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"ordinary life is pretty complex stuff."

 

 

Faits d’hiver 2 ®

Mardi 5 janvier 2010

Avec Audrey, on va boire quelques cafés pour teinter l’après-midi de quelques dépressives réflexions. Atonie et cadeaux de Noël.

Je lui offre Quelque chose en lui de Bartelby, le dernier Delerm pour la motiver dans la mise à jour de son carnet ; elle m’offre une jolie casquette trop petite pour mon énorme tête.

En quittant la place, nous passons par la librairie et nous achetons à deux Alcool de Poppy Z. Brite afin de satisfaire les ardeurs littéraires de Veda.

En passant devant une vitrine, la casquette trop petite voit sa jumelle à moindre prix.

Une astucieuse réflexion d’Audrey, un coup de coude dans l’épaule et voilà que retentit la sonnette du magasin. Mes joues rouges, ma demande inaudible, mes cheveux sales sous le bonnet puis sous une casquette irlandaise convoitée, les sourcils interrogateurs de la vendeuse peu sûre de ses facultés auditives et le malaise d’Audrey, surtout. Je l’avais pourtant mise en garde contre les troubles provoqués par les convenances d’une simple interaction commerciale.

Sinon, le café en bas de chez moi où chaque soir les clients me regardent de travers est plus sympa qu’il n’y parait.

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Les enfants c'est comme la neige

Promotion déplacée ®

Mercredi 23 décembre 2009

Dernières courses de Noël. Casa. Deux femmes gèrent l’interminable file qui se forme face à la caisse enregistreuse. Une petite pancarte attire mon attention. Avec la perspective, elle semble directement surgir de l’épaule d’une des vendeuses juste à côté de la porte.

La promotion s’inscrit en gros caractères rouges sur fond jaune : BOUDIN DE PORTE. 1,99 €

L’adipeuse vendeuse n’est pas jolie, elle n’entre pas dans la catégorie de ses femmes rondes qui possèdent malgré tout un charme indéniable. Elle est le produit en promotion. Je m’esclaffe, seul face à cette foule pressée et oppressante, plongée dans ses aspirations commerciales.

Tous ces gens emmitouflés dans leurs écharpes de laine à réfléchir à leurs sentiments lorsque le père, le mari, le frère, l’enfant déchiquettera l’emballage criard, découvrant le présent. L’objectif n’est pas le plaisir d’autrui mais la caresse de son propre esprit, l’auto-congratulation, pas de « ça te plait ? », juste des « j’ai bien choisi ! ».

Moi je préfère observer ce boudin de porte rabrouer ceux et celles qui demandent un emballage-cadeau. Ça n’a pas de prix.

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La perte du temps de recherche

Where’d my body go ? ®

Mercredi 2 décembre 2009

J’aime la balade du mercredi car le marché attire les adolescents comme une ménorragie de Bella, son aseptique vampire de boyfriend.

Du coup, aucun blanc-bec ne vient fumer son joint dans les sordides sentiers qui bordent le fleuve et donc je n’ai pas à subir leurs regards insistants et entendre quelques rires que je prends souvent pour moi, persécuté en permanence par une persistante paranoïa.

Par conséquent, je peux écouter Wintersleep à fond, sans me soucier d’être surpris à tout moment par les jeunes jambes d’un sportif-en-devenir.

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No hay banda no hay orchestra

Les livres coûtent cher ®

Samedi 5 septembre 2009

On aurait bien suivi la journée live à Berlin sur Arte avec du café puis de la bière et des chips mais France Télévision nous bouffe plus de la moitié des programmes. Alors, Veda s’enfuit à la bibliothèque communale (les livres neufs coûtent cher) dans l’espoir du retour dans les rayons des Aventuriers de la mer. Rien.

Son espoir ne s’est pas éteint et nous sommes partis pour un Bourse aux livres liégeoise. Un vieux bouquiniste a essayé de nous refiler un livre pour 10 euros présenté par et non de Joyce Carol Oates. Les livres d’occasion coûtent cher. Nous ne trouvons rien.

Nous montons dans une machine à remonter le temps pour  boire un café avec Marie-Rose à la terrasse du Delft. J’essaie de convaincre Veda d’acheter La Voix des Ombres et Le Choix des Ombres de Brent Weeks.

Cinquante euros pour mille pages, je pense qu’on a déjà gaspillé sans aucun remord pour des produits beaucoup plus éphémères : des concerts qui finalement ne nous laissent qu’un amer souvenir, des bières qui finalement ne nous laissent presqu’aucun souvenir.

Chez nous, accoudés au balcon, alors que les Alliés entrent dans la ville pour un simple cortège cette fois, je continue mon puéril laïus en appuyant des points tels que ouais on a pas d’argent mais taper dans la caisse pour cinquante euros de livres, c’est ce qui nous permet de rester jeunes et de pas basculer dans le côté obscur et responsable de l’âge adulte… Je trouve enfin l’argument ultime. Sans voiture, pas de diesel à payer et donc septante euros économisé en septembre.

Je brave donc une foule de professeurs, instituteurs et autres élèves studieux. Dans l’immense file, une dame accoste une autre et lui demande de ses nouvelles à grands renforts d’anecdotes personnelles. Je reconnais en la première une prof de religion de primaire connue pour ses passages à vide et ses tourments dépressifs. Je crois qu’elle me reconnait également et, étant le genre d’individu à répondre « Non… » à la question « vous allez bien ? » (les trois points de suspension résumant vingt années de malheurs psychologiques et physiques) je préfère éviter la rencontre. Étonnant.

Je feins d’être absorber par une quatrième de couverture alléchante et au bout de dix minutes, je peux la réciter. La prof de religion, elle, continue à injecter dans son récit incroyablement long de petits indices sensés me faire lever les yeux. Je ne flanche aucunement, paye et quitte cet endroit malsain.

Veda est heureuse. Je suis heureux. Elle commence à lire. Je m’installe face à l’écran pour tergiverser devant des titres de films. Je ne lance pas District 9 (que je compare fâcheusement à Independance Day) poussé par une simple curiosité : à quoi ressemblent cette fois les extra-terrestres ? Je me laisse finalement avaler par les détails et les métaphores sociales. Remué par ma conscience végétarienne, j’ai pitié pour ces bestioles… J’ai pitié aussi pour l’avenir de l’être humain.

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Café littéraire

Plus promo que fashion… ®

Jeudi 3 septembre 2009

Si toi aussi quand tu as du temps libre et des petits journaux à disposition, tu aimes contempler les mannequins au rabais (sans aucun esprit lubrique bien entendu) tu as dû trouver ton bonheur dans le dernier folder de PromoFashion.

Car au détour d’une page, sans prévenir, tu tombes sur une espèce de Julien Doré du pauvre avec une cuisse droite plutôt imposante et des yeux à organiser « une excursion réussie » de l’autre côté de la frontière hollandaise.

Alors tu feuillettes, tu feuillettes en croisant les doigts pour trouver d’autres exclusivités du même acabit et, en quatrième de couverture, sous la mention « Des prix irrésistibles » tu retrouves le sourire ravageur et les bouclettes fiévreuses de ton ami pour la journée.

Here’s the mini-cherry on top of the regular cherry
on top of the sundae of awesomeness
that is my life…

Admirez le joli désagrément causé par
la coupe des jeans chez PromoFashion…

Sans oublier le regard plutôt intrigué de la blonde de droite.

« Heu, on est toujours en shooting là ?
Ou on se ballade juste dans les bois ? »

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Greetings from Miami

August Rain ®

Jeudi 6 août 2009

Je l’ai déjà dit mais je ne supporte pas partir en vacances. Aller quelque part sans but précis excepté celui de se reposer, bronzer… Aucun intérêt pour moi. D’ailleurs, je me demande qui est vraiment fauché dans ce pays à voir les mines bronzées et les photos partagées.

La crise ? Ouais, à d’autres ! C’est l’excuse que tu invoques pour les factures mais un billet d’avion c’est pas pareil hein !

L’autre excuse, celle pour partir, c’est la pluie. Pourtant, cet été est météorologiquement au poil pour un pays tempéré, détraqué par toutes ces fusées qu’on envoie dans la Lune… Même un tantinet trop chaud. Wake up guys, it’s Belgium !

Par contre j’aime retrouver la campagne et la maison de mes parents. Mes parents, voyez-vous, ont fait le choix judicieux de ne JAMAIS partir en vacances mais de construire une piscine et d’acheter des cubis de vin pour les amis et la famille, si bien que le noyau s’est au fil des ans renforcé et que la maison ressemble parfois à un moulin, comme le veut l’expression consacrée par l’usage.

Alors tu quittes la ville pour la campagne et, encerclé par le feuillages coloré des bois aux alentours, tu prends ton pied pour le plonger dans l’eau à 25°.

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I'm Bad I'm Bad You Know It

Deux heures en cité ardente ®

Mercredi 5 août 2009

Je me retrouve durant deux heures à tuer le temps en arpentant les rues d’Outremeuse. Ma carte de banque ne fonctionne plus. Sans monnaie, baisé par le consumérisme, je dois attendre Audrey pour prendre un café.

Je prends les chemins d’autrefois, ceux d’il y a un an ou d’il y a quatre ans. Je repasse devant d’anciens lieux de villégiature, des immeubles qui sont devenus muets, dont les souvenirs ont dépéri.

Les devantures ont changé. De faillite en faillite, les sandwichs sont devenus des lunettes qui sont devenues des téléphones portables qui sont devenus des sacs de voyage. La liste est longue et les passants, impossibles. Le pavé est chaud. La poussière ne demande qu’à être délayée, qu’à disparaître dans les failles et les trous qui s’ouvrent sur le monde d’en bas.

Tant de porches et de marches, tant de bancs et de murets et pourtant aucun endroit où s’asseoir pour regarder le temps filer en noircissant les pages d’un nouveau carnet. Je continue à marcher malgré ces nouvelles chaussures qui râpent la peau des talons, l’entaille et la déchire.

Je boîte et j’ai soif…

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Putain de quinze août

 

§ Précédemment