Faits d’hiver 2 ®
Mardi 5 janvier 2010
Avec Audrey, on va boire quelques cafés pour teinter l’après-midi de quelques dépressives réflexions. Atonie et cadeaux de Noël.
Je lui offre Quelque chose en lui de Bartelby, le dernier Delerm pour la motiver dans la mise à jour de son carnet ; elle m’offre une jolie casquette trop petite pour mon énorme tête.
En quittant la place, nous passons par la librairie et nous achetons à deux Alcool de Poppy Z. Brite afin de satisfaire les ardeurs littéraires de Veda.
En passant devant une vitrine, la casquette trop petite voit sa jumelle à moindre prix.
Une astucieuse réflexion d’Audrey, un coup de coude dans l’épaule et voilà que retentit la sonnette du magasin. Mes joues rouges, ma demande inaudible, mes cheveux sales sous le bonnet puis sous une casquette irlandaise convoitée, les sourcils interrogateurs de la vendeuse peu sûre de ses facultés auditives et le malaise d’Audrey, surtout. Je l’avais pourtant mise en garde contre les troubles provoqués par les convenances d’une simple interaction commerciale.
Sinon, le café en bas de chez moi où chaque soir les clients me regardent de travers est plus sympa qu’il n’y parait.
Bidextre ®
Mercredi 16 décembre 2009
Boire un café avec Audrey, c’est toujours la promesse de remettre de l’ordre dans mes idées, de retrouver cette envie d’écrire qui me bouffe et de perdre l’apathie qui me dévore trois ou quatre fois plus.
Nos conversations sont pourtant des plus banales et l’écriture n’y joue pas un grand rôle. Elle est sans doute inconsciemment omniprésente mais ne constitue pas Le sujet du débat.
Je ne peux expliquer ce que je ne peux comprendre. Cependant, je reviens de chez Audrey avec une flamme revigorante et des mots plein les doigts. Nos entrevues sont trop espacées par rapport à mon besoin de coucher des idées sur papier.
C’est la seule personne proche avec qui je puis partager cette sensation et je devrais m’en souvenir.
Sur le fil du rasoir ®
Mardi 8 décembre 2009
J’attends demain avec une émotion non feinte. L’envie de revoir La Fondation Phenix suite à la dernière répétition se fait de plus en plus grande. Je ne suis pas le seul apparemment. Les électrons qui gravitent autour de ce projet ont tous pris une bonne claque qui donne envie de se bouger, d’oublier nos fainéantes idées.
Entre deux examens, Audrey vient prendre un café en bord de Grand-Place. On se programme au moins deux journées d’écriture entre Noël et Nouvel An dans sa nouvelle maison de grande personne. J’en ai sans doute plus besoin qu’elle qui écrit tous les matins poussée par deux heures de temps libre qu’elle dédie enfin à son talent.
NB : je tiens désormais le site de La Fondation Phenix à jour.
Sous couette ®
Mardi 3 novembre 2009
Je passe une journée alité, jouant avec les concepts de dépression ou de maladie.
Il n’en est pourtant rien. Simplement, je me complais ainsi emmitouflé, une brique sur les genoux, un café dans la main droite et des arbres aux feuilles orangées de l’autre côté de la vitre léchant les pierres vétustes du fort.
La journée entame alors une course folle si bien que mon café est froid et que les arbres ont disparu sous un voile nocturne.
Je n’ai pas mangé et je n’ai pas faim. J’avale mon café et dépose le livre jusque demain.
Deux heures en cité ardente ®
Mercredi 5 août 2009
Je me retrouve durant deux heures à tuer le temps en arpentant les rues d’Outremeuse. Ma carte de banque ne fonctionne plus. Sans monnaie, baisé par le consumérisme, je dois attendre Audrey pour prendre un café.
Je prends les chemins d’autrefois, ceux d’il y a un an ou d’il y a quatre ans. Je repasse devant d’anciens lieux de villégiature, des immeubles qui sont devenus muets, dont les souvenirs ont dépéri.
Les devantures ont changé. De faillite en faillite, les sandwichs sont devenus des lunettes qui sont devenues des téléphones portables qui sont devenus des sacs de voyage. La liste est longue et les passants, impossibles. Le pavé est chaud. La poussière ne demande qu’à être délayée, qu’à disparaître dans les failles et les trous qui s’ouvrent sur le monde d’en bas.
Tant de porches et de marches, tant de bancs et de murets et pourtant aucun endroit où s’asseoir pour regarder le temps filer en noircissant les pages d’un nouveau carnet. Je continue à marcher malgré ces nouvelles chaussures qui râpent la peau des talons, l’entaille et la déchire.
Je boîte et j’ai soif…
Tuez-moi ®
Jeudi 30 juillet 2009
Je me retrouve dans le centre de Liège avec l’obligation morale d’acheter de nouvelles chaussures et un jeans.
J’ai refusé l’aide d’Audrey, sachant pertinemment à quel point ce périple allait être pénible. Rien qu’à jeter un œil aux vitrines et mon visage s’empourpre.
A certaines périodes, l’introversion est telle que j’ai beaucoup de mal à affronter des épreuves aussi simples que pousser la porte d’un magasin ou même traverser une place pleine de badauds, je suffoque, la tête me tourne, je fais demi-tour et reporte la corvée à plus tard.
L’été est propice à ces sensations nauséabondes. Les soldes aussi. Mais aujourd’hui je ne peux reporter. Je fais tout de même une croix sur le jeans, aucun moyen d’enfiler les modèles récents et mon père ne supportera pas le prix du seconde main.
Pour les chaussures, je regarde les étalages, la bouche tourmentée par un goût de vomi, jusqu’à ce que j’entre dans un magasin délaissé. Tout s’enchaîne alors : une paire, une taille, un essayage, moins de cinq minutes pour repartir vers la voiture, en sueur, les jambes molles, mal de tête, colère envers moi et contre tous et de nouvelles chaussures bien communes.

Inadvertance ®
Vendredi 10 juillet 2009
Ma sœur m’a prêté son ordinateur portable. Je vais enfin écrire.
Comment ça je n’ai pas le droit d’utiliser « enfin » parce que j’ai repoussé ce moment pendant près de deux mois ?
Bref. J’ai branché le second écran, installé un clavier plus douillet, une véritable souris et un casque confortable. J’ai étalé à côté de moi quelques livres où piocher des idées, des dictionnaires et plusieurs albums fétiches qui, habituellement, font jaillir les mots de sous mes ongles comme par magie. J’ai été chercher mon large mug brun, talisman vital à tout essai d’écriture. J’ai des carnets inutilisés, des bics qui fonctionnent et une volée de post-it …
BORDEL OÙ AI-JE LAISSÉ MON INSPIRATION !!!

