L’envol de la Momie ®
Samedi 2 janvier 2010
Plongé dans les turpitudes de cette fin d’année, je n’ai pas noté que ma petite sœur avait annoncé ses fiançailles à l’apéritif de Noël.
J’ai l’impression d’être secoué par cette nouvelle comme un père qui verrait sa fille quitter le nid familial pour prendre son envol.
Pourtant je suis loin de ressentir quelque instinct paternel. Je suis même à des années lumières d’un frère ultra-protecteur qui casserait la gueule à celui qui se jouerait de son cœur. Ouais j’ai déjà voulu le faire mais c’était un autre contexte puis je ne pouvais pas frapper une fille…
Attention je suis super heureux pour elle, pour eux mais un petit quelque chose au fond de moi pique. Une mini-tristesse.
C’est difficile à expliquer mais je pense qu’en étant la première à se marier, elle est aussi la première à rompre un lien entre mon frère, elle et moi. Sauf voyage temporel avéré, on ne reviendra plus en arrière, on ne s’appartiendra plus vraiment… Pourtant c’est juste une bague et un bout de papier signé !
Cette minuscule douleur prouve sans aucun doute que je l’aime mais elle sera également l’excuse pour que son mariage devienne la plus grosse biture de toute ma vie (ou au moins de 2011 !)
Daddy issues ®
Lundi 28 décembre 2009
Mon papa a pris congé cette semaine. Je n’ai jamais été fort proche de lui. Je l’adore évidemment mais notre relation s’est vautrée dans le lit douillet du cliché père-fils cher aux fictions.
Seulement là, j’ai fondu en larmes dans ses bras et la barbe qui me mangeait le visage n’a pas anéanti la perspective de son enfant au genou écorché par le bitume. Dès lors, il a pris son rôle à cœur et passe de trop nombreuses minutes à m’observer, me surveiller, me questionner.
Sa soeur jumelle s’est suicidée à l’alcool, son père s’est pendu. Je crois qu’il est effrayé par ces actes lâche et courageux. Les sombres discours sur la vie que je tiens depuis l’adolescence ont sans doute nourri quelques soupçons supplémentaires…
Bref. Je ne lui ai pas laissé l’occasion de me connaître sans savoir si j’en possède réellement l’envie. Je l’ai assez déçu comme ça.
Fuzzy ®
Dimanche 27 décembre 2009
Les prémisses de la vie adolescente retrouvée furent douloureux. Expliquer à mes parents, devoir se confier à eux en échappant aux conversations badines habituelles.
Mes parents ne sont pas mes amis.
Bring me home to this house of many days
Just lay me on the floor hard and cool as slate
You know I love it more and more than before I ran away
It triggers off so many hurts hurtful words and broken platesI lied to
Now I’m fuzzy
I’ve been lied to
Cependant je n’ai pas le courage de contacter mes amis. Puis je dois centrer mon attention et réfléchir à ce que je veux vraiment. Ça paraît simple mais il faut que j’en sois certain.
Alors je me réfugie dans la chambre de mon frère et tente d’intégrer sa vie un moment, réservant la nuit aux questions et à l’anxiété qui, dans mes tripes, creuse lentement son trou.
Réveil(lon) ®
Jeudi 24 décembre 2009
Quand lors d’un jeu mon oncle peine à citer les sept nains, il flanche sur le dernier. La conversation s’anime et en résumé, cela ressemble à ça :
- Grincheux, Simplet, Atchoum, Timide, Dormeur, Joyeux et… et… ?
- Comme Thomas…
- Chômeur !
Je crois qu’il faut vraiment que je retrouve du travail !
Sic* Sic* Sic* ®
Samedi 14 novembre 2009
Je pars seul pour l’anniversaire d’Emilie dans son nouvel appartement aux alentours de Liège. Maussade, je me gare sur Sick Sick Sick.
Ma sœur a invité des étrangers, un couple qui n’est pas membre de la famille, qui jouit même d’un lien plutôt affreux avec celle-ci pour être précis sans devenir équivoque.
Mes parents connaissent mon sentiment à ce propos et tentent à plusieurs reprises de prendre la température. Je bous quelque peu.
Leur place n’est pas ici.
Je pourrais leur dire. Je devrais leur dire. Cependant tout le monde affiche une mine extasiée devant leur fils de deux ou trois ans. La dictature des nouveaux parents, je peux aisément la comprendre et la subir mais pas ici, pas maintenant, pas encore.
Alors je choque le type de quelques convictions sur la bissexualité de chacun, sur ce besoin qu’ont des amis à se toucher et s’embrasser.
Je connais son histoire et gratte donc là où ça ne risque pas de chatouiller. Il rougit, détourne le regard et se décourage définitivement d’engager la conversation.
Sick Sick Sick hurle Josh Homme lorsque je reprends la voiture. Je ne suis plus du tout maussade.
La bourse ou la vie ®
Mercredi 28 octobre 2009
J’use mes mains sur un bout de bois, évènement plutôt rare pour être signalé ici, comme je cornerais le bord de la page d’un agenda. J’essaie de fabriquer une baguette magique pour que Veda puisse prendre l’apparence de Bellatrix Lestrange lors des stupidités d’halloween.
Pour ma part et afin d’amortir le prix de la perruque rousse qui m’a servi deux ans plus tôt (ou trois, plutôt) je me transformerait en Regan, pas l’humoriste-président car ça ne s’écrit pas comme cela mais la jeune envoûtée qui vomit une substance nauséabonde (banane écrasée + thé à la menthe + peinture couleur goblin) et se masturbe violemment avec un crucifix, ce qui jaunit considérablement le rire de mon paternel lorsque je lui mime la scène.
L'être aîné ®
Samedi 12 septembre 2009
Je passe la journée à la campagne en grande partie avec Antoine comme lorsqu’on était gosses sauf qu’à l’époque on se battait constamment.
Sans jouer les Georges Perec, je me souviens surtout de cette journée durant laquelle j’ai envoyé son nez contre l’accoudoir du divan, transformant son t-shirt blanc en une tache rouge sombre. Je me souviens des longues minutes qui suivirent, essayant de repérer les gouttes de sang sur le carrelage, pour perdre finalement sa trace et ressentir une des plus grandes frayeurs de ma vie d’aîné à l’imaginer agonisant dans un coin de la maison…
Être l’aîné n’a jamais été un boulot que j’appréciais enfant. Encore à ce jour en fait. Les responsabilités, je fuis. C’était la première des premières et pourtant je crois que je l’ai bien assumée. Mon frère nest pas un petit vandale et à ce que je sache aucun mec ne s’est vraiment foutu de ma soeur !
Tout ça pour dire que nous arrivons à un âge mon frère et moi où cinq ans de différence ne compte plus et où nous pouvons passer du sacré bon temps ensemble à se bagarrer à nouveau mais cette fois par jeu vidéo interposé.

