Textes pour le mois de December 2007

Histoire de prénoms

de Thomas le Saturday 22 December 2007

Avec Veda on regardait récemment un documentaire sur le mystère de l’éducation des enfants handicapés mentaux et comme tous téléspectateurs qui se respectent nous nous sommes posés quelques questions, exemple :

Et nous ? Que ferions-nous si nous enfantions un tel marmot ?

La seule idée qui nous vint alors à l’esprit, c’est de l’appeler Cynoque. Oh nous n’irions pas jusqu’à l’attacher au fin fond de la cave comme dans Les Gonnies mais ce serait quand-même sacrément drôle !

Alors on a rigolé un bon coup puis on a zappé sur Arnold et Willy. Ce qui résonne aussi comme une bonne blague.

Il n’y a pas longtemps - pour rester sur le choix de prénoms - nous avions pris la décision que quoiqu’il advienne, nous donnerions un deuxième prénom débile à notre peut-être futur bambin. Genre Bruce. Ou Jacky. Ou Obi-Wan. Non Bruce, c’est bien.

Mon petit Brucie adoré, amène un peu une bière à papa !

Ça le fait grave, comme disent les jeunes ! Si dans quelques années vous me croisez pilotant une poussette, je peux vous assurez qu’assis confortablement, un petit Bruce ou une petite Marmelade observera gaiement le joyeux monde dans lequel nous vivons.

NB : Hard Candy est vraiment pas mal !

I wish you a merry machin (sauf à toi là-bas sur ton lit d’hôpital)

de Thomas le Friday 21 December 2007

Les derniers jours de 2007 annoncent une excellente année 2008. Je vous l’assure. Cela a commencé hier avec la réception d’une prime de fin d’année juteuse et se poursuit aujourd’hui avec la signature d’un contrat pour un travail à temps plein qui me laissera quatre après-midi de libre sur cinq sans compter les six heures de fourche qui viendront rogner ça et là mon temps de travail. Je sais l’enseignement est un milieu honteux.

Enfin je terminerai l’année en réveillonnant quelques jours in London.

Et parce que je l’écoute en boucle depuis près d’une semaine après avoir passé une après-midi à dévorer Corporate Ghost :

Et puis il y a toujours Bidextre
dont les textes Cinq et Sept relatent
l’ésotérique et néanmoins fabuleuse
histoire de Daniel Beauvoyage.

La nuit je mens

de Thomas le Wednesday 19 December 2007

Lorsque le dos tourné, atone, je me laisse lentement glisser vers le sommeil, le moindre bruit qu’elle émet me projète loin d’ici. Je me retrouve sur le bord de l’autoroute. Les voitures me frôlent et je sursaute. Mes yeux roulent dans leurs orbites. Les convulsions sabotent ma raison. Je ne contrôlent plus mes pensées. Vague, mon esprit vogue et je me perds dans les tréfonds de rêves incohérents. Dans une cabine de plage, Veda se fait dépouiller de ses os pour mourir sans douleur et je pleure.

Morceau d’adolescence #2

de Thomas le Sunday 16 December 2007


J’ai retrouvé des textes écrits à l’époque de la quatrième secondaire si mes souvenirs sont exacts. Ce sont des premiers jets livrés tels quels :

Le carrelage blanc du laboratoire était maculé de sang. Un sang bien rouge, bien épais qui avait trouvé chemin entre les nombreuses rainures du sol glacé. Le visage de Luc n’exprimait désormais plus l’étonnement. Il était livide. Ses lèvres s’entrouvrirent pour laisser échapper un cri. Cependant, le silence emplissait toujours la pièce. A la place du cri qu’il attendait, un liquide brunâtre et tiède éclaboussa ses souliers et vint se mêler à l’immense flaque pourpre qui coagulait déjà. Jamais l’imagination de Luc n’aurait pu concevoir ce spectacle. Il regretta amèrement sa curiosité. Le traumatisme commençait à lui transpercer le cœur. Il voulait s’enfuir, quitter la pièce, quitter le château, quitter ce monde… Toutefois, ses jambes restaient figées, paralysées. L’effroyable scène qui s’offrait à lui engourdissait ses muscles jusqu’à la douleur. Son regard était perdu dans le vide de l’horreur. Soudain, Luc aperçut quelque chose de familier, au fond du laboratoire, dans la baignoire qui devait probablement servir au nettoyage des berlins et autres tubes à essai. Il risqua un pas en avant immédiatement suivi d’une expression de répugnance. Luc continua à marcher, écrasant le sang qui giclait pour retomber en fines gouttelettes. Ces dernières formaient de petites ondes, brouillant ainsi le reflet de la lumière criarde. « Mon Dieu » laissa-t-il échapper avant de fondre en larmes. La baignoire était emplie d’un liquide sans couleur dans lequel s’embourbait deux corps humains, deux personnes qu’il connaissait. Georges et Anna, le personnel de son oncle gisaient là, le visage décomposé. Ce qui lui avait paru si familier, c’était la longue chevelure grise d’Anna dépassant de son tombeau. L’odeur de mort lui picotait à présent les narines. La mort avait empoisonné l’air et il venait seulement de s’en rendre compte. Ses yeux brouillés par les pleures distinguèrent une feuille de papier tachée de sang, déposée sur le rebord du cercueil blanc. Luc prit ce qui lui semblait être une lettre puis concentra ses forces pour lire. « Ils sont entrés. Dieu m’a demandé de leur enlever la vie… Je ne peux plus supporter cette lourde tâche… » C’était l’écriture de son oncle. Il en était persuadé. Luc se pencha pour ouvrir la fenêtre afin d’aérer le laboratoire lorsque tout-à-coup, le cadavre de Georges se mit à frémir. Les convulsions remuèrent le liquide qui éclaboussa les mains de Luc. Ça le brûlait. De l’acide ! Il tourna les talons et tenta de courir vers la porte. Son pied gauche glissa sur le sang et il s’étala de tout son long sur l’établi de chimiste. Sa main heurta un bout de verre qui traînait là et qui lui entailla la peau. En quelques secondes il était dehors, hurlant de frayeur. Brusquement son corps s’effondra sur le parquet patiné du salon. La vue de son propre sang avait été le frisson de trop. Lorsqu’il se réveilla, son oncle était dos à lui, debout, le combiné de téléphone en main. Il parlait fort comme s’il avait eu peur. Cependant, étrangement, ce n’était pas sa voix qui résonnait dans la pièce. […]

Dix secondes à la cité administrative

de Thomas le Saturday 15 December 2007

D’après Veda, les heures d’attente à la cité administrative sont une corvée. Je n’en sais encore rien car ce matin, pour la deuxième fois, mon ticket a expiré au bout d’une dizaine de secondes. Pourtant j’avais prévu Julio Cortázar et Cronopes et Fameux. Au cas-où. Et dire que j’avais reporté cette mise à jour de carte d’identité depuis la mi-juin, évitant d’ouvrir les enveloppes de rappel.

Dix secondes m’ont laissé largement le temps d’entrevoir l’essentiel : même après six mois de chomâge, je ne ressemble pas à la caricature d’un assisté que je ne vous décrirais pas ici.

Finalement, je me retrouve assis au Rivoli comme au bon vieux temps. Rien n’a changé. Les gens sont rarement accompagnés et, l’oreille pendue à leur portable hors de prix, ils oeuvrent toujours pour la discrétion.

Dans la rue, les vieux ajustent leurs pas sur ceux d’autres vieux et tous sont coiffés de la même casquette. A carreaux. Identique à la mienne. La moins cher qu’on puisse trouver dans les rayons de l’espace vêtement d’un pet shop du centre. Après tout, je suis peut-être vieux avant l’âge. Retraité avant d’avoir réellement travaillé. Souvent c’est mon impression.

Tout ça me donne envie de boire des bières ce soir. En même temps, on trouve toujours une excuse pour boire des bières. Toujours quelque chose à fêter. Toujours quelque chose à oublier.

<edit> En plus, la Perfectdraft
fonctionne à nouveau ! </edit>