Textes pour le mois de July 2007
Où décadence prend tout son sens…
de Thomas le Friday 20 July 2007
Dour. Son festival. Ses pitoyables toxicomanes. Son camping hyper mal foutu… Son organisation manque d’organisation… Quatre jours imbibés d’alcool relâchent la pression. Nous sommes déchets parmi les déchets. Des mots incompréhensibles sortent des bouches tel un infect vomi qui goudronne l’esprit et englue chaque souvenir.
Et chaque souvenir est un rire gras, éclatant sous la chaleur, moite dès la tombée de la nuit, incontrôlable lorsque le jour se lève. Des Chinois passent, envahissant le monde, provoquant le monde. Des mulets en rase campagne. Dévorant le monde.
Et la boue s’assèche comme nos gosiers et nous pousse au plus vil tourment du manque. Alors on boit. Plus que de raison. On boit jusqu’à embrasser les Flamands, jusqu’à hurler le nom d’Yves Leterme, jusqu’à déclarer notre homosexualité sidéenne, jusqu’à contaminer les festivaliers de notre mucoviscidose, jusqu’à chatouiller les aisselles des roux, jusqu’à chercher dans cent-mille tentes Loubna, Julie, Mélissa, Anne, Efje, Nathalie, Stacy…
Le mauvais goût nous va bien, il colle à nos épidermes comme une vareuse jaunie par la transpiration. On en bave. On recrache pour mieux lécher les mentons barbus.
Chute de tension. Houblon. Orge. Fermentation.
Puis le pouls cogne nos poignets, les veines se détachent des avant-bras poussiéreux, gonflent, gonflent et l’énergie revient une nouvelle fois, pour une nuit de plus. On se sent amputés des jambes mais - putain - on s’en fout.
Demain, mes mains trembleront comme un novice des A.A. Et alors je dirai : “Bonjour, je m’appelle Thomas et je ne bois plus depuis quelques heures” Et alors ils répondront tous en coeur : “Bonjour Thomas !”
Je ne vous ai pas parlé de musique mais je ne suis plus certain qu’il y en avait réellement…
********
Comprenne qui voudra mais je tiens à remercier tout de même dans le désordre :
Alpha aka Patrick qui se réjouit de la prochaine saison française de rugby avec tous les transferts qu’on imagine pas et qui fait ses courses dans un Ikéa sénégalais. Les deux Français du pont qui ont eu le tact de nous avertir qu’ils n’étaient pas Chinois. Les trois Flamands qui nous ont expliqué qu’en néerlandais “haar haar”, c’était un peu comme le français “nous nous” ; genre “nous nous foutons bien de ta gueule !” Katja, l’allumée du camping, qui ne confondra plus jamais les verbes “utiliser” et “sodomiser”. Le neveu de Jérôme Bonaldi et sa chère et tendre nouvelle épouse flamande. Les jeunes mariés qui ont prêté serment devant la “Last Arena” et le Président du CPAS de…, les échevins des barrières HERAS, du charbon, du skateboard et le Christ. Le gars au drapeau. Le gars à la casquette. La compagnie de location de Flamands, cela nous fut bien utile ! Tous les coiffeurs qui ont gratifié leurs clients d’une coupe mulet. Cédric Loeb, sans qui notre matinée au pont n’aurait pas été aussi jouissive. L’Italien du boueux ruisseau “Mââ tout va bien !” Les Pakistanais ambulants qui se vautrent sur le chemin. Le Chinois au skateboard qui grimpe par-dessus les clôtures. P-p-p-p-p….p-p-p-ière qui devrait se soigner. L’Inuit à la dentition plus que douteuse. La loi Tobback. Rudy. Le barman abruti au T-shirt Puma sans qui nous n’aurions pas économiser plus de quarante tickets-boisson. Les cervelas trop cuits du lundi matin. Carlo. L’imbécile de Breton de vingt-neuf ans. Le garçon qui trouve qu’il y a eu beaucoup trop de rock-and-roll durant le festival. Poussin bleu, Eglantine & Crocrodile. Cruchot, Gerbert, Tricard, Berlicot, Fougasse et Merlot. L’épileptique du camping qui recrache du sang par la bouche et son ami tout flippé. RollerCoaster Tycoon et Transport Tycoon. Les roux. Pol Marchal. Grégory Lemarchal aussi. Les plus grands humoristes d’hier et d’aujourd’hui : Marc Herman, Tex, Laspalès, André Lamy, Renaud Rutten, Mike, Jean-Charles Beaubois, Marie-Pierre Mouligneau et j’en passe. La radio Bièrfoot, la radio de la bière et du foot. Les barres parallèles et la gymnastique artistique. Chewbacca aka Chewie aka Joey, Flipper le Dauphin et Gollum. La tente presse et Ponpon tout séché avec des poils gris. Hervé Jamar. Les lingettes parfumées au cul de bébé. Jupiler et Coca-Cola. Stimorol. Et enfin Renaud aka Deuch, Sébastien, Benjamin, Okap, Valéria, Adeline et Pauline un peu. J’en oublie sans nulle doute.
classé dans Ethylisme 4 commentaires
Dans le silence d’après-minuit
de Thomas le Tuesday 10 July 2007
Elle s’est retournée.
Je suis resté là, étendu. Las, abattu. Paralysé par peurs et douleurs. Je savais pertinemment quelle était la solution. Elle charcute mon esprit depuis trop longtemps pour oser nier son existence. Cependant, je reste invalide. Je vous l’ai dit. Paralysé par peurs et douleurs.
Je m’assomme de pensées idiotes qui m’envoient emprunter autant de chemins et de détours afin de réfuter le réel. Mon maintenant n’est plus que faux-fuyant. J’aimerais que mon dorénavant entre enfin en jeu, joue sa carte et nous mène à la victoire.
ça y est. La colère gronde. Une animosité, légère dans un premier temps, s’empare de mon corps et petit à petit mes nerfs me font dangereusement souffrir. Je bous de rage… Contre moi, uniquement. Je suis obligé encore une fois d’abandonner. De l’abandonner.
Je me glisse le long des murs pour rejoindre la porte que j’entrouvre le plus discrètement possible. Les charnières grincent dans le silence et je rejoins le salon dans la pénombre. L’écran brille et aveugle mon visage quand un second grincement se fait entendre.
Je sais qu’elle ne me décochera aucun regard. Le claquement de la porte reflète cette pensée. J’enfonce alors le pouce et l’index dans mes yeux asséchés jusqu’à ce que jaillisse le sang. Toutefois, seules des larmes répondent. Je peux les entendre glisser dans le silence d’après-minuit.
classé dans Vedaïsme Un commentaire
The Great quoi ?
de Thomas le Friday 6 July 2007
J’ai longtemps cru pouvoir tuer une personne de sang froid. Peut-être par rapport au peu d’intérêt que j’attache à la vie d’illustres inconnus. Je ne sais pas.
Par exemple - comme nombre d’entre-vous je pense - le onze septembre m’a fasciné. Durant les mois qui suivirent, j’ai attendu d’autres attentats aussi mortellement captivants, sans me préoccuper des gens qui périssent ailleurs dans d’atroces souffrances.
Cessons le sentimentalisme. De toute façon, sans communication, propagande ou publicité, ces événements n’existent pas. C’est comme un homme échoué sur une île déserte alors que ses proches l’ont enterré : il n’existe plus pour personne. Socialement décédé.
Par ailleurs, aux traditionnelles remarques maternelles concernant principalement la rubrique nécrologique du village d’où je proviens, même s’il s’agit d’un ancien camarade de classe ou d’une vague connaissance, je ne me dis jamais “grand Dieu, ce monde est moche !” - je conviens qu’il l’est mais sans plus.
Et comme je n’ai jamais eu l’occasion d’étouffer mon poing sur le visage d’autrui, les années de frustrations et d’infortune aidant, j’avais dans l’idée d’être en mesure de laisser ma colère jaillir jusqu’à ce que s’éteigne une vie.
Hé bien non. The Great Exctasy of Robert Carmichael, en sa qualité d’expérience cinématographique ô combien malheureuse, a voilé définitivement mon esprit vengeresque.
Premièrement ne le regardez pas. C’est provocateur, lent et dénué de liens. Je suppose que ce fut l’objectif du réalisateur au terme du montage, lorsqu’il a compris avoir tourné un bon bousin british.
La critique disait “à mi-chemin entre Irréversible, Orange Mécanique et l’oeuvre de Michael Haneke”. D’accord il y a un viol un peu gore commis par trois adolescents drogués en mal de vivre dans la maison d’un couple de bourgeois. Cela ne s’appelle plus des influences mais du plagiat.
Deuxièmement. Rien.
Il n’empêche que cette scène finale d’ultra-violence m’a quelque peu retourné l’estomac et, causée par une miteuse empathie*, mon incapacité à tuer m’a été révélée. Ou peut-être était-ce juste le principe de la torture…
*Je ne sais jamais quel mot utiliser :
“empathie” ou “sympathie” ? Car si on réfléchit aux définitions des deux mots, après vérification au dictionnaire, on s’aperçoit
qu’on les utilise généralement à contre-sens.
Cfr. Will Self, Mon idée du plaisir (à lire)
classé dans Journal extime Commentaires









