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Classé dans la catégorie Textes de Colin par Colin le Friday 10 August 2007

J’avais rendez-vous avec Mélodie avant-hier vers 20 heures. Elle avait utilisé son “il faut que je te parle” qui ne me faisait plus stresser depuis bien longtemps. Généralement synonyme de rupture pour beaucoup de couples, cette expression était familière pour Mélodie. Que ce soit pour me dire qu’elle avait vu Pas de pitié pour les croissants un samedi matin sur AB4 ou pour m’annoncer qu’elle avait pris rendez-vous avec une psychologue dans le seul but de lui faire péter les plombs ou encore pour me rappeler que je n’étais qu’un petit con arrogant qui préférait une bonne bouteille de whisky à un poème de Léon-Pamphile Le May. Holà Mélodie, du calme, chacun ses vices !
Elle arriva furibonde et cette fois le “il faut qu’on parle” avait l’air d’un vrai “il faut qu’on parle”.
- J’ai du retard !
- Non, non il est à peine 19h56… (oui, je me trouve assez drôle)
- Tu crois que je plaisante ? Je parle de mes règles connard, ce flux sanguin périodique, résultat de l’élimination de ma muqueuse utérine lorsque fécondation il n’y a pas !
Elle a toujours été balaise au jeu du dictionnaire, moi la seule fois où j’ai gagné, c’était lors d’un barbecue où on avait joué au tennis en remplaçant la balle par un Larousse de poche. Trois jeux à deux. Après on n’avait plus de raquette.
- Donc tu veux dire que fécondation il y a ?
- Je ne suis qu’à cinq jours mais j’aimerais que tu files à la pharmacie m’acheter un test…
- Tu ne trouves pas que c’est un peu beaucoup de responsabilité pour moi ma chérie ?
- Putain si tu ne te dépêches pas, je sens que je vais oublier d’avorter…
A parler comme ça, parfois, elle me brise le coeur. Je lui demandai de rentrer chez elle en lui promettant d’arriver plus tard avec le test. Le hic, c’est qu’après 20 heures, les pharmacies sont fermées et que je n’avais pas du tout envie de prendre les petites annonces pour retrouver LA pharmacie de garde et devoir ainsi supporter le regard accusateur de ceux qui se disent : “Aha petit malin, la pilule est chère et les préservatifs trop contraignants… Bien fait !” Surtout si la pharmacienne a la même voix qui résonne dans mon esprit, vous savez, celle de la Reine de coeur dans Alice au pays des merveilles ! “Qu’on lui coupe la têêête !”
Je traversai donc Liège jusque chez Gaël (j’ai oublié de vous dire : Mélodie déteste Gaël et inversément) afin de me cacher pour la nuit. Je sais c’est pas très très sympa. Après quelques mots d’explication, il m’assura lui aussi que ce n’était pas très sympa. On passa la soirée à regarder Orange Mécanique en sirotant de la grenadine.
J’arrivai chez Mélodie le lendemain frais comme un gardon, bien que je ne sache pas trop ce qu’était un gardon… Je crois que c’est une sorte de pigeon ou de mouette. Bref, elle avait l’air de trépigner d’impatience et ne crut pas le fait que j’avais cherché toute la nuit après une pharmacie de garde. Je l’avais bien-sûr prévu alors je sortis l’excuse n°2 : Gaël. Qui était très mal. Une petite rechute de sa dépression après avoir croisé Vanessa. De toute façon, au point où elle le détestait, j’avais pas trop mal au coeur de l’enfoncer un peu plus. Et dire qu’hier soir il avait pour une des premières fois pris sa défense…
Mélodie alla s’enfermer dans les toilettes car elle s’était retenue toute la nuit.
- La notice dit que tu dois pisser sur le test pendant au minimum dix secondes !
De toute façon j’entendais à travers la porte, un jet puissant depuis près de 45 secondes déjà et lorsqu’il ralentissait, c’était pour repartir de plus belle !
- Mélo, dépêche, j’ai b’soin !
- Une des encoches est déjà dessinée. Si la deuxième reste vide, on est bon !
- Pour ce que ça changera au final…
- Crétin !
Elle m’avait dit ça en souriant ; la deuxième encoche restant effectivement vide. Après m’avoir trop serré dans ses bras, alors que je me massais le cou endolori, elle me dit :
- Alors ? Qu’est-ce qu’on fait ?
- Ben on l’garde non ?
- Non idiot… Aujourd’hui ?
- Je sais pas ? [...] Il pleut super fort alors je propose qu’on parte à la mer…

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