Textes pour le mois de August 2007

Page soixante-huit

de Colin le Friday 31 August 2007

- Putain… T’es con !
Ce fut les premières paroles de Mélodie lorsqu’elle s’aperçut des rougeurs gangrenant ma main droite. Des petites morsures un peu partout, une légère allergie si vous voulez. La raison est simple : je fantasme sur Spiderman ! Depuis trois ou quatre jours, je passe mon temps à traquer les araignées de mon appartement pour les capturer et les enfermer dans un bocal surmonté d’un fin grillage. Puis, de temps en temps, en regardant un film ou en écoutant de la musique, je m’assieds avec le récipient sur mes genoux et j’y plonge la main. Attendant la morsure fatale qui décuplera mes sens. Je sais. Quelque-chose ne tourne pas rond et vous n’êtes pas les premiers à le penser.
J’ai même l’envie de m’exiler quelques jours en pleine campagne, guetter la rosée pour tomber sur quelques spécimens de préférence, ornés d’une croix, peu importe la couleur. D’un coup, comme ça, je me suis mis à éplucher les articles de Wikipédia, à chercher des similitudes, à rêver de pouvoirs arachnéens et à attendre que les filaments d’une toile sortent de mes poignets. Plus jeune, j’avais eu une phase Jedi jamais concrétisée puis il doit y avoir un an, j’ai rencontré un triste gars à L’Escalier qui croyait dur comme fer en l’existence de super-héros qui sortaient la nuit pour combattre le crime. Alors je lui avais payé un verre afin qu’il m’en dise plus. Convaincant le garçon !
- Tu comptes faire ça pendant combien de temps ?
- Pourquoi ? Tu as dit “aimer mes manies” ?
- Tes manies peut-être, les araignées, c’est moins mon truc… [...] Téléphone-moi quand tu te rendras compte de ta stupidité ! (Claquage de porte etc etc)
J’aime Mélodie. Elle a toujours les mots qu’il faut pour que je me sente bien. Après, je n’ai jamais l’impression que ma vie n’est qu’un immense foutoir dénué de but et avec des intérêts complètement heuu inintéressants ! Demain, je prendrai le bus, le train puis le bus pour tomber en pleine campagne et dimanche matin, à l’aube, je deviendrai Spiderman. Je n’ai juste pas résolu la question du costume.

La vie est belle.

de Thomas le Tuesday 21 August 2007

Aujourd’hui c’est l’anniversaire de ma maman et après lui avoir acheté une magnifique carte au Blokker du coin, je décide de rechercher un beau poème bien ringard sur Internet - le second degré étant le ciment de ma famille. Et je tombe là-dessus :

Une personne censée vous aimer
Qui vous a donné la vie,
Tout faire pour vous gâter
Un amour, des êtres unis

Je n’ai jamais connu ça
Chez moi, son amour est de haine
Au point que je me coupe les veines
L’hôpital je connais bien cet endroit

A chaque fois qu’elle me torturait avec son fouet
Pour me faire regretter que je sois née
Mais moi je n’y peux rien, je souffre, j’ai peur,
Que la seule chose qu’elle m’ait apporté soit la douleur

La nuit je la revois me frapper encore
Comme si en boucle passait ma mort,
Ma mère, mon démon, mes souvenirs,
Avec grandissante cette envie de mourir…

Waw ! Et ne me dites pas que la vie n’est pas belle…

Page soixante-sept

de Colin le Sunday 19 August 2007

On est pas allé à la mer. Un : parce que la côte belge, c’est un peu nase. Deux : parce qu’on n’a pas que ça à foutre. Et trois : on a que ça à foutre mais faut surtout pas le dire ! Mélodie et moi, on s’est séparé tôt dans l’après-midi, physiquement je veux dire. Je devais absolument fêter ma non-paternité.
En me baladant dans le quartier, j’ai soudain compris que nous étions en août. Je suis un peu lent et puis sans travail, pas de vacances et sans vacances, pas de notion du temps. C’est vrai, notre notion du temps ne se forme que par rapport aux congés. Un mois et demi avant Noël… Quatre semaines avant juillet. Dans quinze jours c’est la Pentecôte. Et surtout : vivement le weekend !
Enfin, je compris que nous étions presqu’au quinze août en remarquant les dépaneuses qui enlevaient des voitures stationnées dans des zones contraintes à accueillir les festivités. Celles-là mêmes qui me font vomir chaque année, au propre comme au figuré. Ces bons sentiments. Cette envie de serrer des inconnus, de discuter avec des poteaux et de pisser dans les entrées des immeubles - non, je ne fais pas ce genre de choses, le seul endroit public sur lequel je me soulage, c’est l’ULg, l’Unif‘aaan comme disent puceaux et pucelles.
Je n’aime ni le quinze août, ni son cortège de bobos habillés en guenilles pour faire ‘artistes’, frustrés par la rapidité de l’horloge biologique. Beûûûûrk.
Je quittai le quartier sans demander mon reste en espérant pouvoir m’en éloigner la semaine prochaine. Arrivant au Delft, j’aperçus Vanessa, discutant avec un type d’une quarantaine d’année.
- Bonjour Van ! Ton coup d’hier soir ? Ton dealer ? Ton mac ?
- Mon père, me coupa-t-elle.
Un “enchanté” sortit de ma bouche en se mélangeant à un gloups. Au point de vue accoustique, ça ne ressemblait à rien.
- Enchanté, me répondit-il, ne vous en faites pas, moi non plus je ne l’aime pas trop !
- Nous sommes deux dans ce cas !
- Putain, Colin, ça te dérange de nous laisser ?
- A bientôt Monsieur, ravi de vous avoir rencontré !
J’avais retrouvé mon sang-froid. Assis à une table, je commandai une simple bière.
- Alors, c’est donc toi Colin ? (c’était le père de Vanessa qui jugeait bon de prendre la chaise en face de moi pour tailler une bavette)
- Et c’est donc vous le géniteur de Vanessa ? Celui qu’elle appelle l’enculé ?
- C’est assez thuriféraire mais j’ai malgré moi beaucoup de mal à cueillir un soupirant digne de cet allonyme ! (sachant directement que j’allais vous parler de cet homme étrange, je lui ai demandé de m’écrire les mots qu’il employait sur une feuille de mon bloc avant de me les définir et ce afin de vous livrer une retranscription aussi fiable que possible !) Mon nom est Roland.
Roland était un homme passionné par les mots inusités et pouvoir suivre une conversation avec lui devenait rapidement un art. Je vous avoue que j’avais l’impression de discuter avec un immigré à l’accent bien présent, mutilant chacune de ses idées. Cinq minutes autour de la pluie et du beau temps vous fichait une migraine atroce qui ne vous lachait pas sans une bonne nuit de sommeil.
J’ai eu vite fait de m’en débarrasser.

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Les festivités du quinze août sont - enfin - passées. J’ai kidnappé Mélodie et c’est en Suisse que nous avons passé la semaine. En fait, nos “vacances” n’ont pas été bien différentes des journées d’Outremeuse. Levers vers les 18h00. Couchers vers les 9h00. Et alcoolisme prolongé. Je ne me souviens même pas de Genève ! Nous avons erré tant et si bien que souvent nous ne retrouvions plus l’hôtel. Aujourd’hui, je grelotte. Le manque me rend fou. D’ailleurs, j’ai du mal à empêcher les fautes de frappe de se glisser dans mes mots. Je vous laisse ici.

Et dire qu’en plus on devient de vieux cons

de Thomas le Thursday 16 August 2007

Ce matin n’est qu’une expression rhétorique.

Oui, il est déjà 15 heures et ce matin, rien n’est clair. Je me souviens de gobelets en plastique fissurés, craquelés, gisant sur le sol et formant une marée boueuse, surconsommation écoeurante. Elle m’engloutit tout entier et me voilà dans des eaux troubles, alcoolisées. Les jours s’apparentent aux nuits qui habillent et maquillent les êtres, si bien qu’ils se ressemblent tous. Des clones. Je croise des visages déformés. Leurs lèvres ont l’air de fondre, de couler sur leurs mentons comme une bière mal avalée.

Par habitude, je bois. Aussi parce que je ne supporte pas la foule, la chaleur humaine, cette odeur nauséabonde, traduction du “tout va bien dans le meilleur des mondes”. NON.

Alors, lorsqu’un serveur nous demande ce qu’il nous reste comme argent, on dépose un billet de cinq et une pièce de deux euros sur le comptoir. Dans un français douteux il nous explique que contre ces sept euros, nous aurons la fin du fût. On ne tient déjà presque plus debout mais cela nous apparaît comme une bonne idée. Cependant, avant qu’on s’en rende compte, les verres s’amoncellent jusqu’à former une tablée de trente-huit bières. TRENTE-HUIT. SEPT EUROS. Nous sommes cinq et nos doutes disparaissent : le lendemain sera difficile.

Page soixante-six

de Colin le Friday 10 August 2007

J’avais rendez-vous avec Mélodie avant-hier vers 20 heures. Elle avait utilisé son “il faut que je te parle” qui ne me faisait plus stresser depuis bien longtemps. Généralement synonyme de rupture pour beaucoup de couples, cette expression était familière pour Mélodie. Que ce soit pour me dire qu’elle avait vu Pas de pitié pour les croissants un samedi matin sur AB4 ou pour m’annoncer qu’elle avait pris rendez-vous avec une psychologue dans le seul but de lui faire péter les plombs ou encore pour me rappeler que je n’étais qu’un petit con arrogant qui préférait une bonne bouteille de whisky à un poème de Léon-Pamphile Le May. Holà Mélodie, du calme, chacun ses vices !
Elle arriva furibonde et cette fois le “il faut qu’on parle” avait l’air d’un vrai “il faut qu’on parle”.
- J’ai du retard !
- Non, non il est à peine 19h56… (oui, je me trouve assez drôle)
- Tu crois que je plaisante ? Je parle de mes règles connard, ce flux sanguin périodique, résultat de l’élimination de ma muqueuse utérine lorsque fécondation il n’y a pas !
Elle a toujours été balaise au jeu du dictionnaire, moi la seule fois où j’ai gagné, c’était lors d’un barbecue où on avait joué au tennis en remplaçant la balle par un Larousse de poche. Trois jeux à deux. Après on n’avait plus de raquette.
- Donc tu veux dire que fécondation il y a ?
- Je ne suis qu’à cinq jours mais j’aimerais que tu files à la pharmacie m’acheter un test…
- Tu ne trouves pas que c’est un peu beaucoup de responsabilité pour moi ma chérie ?
- Putain si tu ne te dépêches pas, je sens que je vais oublier d’avorter…
A parler comme ça, parfois, elle me brise le coeur. Je lui demandai de rentrer chez elle en lui promettant d’arriver plus tard avec le test. Le hic, c’est qu’après 20 heures, les pharmacies sont fermées et que je n’avais pas du tout envie de prendre les petites annonces pour retrouver LA pharmacie de garde et devoir ainsi supporter le regard accusateur de ceux qui se disent : “Aha petit malin, la pilule est chère et les préservatifs trop contraignants… Bien fait !” Surtout si la pharmacienne a la même voix qui résonne dans mon esprit, vous savez, celle de la Reine de coeur dans Alice au pays des merveilles ! “Qu’on lui coupe la têêête !”
Je traversai donc Liège jusque chez Gaël (j’ai oublié de vous dire : Mélodie déteste Gaël et inversément) afin de me cacher pour la nuit. Je sais c’est pas très très sympa. Après quelques mots d’explication, il m’assura lui aussi que ce n’était pas très sympa. On passa la soirée à regarder Orange Mécanique en sirotant de la grenadine.
J’arrivai chez Mélodie le lendemain frais comme un gardon, bien que je ne sache pas trop ce qu’était un gardon… Je crois que c’est une sorte de pigeon ou de mouette. Bref, elle avait l’air de trépigner d’impatience et ne crut pas le fait que j’avais cherché toute la nuit après une pharmacie de garde. Je l’avais bien-sûr prévu alors je sortis l’excuse n°2 : Gaël. Qui était très mal. Une petite rechute de sa dépression après avoir croisé Vanessa. De toute façon, au point où elle le détestait, j’avais pas trop mal au coeur de l’enfoncer un peu plus. Et dire qu’hier soir il avait pour une des premières fois pris sa défense…
Mélodie alla s’enfermer dans les toilettes car elle s’était retenue toute la nuit.
- La notice dit que tu dois pisser sur le test pendant au minimum dix secondes !
De toute façon j’entendais à travers la porte, un jet puissant depuis près de 45 secondes déjà et lorsqu’il ralentissait, c’était pour repartir de plus belle !
- Mélo, dépêche, j’ai b’soin !
- Une des encoches est déjà dessinée. Si la deuxième reste vide, on est bon !
- Pour ce que ça changera au final…
- Crétin !
Elle m’avait dit ça en souriant ; la deuxième encoche restant effectivement vide. Après m’avoir trop serré dans ses bras, alors que je me massais le cou endolori, elle me dit :
- Alors ? Qu’est-ce qu’on fait ?
- Ben on l’garde non ?
- Non idiot… Aujourd’hui ?
- Je sais pas ? [...] Il pleut super fort alors je propose qu’on parte à la mer…