Textes pour la catégorie En saigner
A mon étoile ?
de Thomas le Wednesday 16 January 2008
Dimanche soir. Alors que je me tournais et retournais dans le lit, simplement parce que le lendemain matin, le lundi allait repointer sa vilaine tête, je me souvins de mes premières amours. Le journalisme.
D’accord, les horaires sont affreusement surchargés et le salaire est souvent loin de suivre. Le reste n’est pourtant qu’avantages pour moi. Un métier où je peux me sentir bien. Pourquoi n’y ai-je pas pensé plus tôt ? Cela me parait si simple tout d’un coup.
Essayons donc de nous trouver une petite place de pigiste. La chose n’est pas aisée mais si elle se produit, que la vie sera moins stressante. Ecrire pour vivre. Même écrire de la merde pour vivre serait grandiose. L’idée me semble si alléchante que j’en pleurerais.
Alors que j’écris ces lignes, j’entends quelques collègues à l’autre bout de la pièce qui discutent du professeur que je remplace. Les nouvelles ne sont pas joyeuses. Je vois alors une porte lourde et opaque se refermer sur moi tandis que la minute fatidique perfore mes tympans…
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Comme je l’avais prévu, depuis, mes cours ne sont que soubresauts d’optimisme : certains élèves m’apparaissent même… Hum… “Sympas” !?!
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Chronique de la salle des profs
de Thomas le Wednesday 9 January 2008
Mon retour dans une salle des profs est aussi pénible que la fin de mon intérim de l’année dernière était réjouissante.
La pièce est immense et pourtant, je m’y sens à l’étroit. Les minutes semblent si longues. J’ai l’impression que ma barbe pousse plus vite en ce lieu. Je passe mon temps à espérer qu’il sonne pour en finir avec ce malaise et lorsque mon souhait se réalise, des crampes violentent mes intestins.
Les gens ne se rendent pas compte à quel point ce métier peut être stressant. Oui. Oui. Congés. Congés. Congés. Mais entre ces congés, l’estomac se contorsionne, le cœur tonne et la tête tourne. Tous les matins, ça recommence. Que ne ferions-nous pas pour quelques billets de plus ?
J’attends. Evidemment, cette profession majoritairement féminine possède toujours son pseudo mâle dominant. La grande gueule. Le comique. Le trublion. Celui qui à la fois exaspère et détend l’atmosphère à coup de fallacieuses galéjades. Chaque salle des profs dispose d’un spécimen. Au moins un.
Pour le reconnaître rapidement, un conseil : fixez la porte d’entrée. Celui qui s’engouffrera en chantonnant “Bonjour collègues adorés”, sera ce burlesque bouffon. Toujours de bonne humeur, motivé en plein. Mon opposé direct. En effet, la politesse m’astreint à une totale discrétion.
Pour nombre de ces “collègues adorés” - enfin les plus avertis, seuls à remarquer ma présence - j’ai l’air gentil. Certains s’interrogent sans nulle doute sur ce que je fabrique avec ce carnet chargé de ratures et de dessins. Aucun pourtant n’aura à l’esprit que je les pastiche d’une manière acidulée.
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On prend le même et on recommence…
de Thomas le Sunday 17 June 2007
Il y a quelques semaines, lorsque j’étais encore un enseignant empli de souffrances, j’avais donné comme consigne aux élèves de troisième de rédiger un texte sur une quelconque célébrité. Je vous livre donc l’une des oeuvres:
Le combattant (27 avril 2007)
C’est un garçon que j’admire très particulièrement. Avec sa maladie, il est vraiment très courageux ; il ne se plaint jamais. Il a réussi à accomplir son rêve : devenir chanteur. Celui-ci, par son interprétation “SOS un terrien en détresse” a ému le public. Quand j’écoute son album qui est vraiment remarquable, on ne sait que dire, sauf qu’il a trouvé des chansons qui lui conviennent. Qui aurait pu croire que Grégory avec une maladie aussi grave aurait su aller jusqu’au bout de son rêve. En tout cas, je lui tire mon chapeau et je lui souhaite une très longue carrière !
Anaïs
Ironique n’est-il pas ? Trois jours plus tard, l’artiste en question poussait son dernier soupir. Quelle longue carrière !
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Malgré tout, ‘Indigènes’ reste un très mauvais film…
de Thomas le Thursday 24 May 2007
Délivré. Ce sera mon sentiment dans à peine vingt-trois petites heures de cours. Une fin d’intérim provoquée par un excès de congés-maladie du professeur que je remplace. Les vacances commencent tôt.
Dès le premier juin, je me gorgerai d’apathie. Je me laisserai glisser sous une épaisse nonchalence. Me ré-éduquer. Apprendre à nouveau à ne plus travailler. Plus de stress ni de peurs irrationnelles. Je m’attacherai à emplir mon agenda de vides et chaque minute sera une source de jouissance sans nom.
Et puis d’ici-là,
je verrai deux fois
les Smashing Pumpkins !
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Cyclotimie
de Thomas le Thursday 10 May 2007
Heureusement qu’il existe des films comme Little Miss Sunshine qui vous font ressortir les tripes par les yeux. ça vous injecte un soupçon d’envie d’appartenir à l’espèce humaine. Un dernier infime espoir. Je me trompe sans doute. Non, je le sais. Cependant, aujourd’hui, j’ai envie de jouer la comédie, de faire semblant. M’offrir un peu plus de couleur.
Le problème, c’est que je reste malgré tout persuadé que dans quinze minutes, ce sentiment disparaîtra. C’en sera fini. Je me glisserai à nouveau dans le « confortable » bain de la vie quotidienne. Youpie.
Les sables sont mouvants et bien tièdes. Et plus on se débat, plus on s’enfonce. Aucun moyen d’en sortir. L’optimisme est un faux-fuyant, un prétexte inintelligent. Une excuse de connard.
Deux fois cinquante minutes de rémission.
Un quart d’heure plus tard. Je l’avais prédit : ça ne dure aucunement. Deux élèves dehors. Six notes dans des journaux de classe crasseux. Des ta mère la pute, grosse salope, ta gueule et autres insultes en arabe ou turc que je ne peux comprendre crèvent le silence de la classe.
Je dois inspirer et expirer lentement. Me blottir au fond de ma caverne, me cramponner à mon animal porteur de sens pour ne pas attraper une tête au hasard, l’arracher et balancer le reste du corps ensanglanté par la fenêtre.
Je vous le jure, parfois je suis à un doigt et demi d’en coller une au mur et de frapper jusqu’à la charpie. Ne plus sentir aucune résistance, aucune vie. Sublime exutoire.
Impétueuse œuvre d’art.
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