Textes pour le mois de April 2007
Je suis la honte malvenue de Jack
de Thomas le Monday 30 April 2007
Les deux premières heures du lundi sont toujours une catastrophe. Les rares élèves qui y assistent s’empâtent dans une mollesse désespérante. Leur chair rectale fond sous la chaleur et colle au siège tandis qu’ils s’affaissent sur leurs coudes pour souffler d’une haleine pestilentielle leur mécontentement d’être là.
Mais restez chez vous, bande d’abrutis !
Le plus stupide dans tout ça, c’est qu’ils pensent que je les aime bien ! Je dois bien justifier l’importance de l’institution, la profonde dimension de mon travail, feindre le ciel bleu et le joli chant des oiseaux.
Toutefois, qu’est-ce que je ne donnerais pas pour être ailleurs, pour ne pas avoir à supporter leur poussive destinée. Car ils n’arriveront jamais à prendre leurs vies en main. Ils sont pourvus de moignons. « Pas de bras, pas de chocolat ». Ils baveront toujours sur la réussite de leurs voisins.
Ils boiront de la Cara et fumeront des Cigarillos ou des Boule d’Or. Ils regarderont Arthur et les téléfilms merdiques d’RTL-TVI. Ils fantasmeront sur les voitures de sport et Beyonce. Ils voleront des articles de sport et violeront le sosie de Beyonce.
Ils ne sont pas appelés à grand chose et je m’en fous complètement. De toute façon, il paraît que Ce n’est pas l’école qui a dicté leurs codes ! Qu’y puis-je ? Je vous le demande.
Je suis sans conteste une honte pour ces enseignants qui empiètent sur leur temps libre pour travailler, qui offrent des bouquins (que les élèves ne liront jamais), qui sont hypramotivés dès le matin et emplissent la salle des profs de leur rire gras, qui boivent des litres de café parce qu’ils ont passé le week-end à réfléchir à une activité « porteuse » « épanouissante » « qui a du sens » pour l’élève.
Shuuut… Ne le répétez pas mais j’ai préparé mes cours ce matin (un quart d’heure top chrono) car j’avais bu de la bière pendant plus d’un jour et demi. C’est peut-être pour cela que je ne peux supporter ces élèves.
Ou peut-être est-ce parce que la semaine dernière, ils ont rendu chacun quinze pages de copier-coller ponctuées de fautes aussi grosses que leur fainéantise. Un travail d’une année, bâclé, qu’ils prennent pour un chef d’œuvre. Quoi ? Je dois applaudir ? Vous laisser dormir sur vos chaises ? J’vous emmerde les p’tits gars ! INTERROGATION.
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Magdalena mix
de Thomas le Friday 27 April 2007
Il y a beaucoup trop de souvenirs enfouis dans un simple liégeois avec une paille à ligne rouge. J’ai la mémoire qui pétille. J’ai huit ans. Le soleil chauffe ma nuque et je m’fous d’tout.
Des larmes de sang me coulent du nez. J’essuie d’un revers de la manche. Je m’fous d’tout j’vous dis.
J’arrache les croûtes de mes genoux, délivrant les nuances de mon exposition estivale. Tels des trésors, je les dépose délicatement dans le cendrier vide. J’ai une envie irrésistible de courir jusqu’à sentir mes jambes se décrocher. Des bulles remontent les parois de mon verres, se faufilant entre les glaçons et des adultes se retournent en toussant. Alors, je m’lève et je cours. Mon dos se trempe et mes tempes cognent. Fort. Tellement fort.
Je n’arrive pas à reprendre mon souffle. Je suis allongé dans l’herbe depuis quelques minutes et je n’arrive pas à reprendre mon souffle. Des fourmis noires grignotent la chair brûlée autour des trous pâles et nus de mes genoux. J’ai le goût du liégeois qui caresse toujours mon palais.
Je n’arrive pas à reprendre mon souffle. J’me fous d’tout.
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Rencontre sur le coin d’un comptoir
de Thomas le Thursday 19 April 2007
Trois années sans doute ni regret aucun. Et cette solitude tant chérie, cet isolement si rafraîchissant, mon exil volontaire n’a jamais autant souffert du manque de complicité nocturne, de la complexité qui me lie à elle.
Ce fastidieux travail n’est qu’une interminable file d’attente dans laquelle j’aurais hérité du dernier numéro. Que les heures paraissent tristes et sombres à pourtant si peu de kilomètres d’elle.
Je suis né un dix-neuf avril. Il ne me semble pas posséder quelque souvenir antécédent. Quand bien-même, je voudrais tout effacer. Laisser le T-Pex engloutir ma mémoire.
Tout s’était somptueusement enchaîné comme les accords électriques d’une chanson des Smashing.
Flash-back\ Rencontre éthylique – Pari heureux – Dérapage incontrôlé – Discussions électroniques – Décision chaotique – Rattrapage langoureux – Alcoolémies critiques – Escapades amoureuses – Emménagement précoce – Existence enflammée /Flash-back
Trois ans délicieusement dénués de perfection. La vie véritable, la réalité en plein. Comme un chewing-gum à la menthe qui pique mais ne perd jamais son goût. Nul besoin d’artifices : juste elle, moi, et c’est tout.
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Petit pamphlet du matin… Chagrin
de Thomas le Tuesday 17 April 2007
Je sais par quoi commencer
mais certainement pas où cela finira.
Ne soyons pas avare en caféïne. Prenons le temps de s’injecter quelques doses stimulantes dès l’aube afin de bien écarquiller les yeux. Et on étire les paupières. Un, deux… Trois. Un, deux… Trois.
Veines bleutées, cernes cramoisies et teint pâle. La vie est moins une pièce de théâtre qu’un gigantesque cirque au chapiteau grisâtre. Tadada dadadadaa. Je suis un dompteur incapable. Chaque jour durant le spectacle, je me fais dévorer une main, un pied… Après six mois de représentations, il ne me reste plus grand chose. Même plus l’espoir.
Je suppose toutefois que c’est comme ça que ça marche. L’humanité humiliée petit à petit, à force de naissances aux malformations spirituelles. Et ce ne sont pas ces satanés OGM qui sont en cause. C’est l’évolution. La sélection naturelle et immorale des espèces.
Alors que partout la chair s’épaissit, l’esprit critique, lui, maigrit. Il n’est plus qu’une fine membrane criblée de trous. Une lamelle de gruyère. Et oui, l’esprit critique pue aussi. Il fouette le slam, la télé-réalité et le skyblog. Entre-autres. Et j’insiste vivement sur le « s » qui suce et siffle à en pourfendre les tympans des plus avertis. Nous serons tous percés un jour ou l’autre. Bon, moi, à choisir, je préfère l’autre.
D’ici-là, j’ai trouvé un nouveau sens à la vie. Il est minime et critiquable, je vous l’accorde. Hier, j’ai œuvrer à la fermeture de trois skyblogs d’adolescents qui avilissent l’école où je travaille survis.
C’est vrai que quelque part, ce n’est pas très malin puisqu’à défaut de pouvoir mettre une lettre sur deux en majuscule et dans une couleur différente (ce qui prend un temps fou), ils iront probablement taguer des petites vieilles et violer des murs.
De toute façon, je m’en contrefous : Skyrock devra fermer sa plate-forme d’ici un petit mois ; je ne fais qu’initier la répression que subiront bientôt nos voisins français. Evidemment. A force de brimer depuis des siècles et des siècles l’insouciante minorité qu’est le peuple des Nains, il a bien fallu que l’un d’entre eux se révolte et brigue la présidence d’un pays européen. On est tous un peu responsable. Je vous l’ai dit : sélection naturelle et immorale des espèces.
Dans quelques milliers d’années, les Nains regarderont un docu-fiction produit par la RTBFdN retraçant la prodigieuse et néanmoins courte domination des grandes gens.
J’avoisine le mètre nonante. Et dire qu’on a peur des Flamands !
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08h25
de Thomas le Monday 16 April 2007
Le quotidien reprend sa marche lancinante, les rouages grincent et j’en pleure et j’en pleure et j’en pleure.
Finis les doux réveils, terminées les nuits interminables. Le mécanisme de la sonnerie percute à nouveau mes tempes dès 8H25. Ma bonne humeur se ternit comme les heures s’éternisent. Le soleil brille mais mon ventre est froid et douloureux.
Le stress a dès ce matin tressé une épaisse toile pour taire mes rires jusqu’au sourire. Puis jusqu’à la moue. Et mes lèvres ne reprendront leurs formes qu’aux prémisses du vendredi soir. Gercées, lézardées, elles n’auront que le temps d’initier les réjouissances que déjà 8H25 retentira.
Je reste un enfant dans un corps d’adulte, tout le monde a l’air de le penser. Cependant, paradoxalement, enfant, j’aimais l’école.
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