Textes pour le mois de September 2007

Huit ans d’âge mental, comme quand j’écoutais les Zit Remedy (le groupe de Joey des Années Collèges)

de Thomas le Thursday 27 September 2007

Trop souvent je me comporte comme un enfant.

Cela n’a rien d’une figure de style. Je prononce des mots bizarres, saute dans tous les sens, me roule sur le sol sans aucune raison… Fuis mes responsabilités. Certains pourraient en conclure que lors de ces extravagances, je reviens à un état animal. Sauf que lors de ces périodes intensément infantiles, je n’ai plus de sexe. Pas l’ombre d’un pénis.

Je suis alors un enfant de huit ans qui n’aspire qu’à construire le Super Train Express Neuf Cent Quatre-Vingt-Dix-Neuf en Lego et regarder les Goonies en boucle. Cela semble pitoyable et en fait ça l’est.

C’est un peu comme si on vous rasait les poils, qu’on vous obligeait à siffler de l’hélium et qu’on vous coiffait de la légendaire “coupe au bol”. Un traumatisme profond duquel je ne me remets jamais réellement.

Le seul avantage étant que maintenant (que j’ai de la barbe) lorsqu’on se moque de moi, je peux soit casser la gueule, soit utiliser mon super-pouvoir d’autodérision !

Ceci n’était qu’une réflexion.

Constatons…

de Thomas le Tuesday 25 September 2007

Au vu des derniers événements qui laissent présager une désunion de la Belgique ainsi qu’une crise identitaire aigüe, il est normal qu’aujourd’hui on hésite entre :

  • une formation accélérée en néérlandais
  • des cours de self-défense

[?]

La Terre est grise comme une orange mécanique

de Thomas le Sunday 16 September 2007

Je déteste mon propriétaire. Et je hais le simple vitrage.

Jeudi, mon ami le sans domicile fixe qui s’est installé sur le parking de la piscine d’Outremeuse était plus saoul que jamais. Vers deux heures du matin, lorsqu’il a commencé à s’engueuler avec un autre pochetron aussi rustaud que lui, j’ai senti monter en moi une irrémédiable envie d’enfiler un jeans, de descendre quatre à quatre les escaliers et de subtiliser à Malcolm Alex McDowell sa verve concise et poétique :

-Une chose que je n’ai jamais pu supporter, c’est de voir de vieux clochards pouacres et saouls-perdus bramant les vieux refrains pouacres de leurs ancêtres en faisant blorp blorp entre les deux comme s’ils avaient tout un bastringue pouacreux dans leurs vieilles tripes pourries. Je ne peux pas supporter de voir les types comme ça, qu’ils soient jeunes ou âgés… Mais plus spécialement les vieux tout ridés comme celui-ci !

Quelques vieux coups de crosse dans sa flasque brioche pour le rosser de son impertinent raffut, voilà qui m’aurait probablement aidé à fermer l’oeil.

Page soixante-neuf

de Colin le Friday 14 September 2007

Je ne suis pas Spiderman. Aujourd’hui, je m’en rends bien compte. En fait je vous explique : il y a environ deux semaines de ça, Mélodie et moi sommes allés manger chez sa mère, Brigitte. Généralement lorsqu’on dîne avec elle, on reste loger sur place car elle ouvre facilement trois à quatre bouteilles de rouge.
Tout se passait donc bien (en tout cas depuis que Brigitte ne m’allumait plus) jusqu’à ce que je me réveille au milieu de la nuit avec une atroce migraine. Je file dans la salle de bain, ouvre la pharmacie et me retrouve face à une vingtaine de flacons identiques. Je ne suis pas du genre à prendre en compte une notice ou des quelconques effets secondaires. Je devrais pourtant. Les migraines ont empiré, j’ai augmenté la dose de médicaments jusqu’à ce que Mélodie s’en rende compte et me les confisque.
Je suis pire qu’un gosse. Je deviens presqu’accroc aux médocs en deux semaines sans m’en rendre compte et délire sur la possibilité de devenir un super-héros.
- N’empêche, si j’avais réussi, j’aurais bien voulu voir ta tête !
- Le pire je crois c’est que tu trouves ça drôle !
Mélodie avait dit ça en souriant. Je crois qu’elle aimait que je reste un gosse. Un gosse avec une clope au bec et des T-shirts trop courts. Moi aussi j’aime rester un gosse. Alors je suis resté là , blotti dans ses bras, à écouter Rufus Wainwright chialer dans son micro.
- Tu crois que tu travailleras un jour ?
Je sentais la question piège qui vous fait un croche-pied au bord d’un précipice.
- Pourquoi ? Financièrement j’en ai pas besoin. Pourquoi je me ferais chier comme la plupart des gens ?
- Je sais pas. Pour avoir un objectif. Assouvir une passion…
Sa voix devenait fluette comme si elle voulait faire passer un message genre “ta vie ressemble à rien”.
- Ma vie me plaît !
- Je n’ai pas dit le contraire… Laisse tomber. C’était juste histoire de parler.
J’étais toujours dans ses bras et je ruminais. Ma bouche s’était transformée en grimace, mes bras s’étaient involontairement croisés. Intérieurement, je bouillonnais. Je me levai et sans lui jeter un regard, je pris ma veste et claquai la porte.
Une fois dehors, j’eus l’impression de remonter à la surface après une profonde apnée. J’inspirai profondément. Relâcher la pression avant de laisser s’échapper la parole irréversible.
Je suis déjà passé à un demi-doigt de rompre avec Mélodie pour une de ses putains de réflexions. Qu’est-ce que je fous bien emmitouflé dans un couple. Plus j’attends et plus je tomberai bas lorsqu’elle partira. Seul, on a rien à prouver à personne. Aucun besoin de se sentir responsable. Au début, on s’était fixé des règles pour se différencier des autres et puis tout nous a rattrapé et on s’est fait bouffer sans assaisonnement.
Je l’aime putain…
Mais je ne nous aime pas.
J’allumai une cigarette en marchant le long de la Meuse jusqu’à un banc assez éloigné d’un groupe de connards qui aguichaient les étudiantes. Le vent fouettait mon visage mais il n’était pas assez fort pour assécher ma barbe imbibée de larmes.

Le Talentueux Monsieur Boulay (Boulay’s game)

de Thomas le Friday 14 September 2007

Je suis un téléphage, capable de regarder n’importe quel excrément télévisuel pondu par les grandes sociétés qui ont fait de la télé-réalité un produit “bankable”, comme ils disent. Récemment, je me suis attardé sur un programme diffusé par PlugTv le dimanche après-midi : “En voilà des manières”.

Il est bien trop facile de critiquer ce genre d’émission et donc je ne glisserai pas sur ce terrain ici. Je voulais simplement vous parler de Monsieur Boulay, Cyrille de son prénom - avec deux ‘L’ car c’est plus classe bien entendu. Profession : expert du savoir-vivre. Signe particulier : une tête à claques comme on n’en fait plus.

Cyrille Boulay n’enseigne pas les bonnes manières. Il les incarne. Il les vit jusqu’au plus profond de son slip. D’ailleurs, si Cyrille Boulay lisait le mot slip, il fermerait immédiatement les yeux car c’est à cela qu’on identifie le maître : improvisation, self-control et prestance. C’est un art. Un sacerdoce. Une vocation. Un ensemble de règles contradictoires absolument imbéciles qui ne servent et ne représentent rien ni personne puisqu’au fond tous sont d’infréquentables porcs.

Lorsqu’il veut évoquer un menu, les jolies narines de Cyrille Boulay frémissent à l’unisson, il a une idée ! Alors sans avoir la moindre peur d’être jugé par ses contemporains, sa langue clapote contre son palais et il nous sort : “Pour le menu, je vous propose de faire appel à un thème. Par exemple, vous pouvez favoriser la thématique de l’agrume. [...] avec peut-être une salade de pamplemousses très légère…” Et l’émotion gagne Cyrille Boulay. Au son de “thématique de l’agrume” sa glande luit. Il est tellement fier de son idée Cyrille Boulay qu’il en a simplement les larmes aux yeux.

Et c’est bon de vibrer avec lui, de sentir son amour pour les bonnes manières vous envahir, vous réchauffer alors que vos cheveux sont gras, que la veille vous avez ingurgité autant d’alcool que vous le pouviez jusqu’à ce que vous ne teniez plus debout et que vous trébuchiez sur toutes les marches qui mènent à votre appartement. Juste avant Les bonnes manières, vous avez vomi tout votre saoul, maculant la cuvette de vert pomme avec de petits morceaux de vous ne vous en souvenez plus.

Alors, puisque vous avez de l’esprit, vous rêvez de croiser Cyrille Boulay au coin d’un bar, de lui payer un coup et de le rabouiller comme il faut.

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