Demain ne ressemblera à rien ®
Mercredi 16 juillet 2008
Je comptais écrire aujourd’hui. Veda devait braver le mauvais temps à la recherche de bottes en caoutchouc et autres courses jusqu’à ce que Deuch me sonne pour une promenade à Belle-île.
Cela n’a rien à voir avec la chanson de Voulzy ! Belle-île est une galerie commerciale liégeoise envahie chaque jour par de trop nombreuses et loqueteuses familles et des groupes de gommeux mulets ou de tapineuses nymphettes.
Je n’aime pas y aller mais par amitié j’y concède.
Les recherches de Veda et de Valéria sont infructueuses. Le stock de bottes en caoutchouc a été dévalisé par le fruste public des Ardentes. Pendant trois bonnes heures, nous scrutons chaque magasin, de Belle-île au quartier du Longdoz. Nada. Dour, c’est demain et je suis déjà fatigué.
Finalement elles se trouvent quelques paires dans une échoppe plutôt étrange, tenue par une vieillard en sandales noires à scratchs et chaussettes de sport blanches qui les drague à coup de plaisanteries appartenant aux années soixante. Et cette échoppe, elle est dans notre quartier ! A cinq mètres de chez Deuch !! A trente mètres de chez nous !!!!
Nous noyons cette interminable balade couronnée de succès dans quelques bières, le temps de tout prévoir pour le lendemain.
Veda et moi rentrons chez nous, bouclons nos sacs, vidons des bouteilles d’eau, transvasons les alcools pour les déposer dans le réfrégirateur.
Enfin vers 22h00, nous nous lançons dans un film, histoire de ne pas trop réfléchir, de ne pas trop se réjouir. Cloverfield. Simplement divertissant.
What a pretty moustache ! ®
Mardi 15 juillet 2008
L’heure est aux provisions.
Quoi ? Les bières en plastique n’existent plus ?
Il paraît que pour le rachat de BudWeiser, InBev a dû réduire certains coûts et plonger les festivaliers dans de profonds émois.
Plusieurs solutions s’offrent à nous. Le cubi de vin décartonné avec les maux de crâne qui l’accompagnent. Le pastis et son prix avantageux puisque l’eau fraîche est gratuite. Cependant, je ne pourrai en boire plus de deux verres. Les vodkas et autres boissons garces qui sont peut-être un peu suicidaires pour quatre jours d’affilée.
Le Martini ? Ah oui c’est bien ça le Martini. Une nuit au congélateur, facile à boire, pas trop décapant voire raffraîchissant…
Vous m’en mettrez trois litres !
Je compte esquiver mon végétarisme passif en prenant des provisions de plats à l’italienne - les fameux Italiaanse Schotel met Balletjes - à consommer froids sur le coup de cinq heures du matin.
Cela me rappelle les nuits avec Laurent lorsque nous avions quinze ans, deux adolescents découvrant le corps humain (soupir) … Rien de sexuel dans ces propos, nous revenions en fait de soirées où il était plus facile de séduire une fille sans parler que de ramasser une raclée par les susceptibles gaillards du coin.
Emilie débarque avec Sébastien en soirée pour élaguer la tête échevelée de Veda. J’en profite également avant de tailler cette barbe fournie qui m’incommode. J’y sculpte une belle moustache de biker à peine visible.
Je suis un homme, maman.
Haute-définition ®
Lundi 14 juillet 2008
Mon frère ayant quitté le nid familial abrité sous son fantastique chapeau, j’ai décidé de kidnapper sa rutilante boîte PC de 850 € et je passe une bonne partie de la journée, les yeux ravis par ce spectacle de pixels dansant impeccablement sous l’impulsion de mes doigts et des paramètres programmés par Ubisoft.
Veda use de sa grosse voix pour me sortir de cette claustration latente et courir acheter une de ces tentes si pratiques qu’elles ressemblent aux capsules hoi-poi.
Des nains dans la pelouse ®
Dimanche 13 juillet 2008
On se retrouve sous le soleil d’Huccorgne beaucoup trop tôt que pour ne pas ressentir les effets torpides de la fatigue.
En bons festivaliers approchant la trentaine, nous préférons ne rien laisser au hasard et préparer le cru 2008 de Dour avec précision et supputations. Pierre a d’ailleurs amener un ordinateur portable de quatre mètres sur six afin que tout le monde puisse suivre la réunion clairement.
En fait, la journée dévie rapidement vers l’écoute de vinyls, vin frais ou bière tiède à la main, les visages chatouillés par les rayons du soleil. Les gentils gendres de Vampire Weekend collent parfaitement à la circonstance.
Par contre, les aventures humides de Turpin et Totor, le livre pseudo-pédo-pornographique que le grand-père de Deuch a légué à son petit-fils dans l’optique de parfaire son éducation sexuelle, ne remportent pas un franc succès.
Bizarrement, plus l’alcool prend d’assaut les flux sanguins, plus les discussions revêtent un esprit sérieux, tantôt religieux, tantôt politique. Toutefois les étoiles brillent déjà depuis longtemps et le désir d’approfondir nos pensées coïncide avec le besoin de sommeiller.
Nuit blanche ®
Samedi 12 juillet 2008
Je passe une bonne partie de la journée à écrire ou décrire des journées tantôt stériles, tantôt futiles. Des journées humaines. Combler le retard n’est pas une cause facile à défendre. L’accumuler, par contre…
On passe la fin de journée sous un ciel gris mais bucolique et j’apprends que mon frère s’est engagé pour deux semaines de scoutisme effrénées. J’ai une place de Dour sur les bras, festival qui ne sera sans doute pas complet avant son coup d’envoi.
Je râle.
Lui, il s’en contrefiche. Un, il n’a pas payé sa place. Deux, il sera à quelques centaines de kilomètres d’ici-là. Trois, il a un beau chapeau australien.
Veda pense presqu’exclusivement à Mars Volta. Tous nos amis font la fête quelque part ce soir. Nous ne les rejoindrons pas.
Par contre, une fois dans l’inconfortable lit pliant, nous commençons à discuter. A mi-voix, à mi-rires, à mi-excitation. Les heures s’enchaînent et la fatigue et les bâillements disparaissent.
Finalement, vers cinq heures du matin, nous nous levons pour dire au-revoir à Antoine qui porte toujours son chapeau. Il a sans doute dormi coiffé. Nous le dissuadons de remonter ses chaussettes jusqu’aux genoux en buvant quelques tasses de café, si bien qu’à sept heures, il nous est pratiquement impossible de fermer les yeux.
J’use alors de ma technique favorite : m’imaginer avec les pouvoirs de Spiderman. Je ne sais pourquoi, elle marche à tous les coups.
Dilemme ®
Vendredi 11 juillet 2008
Veda se débat avec sa conscience.
Elle n’a jamais vu Mars Volta mais elle ne veut pas payer une place pour Les Ardentes et rejoindre ainsi le public quasi-identique aux bourgeoises Francofolies.
Puis il y a les Kills aussi. Sans compter les Liars. Deux groupes qui ont, entre autres faits, admirablement repris du Gainsbourg.
C’est vrai que quelque part, je ne lui donne pas tort. Cependant, musicalement, j’ai plus de volonté et faire l’impasse sur quelques concerts ou festivals ne me pose aucun problème.
Surtout que le public des Ardentes, il est vrai, détient la palme de la multicultarilité qui casse les couilles. Je ne vous parle absolument pas de théories raciales mais plutôt du mélange entre des festivaliers avertis (qui ont fait Werchter avant de le détester, qui pioche dans les petits festivals les groupes qui ne viennent jamais nulle part…) et des abrutis qui atterissent sur les plaines musicales uniquement parce que c’est devenu une mode, une grosse fête de village avec brocante, à la limite de la fancy-fair.
Enfin, il nous restera après Dour, Sonic Youth aux Lokerse Feesten.
J’aimerais devenir une petite souris demain soir pour apercevoir la réaction des gens devant le spectacle ahurissant de gesticulations des ex-At the Drive-In.
[...] Pour l’anecdote (c’est ici que je fais mon Pierre Bellemare, au revoir à ceux qui sont garés en double file), j’ai eu la chance de les voir sur scène juste avant la sortie de Frances The Mute. C’est tout simplement le concert le plus violent que j’ai vu de toute ma vie (et Dieu sait si j’en ai vu beaucoup, même dans la catégorie poids lourds). Je n’ai jamais rien vécu de pareil depuis (même les concerts d’Alec Empire période ATR étaient plus délicats). En un peu plus d’une heure, toute la salle était KO. Même pas besoin de rappel. D’ailleurs, personne n’a osé en réclamer, nous étions tous beaucoup trop préoccupés par les prothèses auditives qu’il allait falloir commander dès le lendemain matin. Cette nuit-là, je n’ai pas pu dormir : le concert est repassé en boucle jusqu’au petit matin, comme si mon inconscient avait été marqué au fer rouge. Quant à mes oreilles, elles ont sifflé pendant trois jours, trois longs jours au cours desquels j’ai eu cette désagréable sensation que quelqu’un appelait mon nom, encore et encore. [...]
Extrait de The Mars Volta …
(New Kicks on the Blog)
La formule offensive ®
Jeudi 10 juillet 2008
Veda et moi pulvérisons les idées reçues. Elle détapisse chez sa soeur tandis que moi je babysitte son filleul, un jeune garçon qui passera son temps à canarder virtuellement les badauds tout en tentant d’échapper à la police qui veille au grain.
Cela nous empêche de rejoindre nos amis sur le Village gaulois. Enfin… Dans l’immédiat. Finalement, nous débarquons sur la Place Saint-Paul vers 21 heures. Les autres ont déjà vidé sept bouteilles de vin de fleur d’orangé ou un truc du style.
Je remarque rapidement que ce village n’est pas plus gaulois que le quartier d’Outremeuse est rassurant. Aucun moustachu ne braille en balançant sa chope de droite à gauche. Pas l’ombre d’un barbu tressé qui se roule sur les pavés.
Bref, des individus quelconques qui viennent s’amuser après leur boulot de merde et qui, non-content de râler quotidiennement à propos d’un pouvoir d’achat faiblard, s’abreuve de cocktails dilués à 2, 50 euros juste avant de partir en vacances avec mémé à l’autre bout de l’Europe. Navrant.
Puis, la pluie vient s’en mêler, trempant jusqu’à l’os nos envies de picoler. Nous choisissons la formule offensive pour arriver finalement à l’appartement, échevelés et avides d’une bière pression quasi-gratuite.
Nous discutons de l’histoire du grunge, essayant de calmer les ardeurs déviantes de Deuch et cet esprit contradictoire résultant d’une tendre alcoolémie.
Il essaie également de convaincre Veda de braver ses valeurs pour suivre les autres filles samedi au concert des Mars Volta dans le but détourné de me kidnapper pour une sortie testiculaire au fin fond de la Hesbaye inondée. Il a failli le bougre !
§ ( Précédemment )
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Vous écoutez The Days and Nights of Lust and Presumption de 31 Knots
