Textes pour le mois de August 2006
Je ne suis pas de ceux… (2ème partie)
de Thomas le Tuesday 29 August 2006
Cette nuit, j’ai rêvé d’un lointain lieu de stage. Un de ceux qu’on range dans la catégorie « bonnes expériences ». Un de ceux qu’on qualifie de « bons souvenirs ». Un soupçon de vie adulte. Un goût de métro-goulot-dodo.
J’y revoyais les acteurs d’une vie révolue, dissolue par l’atmosphère chimérique. Le plaisir de revoir ces visages, de réinvestir ces bureaux, d’inciser une nouvelle fois au scalpel dans le quotidiens d’inconnus. Héros d’un jour, quidams pour toujours. Tailler minutieusement dans leur vie à coup de questions. Ausculter leur passé, leur présent, leur avenir et modeler le tout en une bouillie de mots que j’espérais bien odorante. Capable d’être avalée avec le café matinal et les petits pains au chocolat. Dégustable et digestible en sorte.
Je ressasse à 12H36. Garé à moins de cinquante mètres de ce lieu réapprivoisé durant quelques secondes d’un courte nuit. J’observe le ballet des voitures et des journalistes qui vont et qui viennent, déjeuner ou calepin en main. Trench coat et empressement de rigueur.
Le moteur tourne au ralenti et les ridicules enceintes laissent échapper « Go » de Moby avec le sample du générique de Twin Peaks. Programmation d’un autre temps pour souvenance d’une autre époque.
J’hésite, le doigt sur la poignée. Deux autres prêts à incliner la clef afin de taire le ronronnement de la mécanique. Il est 12H42 et la réalité de ce que je suis se fait de plus en plus insistante. Ça hurle en moi.
Je ne suis pas de ceux-là.
Je ne suis pas de ceux qui se permettent d’entrer en collision avec le passé.
Je ne suis pas de ceux qui prennent des nouvelles juste pour le plaisir d’en donner.
Je suis de ceux qui s’effacent à jamais, qui changent de trottoir, qui oublient les numéros de téléphone, qui détournent le regard, qui n’envoient pas d’e-mail et qui détestent les incursions momentanées préméditées.
Je sais que je ne reviendrai certainement plus dans cette rue, ni même dans ce quartier. Il me coûte de comprendre cela. J’ai vingt-cinq ans et il me reste un, deux, cinq, dix, trente, cinquante ans à vivre. Peut-être. Mais jamais, je ne reprendrai ce chemin. C’est une fatalité ou c’est la fatalité. Comme vous voudrez.
Alors je contemple une dernière fois les courbes du bâtiment, ses fenêtres, sa porte et son tapis d’entrée, les différentes inscriptions, l’herbe haute des parterres comme les érables qui dominent l’allée jusqu’au parking. Puis j’enclenche la première. Je démarre en m’efforçant de ne plus jeter un dernier regard aux rétroviseurs.
classé dans Survie quotidienne Commentaires
Je ne suis pas de ceux… (1ère partie)
de Thomas le Saturday 26 August 2006
Je ne pars jamais en vacances. Mes parents n’ont pas été habitués à cela. Ils ne m’ont pas transmis le goût du voyage, de la découverte de l’autre.
De toute façon, je déteste être à l’étranger. Et, paradoxalement, je me plais à être étranger. Non par quelques rites et coutumes mais un précieux décalage horaire constant qui me confirme que finalement les choses importent peu.
A quoi bon voyager ? Cela me rappelle le dernier dîner familial qu’une ex-copine m’a fait subir : badinages autour de la pauvreté d’Amérique latine. Il existe deux solutions et aucune ne me parait acceptable :
1. Vivre dans un grand hôtel***** ou un club avec piscines, animations, strings et seins nus sur le sable.
2. Aller chez l’habitant, vivre comme lui, dans un crasseux quotidien qui a pourtant du mal à entacher sa bonne humeur, compatir en cachette à la douleur de sa pauvreté et de ses conditions… Sauf que nous, on a plus d’argent même si on le tait, le temps d’un séjour.
L’hypocrisie était l’invité suprise de ce dîner. “Regarde cette photo : tu as vu ces pauvres enfants qui sont obligés de porter des casiers de Coca-Cola pour quelques pièces. Tu te rends compte ?” La compassion du touriste qui photographie quand-même parce que ça fera un bon souvenir. C’est assez pitoyable et je ne voudrais en aucun cas rentrer dans ce jeu.
J’exècre l’éphémère et qu’y a-t-il de plus éphémère que des vacances. Je ne veux pas trimer pour le luxe d’un billet d’avion.
classé dans Journal extime Commentaires
Réflexion autour de la violence d’un vendredi soir
de Thomas le Monday 14 August 2006
Avez-vous déjà entendu le son d’un coup de poing. Les phalanges qui s’enfoncent dans la peau de la joue jusqu’à en faire éclater les vaisseaux, jusqu’à ce que l’élasticité de la chair rompe sous la pression pour se fendre d’une crevasse infime, rouge, sanglante.
Ouvrez votre paume gauche. Fermez votre poing droit et serrez bien fort. Enfoncez-le alors dans le creux de la main. Maîtrisez votre coup pour qu’il soit assez sec afin d’imaginer au mieux le bruit produit par la rencontre de votre visage avec la fureur d’un individu.
Cependant, vous ne pourrez ressentir ce savoureux mélange de salive et d’hémoglobine. Vous ne pourrez percevoir cette douleur qui réveille. Cette douleur qui dessaoule.
Et surtout, vous ne pourrez jamais humer jusqu’au plus profond de vous ce parfum d’insatiable vengeance, cette inconsolable envie de rendre les coups.
La réalité s’éloignera et alors là vous serez prêt à ôter une vie. Détruire un être pour soulager votre ego, pour équilibrer cette accumulation de frustrations, de violences morales, de dénis.
classé dans Ethylisme Commentaires
Des hommes et des trains
de Thomas le Friday 11 August 2006
J’exècre celui qui se fait appelé Grand Corps Malade. Rien que son pseudonyme invite à une pitié féroce. Comme lui, sa « poésie » se déplace à l’aide d’une béquille. L’autocollant bleu permettant l’accès à quelques places de parking réservées a trouvé sa dénomination symphonique : SLAM.
Stupide et Lancinante Arnaque Musicale.
Essai de SLAM :
Ce midi j’ai mangé un sandwich
Il était pas bon j’ai coulé une kish
Puis j’ai été en ballade
Mon idole c’est Grand Corps Malade
Voyez ce sens de la rime, ces métaphores tapies dans le creux même des mots les plus anodins. Il ne me reste plus qu’à appuyer ces dires cinglants d’un petit poumchack équivoque et de quelques sons trouvables sur ces fameux klaxons qui ornent les guidons de vélos enfantins et peut-être qu’un jour, la presse parlera de moi.
Mais pour combien de temps ?
classé dans Journal extime Un commentaire
Requiem pour un ennui
de Thomas le Thursday 10 August 2006
Les journées s’estompent au goutte à goutte tels d’infinis septembres. Les soirées, elles, disparaissent comme un morceaux de sucre englouti par des litres de café bouillant.
Quand reverrai-je la douceur analgésique du divan marqués par la forme de nos corps, symbole de jours sans fin où toi et moi parlions, regardions, baisions, vivions chaque seconde à ne rien faire. A ne rien faire, intensément.
Ennui, tu me manques.
classé dans Survie quotidienne Commentaires









