Something like home ®
Mardi 29 décembre 2009
Pour parler franchement, le sentiment de régression sociale s’atténue par moments tandis que la satisfaction des responsabilités quotidiennes évaporées agit comme un doux médicament, avalé pour échapper au vertige de la situation.
Calme contradiction entre l’indépendance des actes ordinaires et l’étroitesse d’un déguisement de parasite. Je ne vois rien sous le masque, les antennes sont incommodes mais il y fait bien chaud.
Quoiqu’il en soit, je regarde ma vie disparue dans les yeux et je la trouve belle. Les changements que je veux sont si conventionnels que je ne comprends pas pourquoi ce mois de décembre fut un tel et torpide calvaire.
Je veux retrouver Veda et Pasticcio. Something like home.
Daddy issues ®
Lundi 28 décembre 2009
Mon papa a pris congé cette semaine. Je n’ai jamais été fort proche de lui. Je l’adore évidemment mais notre relation s’est vautrée dans le lit douillet du cliché père-fils cher aux fictions.
Seulement là, j’ai fondu en larmes dans ses bras et la barbe qui me mangeait le visage n’a pas anéanti la perspective de son enfant au genou écorché par le bitume. Dès lors, il a pris son rôle à cœur et passe de trop nombreuses minutes à m’observer, me surveiller, me questionner.
Sa soeur jumelle s’est suicidée à l’alcool, son père s’est pendu. Je crois qu’il est effrayé par ces actes lâche et courageux. Les sombres discours sur la vie que je tiens depuis l’adolescence ont sans doute nourri quelques soupçons supplémentaires…
Bref. Je ne lui ai pas laissé l’occasion de me connaître sans savoir si j’en possède réellement l’envie. Je l’ai assez déçu comme ça.
Fuzzy ®
Dimanche 27 décembre 2009
Les prémisses de la vie adolescente retrouvée furent douloureux. Expliquer à mes parents, devoir se confier à eux en échappant aux conversations badines habituelles.
Mes parents ne sont pas mes amis.
Bring me home to this house of many days
Just lay me on the floor hard and cool as slate
You know I love it more and more than before I ran away
It triggers off so many hurts hurtful words and broken platesI lied to
Now I’m fuzzy
I’ve been lied to
Cependant je n’ai pas le courage de contacter mes amis. Puis je dois centrer mon attention et réfléchir à ce que je veux vraiment. Ça paraît simple mais il faut que j’en sois certain.
Alors je me réfugie dans la chambre de mon frère et tente d’intégrer sa vie un moment, réservant la nuit aux questions et à l’anxiété qui, dans mes tripes, creuse lentement son trou.
Faut-qu’on-parle time ®
Samedi 26 décembre 2009
Je dois bien avouer que je ne m’y attendais pas. Je dois pourtant admettre que c’était nécessaire. J’avais fui l’atmosphère oppressante en arpentant les rues factices d’un New-York de jeu vidéo, baladant un homosexuel à travers quelques missions explosives.
Je faisais une pause tout en lavant la vaisselle quand Veda m’a interpellé.
Ce ne fut pas drôle. Je crois que ça ne l’est jamais… Voilà comment à vingt-huit ans je me suis retrouvé chez mes parents.
Breathe me ®
Vendredi 25 décembre 2009
Pour une grande majorité d’êtres humains, la période de Noël est plutôt dépressive.
Tout le monde conviendra que les fêtes sont souvent amères, les résolutions peu avenantes et les lendemains, désenchantés.
Alors quand par un malheureux hasard le soir du 25 décembre est réservé au tout dernier épisode de Six Feet Under, les statisticiens pourront observer un pic du taux de suicide chez les téléspectateurs belges.
Celui qui s’occuppe de la programmation chez PlugTv est un sacré sadique !
Réveil(lon) ®
Jeudi 24 décembre 2009
Quand lors d’un jeu mon oncle peine à citer les sept nains, il flanche sur le dernier. La conversation s’anime et en résumé, cela ressemble à ça :
- Grincheux, Simplet, Atchoum, Timide, Dormeur, Joyeux et… et… ?
- Comme Thomas…
- Chômeur !
Je crois qu’il faut vraiment que je retrouve du travail !
Promotion déplacée ®
Mercredi 23 décembre 2009
Dernières courses de Noël. Casa. Deux femmes gèrent l’interminable file qui se forme face à la caisse enregistreuse. Une petite pancarte attire mon attention. Avec la perspective, elle semble directement surgir de l’épaule d’une des vendeuses juste à côté de la porte.
La promotion s’inscrit en gros caractères rouges sur fond jaune : BOUDIN DE PORTE. 1,99 €
L’adipeuse vendeuse n’est pas jolie, elle n’entre pas dans la catégorie de ses femmes rondes qui possèdent malgré tout un charme indéniable. Elle est le produit en promotion. Je m’esclaffe, seul face à cette foule pressée et oppressante, plongée dans ses aspirations commerciales.
Tous ces gens emmitouflés dans leurs écharpes de laine à réfléchir à leurs sentiments lorsque le père, le mari, le frère, l’enfant déchiquettera l’emballage criard, découvrant le présent. L’objectif n’est pas le plaisir d’autrui mais la caresse de son propre esprit, l’auto-congratulation, pas de « ça te plait ? », juste des « j’ai bien choisi ! ».
Moi je préfère observer ce boudin de porte rabrouer ceux et celles qui demandent un emballage-cadeau. Ça n’a pas de prix.

