Textes pour le mois de January 2007
Nouvelles du matin
de Thomas le Wednesday 31 January 2007
06:51. L’urine canine submerge trottoirs et poteaux. Je dois sautiller. Pied droit. Pied gauche. Hop, encore pied gauche.
Les bords de la route scintillent de bouts de verre pilés. Une voiture sur cinq, d’ailleurs, est pillée.
Les néons criards clignotent comme une simple métaphore d’un front lointain où des hommes, des femmes et des enfants dont on n’a rien à foutre, se débattent et meurent dans un esseulement implacable.
Je traverse les clous à la sortie d’un rond-point désert lorsque la lanière de mon sac se brise. Mes cours s’étalent et s’imbibent. Autrefois, on devait prendre garde aux crocodiles. Aujourd’hui, tant pis. Je me baisse en fermant les yeux, tâtant à l’aveuglette. Soudain, j’entends crisser des pneus, suivi du craquement de la rencontre entre les os et le métal.
Je n’ai pas mal. De deux lignes parallèles, je suis accroupi sur la bonne. De l’autre côté, un homme empoigne sa tête de ses deux mains tandis qu’un autre accourre. Puis ils sont rejoins par un couple et une dame. Je ne deviendrai pas le badaud-spectateur du glauque sanguinolent, j’ai un train à prendre.
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Serpent de Socrate
de Thomas le Tuesday 30 January 2007
Immondes singes brailleurs. Vous n’êtes digne que d’une indifférence prolongée. Je casse ce serment que j’honorais jusqu’ici pour cracher sur vos cervelles prématurées.
Malheureusement, l’éducation ne se transmet pas par le glaire.
Malheureusement, les bonnes manières ne se donnent guère par crachat.
Parfois je fantasme de ruelles sombres, de silhouettes hurlantes, de lame rougeoyante. Et au fin fond de la nuit, dans des draps humides, je me réveille en rugissant : Et là ? Tu la sens mon autorité ?
« Mettez le cœur à l’ouvrage ! … Engagez-vous ! », qu’ils disaient.
N’y a-t-il rien de plus doux que l’insouciance de l’étudiant, emmêlé dans les craintes de l’avenir mais pas encore caressé par d’obsolètes obligations.
Je suis une pute. Je prostitue les savoirs. J’exhibe la langue française en vitrine. Je suis payé pour souffrir. Lorsque le travail est terminé, je me sens dégueulasse. Endolori.
Vingt-deux heures/semaine, je me fais enculer à sec par une cinquantaine de mioches en mal d’amour. Il leur faut des parents, je ne suis qu’un punching-ball. Il leur faut des règles, ils n’ont que du venin pour seule vaseline. Alors, ils m’enculent. Ils m’enculent durant des heures interminables. Pas que j’aime ça, mais le loyer, les factures… Je sais que vous me comprenez.
“remarque ironique et de mauvais goût je sais”
Prévoir avant la fin de l’année, une visite d’Auschwitz. Ne pas oublier d’enfermer les élèves dans le douches et de les oublier.
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Voyages en train
de Thomas le Monday 29 January 2007
Je ne rejouerai certainement pas la complainte d’un Grand Corps Malade - qui, je l’espère, ne passera pas l’hiver. Toutefois, j’aimerais déclarer ma flamme aux voyages en train qui emplissent mes yeux flasques d’observations anodines trempées de la sueur quotidienne des travailleurs de l’aube.
A travers les carreaux, défilent des paysages en parfaite somnolence et la vitesse des wagons me donne une juste impression de la réalité.
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Les pages de mon carnet sont recouvertes d’amiante
de Thomas le Thursday 11 January 2007
Je n’aspire qu’à écrire plus. Encore et toujours plus. Mais les pages de mon carnet sont comme les galeries d’un musée d’art contemporain.
Vous pouvez admirez à votre droite le magnifique “Carré blanc sur fond blanc” !
Loin d’être une œuvre, ce blanc traduit plutôt une déviance qui contraint mon imagination à mourir lentement, un peu plus chaque jour. Ce que vous lisez est peut-être le soupçon d’un espoir qui caresse la rémission d’une maladie en phase terminale.
Oui. J’ai le cancer de l’imagination.
La chimiothérapie n’est d’aucune aide pour le mal dont je souffre. Je cherche en vain le remède qui, je l’espère, ne giflera pas ce marasme trop tard.
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