Textes pour le mois de May 2007

Malgré tout, ‘Indigènes’ reste un très mauvais film…

de Thomas le Thursday 24 May 2007

Délivré. Ce sera mon sentiment dans à peine vingt-trois petites heures de cours. Une fin d’intérim provoquée par un excès de congés-maladie du professeur que je remplace. Les vacances commencent tôt.

Dès le premier juin, je me gorgerai d’apathie. Je me laisserai glisser sous une épaisse nonchalence. Me ré-éduquer. Apprendre à nouveau à ne plus travailler. Plus de stress ni de peurs irrationnelles. Je m’attacherai à emplir mon agenda de vides et chaque minute sera une source de jouissance sans nom.

Et puis d’ici-là,
je verrai deux fois
les Smashing Pumpkins !

 

My finger is on the button (2ème partie)

de Thomas le Wednesday 16 May 2007

Je saute dans les flaques grises couleur ciel d’un mercredi de novembre. Tout fout l’camp.

Je veux quitter cette école qui rendrait un animateur de TF1 neurasthénique mais lorsque j’apprends que je tomberai le rideau sur cette malheureuse expérience plus tôt que prévu, des questions infiltrent mon esprit incognitos et s’amusent à le piétiner.

Comme d’habitude, j’ai laisser les papiers traîner dans leurs enveloppes. Elles encombrent mon bureau. Rien n’est en ordre : je n’ai pas de mutuelle, pas de syndicat, je ne sais pas où en sont mes interactions avec le FOREM, j’ai oublié la taxe de ma voiture… Et puis je me rends compte que dans une classe, j’ai évincé malencontreusement une partie considérable de la matière à engranger. Bravo. Clap. Clap. Clap.

Ça m’apprendra à prendre tout par-dessus la jambe. La société est là, tel un pédophile dans une cour de récréation dépourvue de surveillance. Elle te prend, te jette et se fout bien de ta gueule.

Pourvu qu’une flaque simule et dissimule un gouffre gorgé d’eau dans lequel je prendrai un plaisir certain à m’enfoncer. Laisser le liquide glacer mes membres, m’engourdir jusqu’à l’évanouissement. Grelotter sans m’en rendre compte. Côtoyer la mort. Frôler la vie.

Offrir sur un plateau une conséquence à tous ces actes ineptes qui régissent nos existences.

Heureusement, la religion crétine catholique ajoute l’alcool au programme de la soirée, chassant ainsi les sombres idées formées depuis la dernière descente éthylique. Je vais me laisser imbiber. Absorber comme une éponge. Fleurir intérieurement tandis que mes muscles se relâcheront, pendant que mes paupières baisseront. Tumultueuse promesse qui nettoiera pour un soir la merde du monde.

Un put*** d’effort

de Thomas le Friday 11 May 2007

J’ai quitté ma schizothymie durant quelques minutes ce matin pour discuter avec deux collègues. Cela peut être anodin pour vous mais en ce qui me concerne, c’est comme plonger dans une mer déchaînée grouillant de requins blancs voraces après m’être barbouillé d’hémoglobine.

C’est complètement con ! Tu te gâches la vie à cause de ce que les autres pensent de toi !

Non. Je ne veux pas me sentir libre. Autant que je ne veux pas considérer la société comme mon geôlier en étant gentil tout plein avec tout le monde. Prôner l’humanisme effréné des altermondialistes, citoyens du monde et fiers de l’être. Beurk

“Nous formons une belle et grande famille” Beurk beurk.

J’ai envie de vomir. Je veux être en combat perpétuel, résistant à la fois à la liberté frénétique et à la castration bien-pensante. Ce n’est que comme cela que ma vie a un sens.

(Je sais que non mais il faut bien trouver une “solution”, un semblant de révolte. Certains font bien de l’origami et d’autres collectionnent des boîtes de Kellog’s ou encore fabriquent des sculptures en amiante…)

 

N.B. : Je deviens malgré moi
de plus en plus grossier
dans mes tranches de vie !

Cyclotimie

de Thomas le Thursday 10 May 2007

Heureusement qu’il existe des films comme Little Miss Sunshine qui vous font ressortir les tripes par les yeux. ça vous injecte un soupçon d’envie d’appartenir à l’espèce humaine. Un dernier infime espoir. Je me trompe sans doute. Non, je le sais. Cependant, aujourd’hui, j’ai envie de jouer la comédie, de faire semblant. M’offrir un peu plus de couleur.

Le problème, c’est que je reste malgré tout persuadé que dans quinze minutes, ce sentiment disparaîtra. C’en sera fini. Je me glisserai à nouveau dans le « confortable » bain de la vie quotidienne. Youpie.

Les sables sont mouvants et bien tièdes. Et plus on se débat, plus on s’enfonce. Aucun moyen d’en sortir. L’optimisme est un faux-fuyant, un prétexte inintelligent. Une excuse de connard.

Deux fois cinquante minutes de rémission.

Un quart d’heure plus tard. Je l’avais prédit : ça ne dure aucunement. Deux élèves dehors. Six notes dans des journaux de classe crasseux. Des ta mère la pute, grosse salope, ta gueule et autres insultes en arabe ou turc que je ne peux comprendre crèvent le silence de la classe.

Je dois inspirer et expirer lentement. Me blottir au fond de ma caverne, me cramponner à mon animal porteur de sens pour ne pas attraper une tête au hasard, l’arracher et balancer le reste du corps ensanglanté par la fenêtre.

Je vous le jure, parfois je suis à un doigt et demi d’en coller une au mur et de frapper jusqu’à la charpie. Ne plus sentir aucune résistance, aucune vie. Sublime exutoire.
Impétueuse œuvre d’art.

My finger is on the button

de Thomas le Wednesday 9 May 2007

Un furieux mal de vivre s’est emparé de moi tôt ce matin. Un mal qui corrompt ma poitrine, qui gangrène mon estomac. Je déglutis difficilement et mes yeux sont mi-clos. J’ai beau pousser le volume de la musique jusqu’à ce que les basses s’étouffent, jusqu’à ce que les aigus grésillent, rien n’y fait.

L’absurde m’a rattrapé. L’absurde ne fait aucune concession. L’absurde se contrefout des certificats médicaux. L’absurde est absurde par définition. Chienne de vie, laisse-moi un peu de répit.

***

La pluie perce les vitres. Ma voiture devient un aquarium opaque dans lequel je sombre. Mes vêtements se collent à ma peau tandis que je me laisse porter par le manque de gravité. Je ferme les yeux et je sens les vôtres s’approcher. S’approcher lentement de mon visage désormais serein.

Soudain, je hurle d’une voix sans son qui prend toute la place dans ma gorge. Des bulles jaillissent, s’entortillent, se chevauchent puis éclatent. Je n’ai plus de paupières. Je me fracasse contre la réalité métallique. L’eau boueuse s’évapore. Mes vêtements sont secs. Un écho résonne encore dans l’habitacle jusqu’à l’évanouissement.

Mon pied engourdi enfonce l’accélérateur. Mes mains tremblent sur le volant. Une seule chose me contraint à l’agripper fermement. Une jolie chose qui revient du plus profond de mon corps. Une petite voix. Celle de Veda.