allait ouvrir leur rideau sur une sordide ex-relation futurement foireuse d’office.
J’attends Mélodie ou pas ? Je choisis la première solution, me sers une Kriek et inspacte la bibliothèque de mon hôtesse. Beaucoup de poésie et de livres que je ne connais pas qui ont l’air et l’aspect de la poésie. Lorsqu’on farfouille dans les bouquins de quelqu’un, généralement, on ne part pas à la découverte de l’inconnu. Non. On opte justement pour celui qu’on a lu et relu. Celui qu’on connaît et reconnaît, peut-être pour se rassurer. En l’occurrence Les fleurs du mal. Peut-être était-ce le seul livre de poésie que je connaisse vraiment dans l’immensité de l’étagère de Mélodie. Je ne vous le dirais pas !
Par contre, je ne l’avais plus ouvert depuis longtemps, depuis que j’avais pris conscience de sa banalité. Depuis que je savais que tout le monde le citait. Tous les écrivains, tous les ados, tous les musiciens, tous les abrutis.
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