Morceau d’adolescence #2

Classé dans la catégorie Fiction par Thomas le Sunday 16 December 2007


J’ai retrouvé des textes écrits à l’époque de la quatrième secondaire si mes souvenirs sont exacts. Ce sont des premiers jets livrés tels quels :

Le carrelage blanc du laboratoire était maculé de sang. Un sang bien rouge, bien épais qui avait trouvé chemin entre les nombreuses rainures du sol glacé. Le visage de Luc n’exprimait désormais plus l’étonnement. Il était livide. Ses lèvres s’entrouvrirent pour laisser échapper un cri. Cependant, le silence emplissait toujours la pièce. A la place du cri qu’il attendait, un liquide brunâtre et tiède éclaboussa ses souliers et vint se mêler à l’immense flaque pourpre qui coagulait déjà. Jamais l’imagination de Luc n’aurait pu concevoir ce spectacle. Il regretta amèrement sa curiosité. Le traumatisme commençait à lui transpercer le cœur. Il voulait s’enfuir, quitter la pièce, quitter le château, quitter ce monde… Toutefois, ses jambes restaient figées, paralysées. L’effroyable scène qui s’offrait à lui engourdissait ses muscles jusqu’à la douleur. Son regard était perdu dans le vide de l’horreur. Soudain, Luc aperçut quelque chose de familier, au fond du laboratoire, dans la baignoire qui devait probablement servir au nettoyage des berlins et autres tubes à essai. Il risqua un pas en avant immédiatement suivi d’une expression de répugnance. Luc continua à marcher, écrasant le sang qui giclait pour retomber en fines gouttelettes. Ces dernières formaient de petites ondes, brouillant ainsi le reflet de la lumière criarde. « Mon Dieu » laissa-t-il échapper avant de fondre en larmes. La baignoire était emplie d’un liquide sans couleur dans lequel s’embourbait deux corps humains, deux personnes qu’il connaissait. Georges et Anna, le personnel de son oncle gisaient là, le visage décomposé. Ce qui lui avait paru si familier, c’était la longue chevelure grise d’Anna dépassant de son tombeau. L’odeur de mort lui picotait à présent les narines. La mort avait empoisonné l’air et il venait seulement de s’en rendre compte. Ses yeux brouillés par les pleures distinguèrent une feuille de papier tachée de sang, déposée sur le rebord du cercueil blanc. Luc prit ce qui lui semblait être une lettre puis concentra ses forces pour lire. « Ils sont entrés. Dieu m’a demandé de leur enlever la vie… Je ne peux plus supporter cette lourde tâche… » C’était l’écriture de son oncle. Il en était persuadé. Luc se pencha pour ouvrir la fenêtre afin d’aérer le laboratoire lorsque tout-à-coup, le cadavre de Georges se mit à frémir. Les convulsions remuèrent le liquide qui éclaboussa les mains de Luc. Ça le brûlait. De l’acide ! Il tourna les talons et tenta de courir vers la porte. Son pied gauche glissa sur le sang et il s’étala de tout son long sur l’établi de chimiste. Sa main heurta un bout de verre qui traînait là et qui lui entailla la peau. En quelques secondes il était dehors, hurlant de frayeur. Brusquement son corps s’effondra sur le parquet patiné du salon. La vue de son propre sang avait été le frisson de trop. Lorsqu’il se réveilla, son oncle était dos à lui, debout, le combiné de téléphone en main. Il parlait fort comme s’il avait eu peur. Cependant, étrangement, ce n’était pas sa voix qui résonnait dans la pièce. […]

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