Page soixante-neuf
Classé dans la catégorie Textes de Colin par Colin le Friday 14 September 2007
Je ne suis pas Spiderman. Aujourd’hui, je m’en rends bien compte. En fait je vous explique : il y a environ deux semaines de ça, Mélodie et moi sommes allés manger chez sa mère, Brigitte. Généralement lorsqu’on dîne avec elle, on reste loger sur place car elle ouvre facilement trois à quatre bouteilles de rouge.
Tout se passait donc bien (en tout cas depuis que Brigitte ne m’allumait plus) jusqu’à ce que je me réveille au milieu de la nuit avec une atroce migraine. Je file dans la salle de bain, ouvre la pharmacie et me retrouve face à une vingtaine de flacons identiques. Je ne suis pas du genre à prendre en compte une notice ou des quelconques effets secondaires. Je devrais pourtant. Les migraines ont empiré, j’ai augmenté la dose de médicaments jusqu’à ce que Mélodie s’en rende compte et me les confisque.
Je suis pire qu’un gosse. Je deviens presqu’accroc aux médocs en deux semaines sans m’en rendre compte et délire sur la possibilité de devenir un super-héros.
- N’empêche, si j’avais réussi, j’aurais bien voulu voir ta tête !
- Le pire je crois c’est que tu trouves ça drôle !
Mélodie avait dit ça en souriant. Je crois qu’elle aimait que je reste un gosse. Un gosse avec une clope au bec et des T-shirts trop courts. Moi aussi j’aime rester un gosse. Alors je suis resté là , blotti dans ses bras, à écouter Rufus Wainwright chialer dans son micro.
- Tu crois que tu travailleras un jour ?
Je sentais la question piège qui vous fait un croche-pied au bord d’un précipice.
- Pourquoi ? Financièrement j’en ai pas besoin. Pourquoi je me ferais chier comme la plupart des gens ?
- Je sais pas. Pour avoir un objectif. Assouvir une passion…
Sa voix devenait fluette comme si elle voulait faire passer un message genre “ta vie ressemble à rien”.
- Ma vie me plaît !
- Je n’ai pas dit le contraire… Laisse tomber. C’était juste histoire de parler.
J’étais toujours dans ses bras et je ruminais. Ma bouche s’était transformée en grimace, mes bras s’étaient involontairement croisés. Intérieurement, je bouillonnais. Je me levai et sans lui jeter un regard, je pris ma veste et claquai la porte.
Une fois dehors, j’eus l’impression de remonter à la surface après une profonde apnée. J’inspirai profondément. Relâcher la pression avant de laisser s’échapper la parole irréversible.
Je suis déjà passé à un demi-doigt de rompre avec Mélodie pour une de ses putains de réflexions. Qu’est-ce que je fous bien emmitouflé dans un couple. Plus j’attends et plus je tomberai bas lorsqu’elle partira. Seul, on a rien à prouver à personne. Aucun besoin de se sentir responsable. Au début, on s’était fixé des règles pour se différencier des autres et puis tout nous a rattrapé et on s’est fait bouffer sans assaisonnement.
Je l’aime putain…
Mais je ne nous aime pas.
J’allumai une cigarette en marchant le long de la Meuse jusqu’à un banc assez éloigné d’un groupe de connards qui aguichaient les étudiantes. Le vent fouettait mon visage mais il n’était pas assez fort pour assécher ma barbe imbibée de larmes.









