Réveil(lon) ®
Jeudi 24 décembre 2009
Quand lors d’un jeu mon oncle peine à citer les sept nains, il flanche sur le dernier. La conversation s’anime et en résumé, cela ressemble à ça :
- Grincheux, Simplet, Atchoum, Timide, Dormeur, Joyeux et… et… ?
- Comme Thomas…
- Chômeur !
Je crois qu’il faut vraiment que je retrouve du travail !
Old Broken Toy ®
Vendredi 18 décembre 2009
Je suis le Gi-Joe auquel il manque un bras. Je suis le bonhomme Lego aux jambes usées et désarticulées. Un Big Jim nu avec un slip couleur chair, rigide et asexué. Un petit soldat en plein soleil, ramolli par la chaleur. Un Playmobil Belle Epoque abîmé par la flamme d’un briquet, une sale coupe de cheveux en prime.
Je me sens inutile. Vide et inutile.
Je suis Woody.
Mais je voudrais tant être Buzz l’Éclair…
Most not Wanted ®
Jeudi 17 décembre 2009
Je reçois des réponses négatives pour des jobs auxquels je correspondais comme l’anus d’un petit garçon au membre de son oncle pervert.
L’image est violente, tout comme ma frustration en ce moment.
Je veux de l’argent.
Mutant en emporte le vent ®
Jeudi 3 décembre 2009
Liège m’attend pour une rencontre bienveillante en vue d’une participation mutante à un futur magazine culturel.
C’est à L’Ange Vin que ça se passe, sympathique troquet au fond de la Place du Marché, engloutie par les dispositifs, prémisses de Noël et des gueules de bois.
Là, je dois rencontrer Raphaël.
Je ne sais pas à quoi il ressemble. Sur l’unique photographie que j’ai pu voir, sa peau est bleue et son crâne sans cheveu.
Dans le café, pas un client n’a la peau bleue et tous ont des cheveux. Un couple à ma droite, deux femmes au bar et un garçon coiffé en catogan lit le journal un peu plus loin.
Je m’assieds et commande un café. Une capsule de lait pourrait paraître ladre si elle n’était accompagnée d’un complet sucrier. On paie après, je n’aime pas ça : devenir l’otage du regard méfiant d’un serveur.
Un client entre, enlève son bonnet (il n’a pas beaucoup de cheveux), me regarde, sourit et me salue avant de continuer son chemin jusqu’au bar. Il commande une bière et s’enfonce dans le bistrot pour s’asseoir à la table totalement opposée à la mienne.
Je suis perplexe. Je me retourne, me penche. Le gars regarde vers moi mais ne bouge pas ni souffle un mot. Je sors mon carnet et commence à griffonner. L’heure du rendez-vous passe. Un autre quart d’heure aussi.
De temps en temps je me retourne et me penche et à chaque fois l’homme me renvoie le coup d’oeil. Une autre personne s’est assise avec lui. D’après leurs gestes, ils font connaissance… Peut-être n’étais-je pas le seul à avoir rendez-vous avec Raphaël ?
Les minutes s’allongent encore. De l’autre côté de la baie vitrée, un gars chauve suspendu à son téléphone observe l’entrée du café.
Dès qu’il raccroche, s’il rentre et que ce n’est pas lui : j’irais trouver le type au fond du café.
L’homme raccroche pour s’immerger dans la foule qui se presse sur le marché de Noël. Je me lève, traverse les volutes, m’arrête face à la dernière table et m’enquiers du prénom du type qui me dévisage en souriant.
« Non ce n’est pas moi… »
Désarçonné par la méprise, je rétorque que j’attends un contact sans savoir exactement à quoi il ressemble. L’homme m’explique alors qu’il comprend mieux en ponctuant d’un clin d’œil qui trahit son orientation sexuelle. Je m’enfuis aux toilettes et patiente tandis que mes joues perdent leurs fulgurantes rougeurs.
Quelques minutes plus tard, lorsque je retourne m’asseoir avec toute la fierté qu’il me reste, Raphaël entre dans le café et installe une passionnante discussion dont je ne puis que me réjouir dans l’attente d’une collaboration mutante à venir.
Béjaune ®
Mardi 17 novembre 2009
C’est l’anniversaire officiel de ma sœur.
Je sais qu’elle a deux ans de moins que moi mais l’algèbre étant pour moi synonyme d’une obscure magie, je suis incapable de me souvenir de mon propre âge sans réfléchir ardemment.
Je sais juste que je n’ai pas encore trente ans et c’est largement suffisant pour régir ma vie, la baliser et éviter ainsi l’abominable âge complètement adulte. Les années j’aurais tout le temps de les compter plus tard, au même titre que mes échecs…
J’avoue : à l’intérieur de ma tête chevelue, la semaine a bien commencé !
Lundypémanie ®
Lundi 16 novembre 2009
Un lundi de plus à chercher pas trouver du travail tandis qu’au dehors le monde se remet en à tourner allongeant le nombre de semaines inconstructives, une somme que je préfère ignorer.
L’impression qu’aucun chef d’entreprise ne veut de mon curriculum augmente un peu chaque jour comme une corde qui se ressert autour de mon pauvre cou.
Non cela va effrayer ma famille…
Plutôt comme un trajet vers le douillet dessous d’un pont qui diminue et s’étrangle jusqu’à ce que je sente surplomber la providentielle voûte au dessus de mes épaules courbées.
Road to grown-up period ®
Mardi 13 octobre 2009
Hier soir j’ai postulé pour un super boulot correspondant totalement à mon profil avec un joli salaire que j’aurais certainement pu atteindre après dix ans de carrière dans l’enseignement, deux cancers et trois arrêts cardiaques.
Une totale concordance des compétences, excepté pour l’aisance néerlandophone conseillée mais il n’est jamais trop tard… Combien de chance de décrocher le contrat ? À peu près une sur cinq au maximum. Bordel !
Lorsqu’on épluche quotidiennement les offres d’emploi, le hasard veut qu’on n’est jamais tout-à-fait la personne que l’entreprise recherche malgré l’équivalence du diplôme, le profil psychologique ou l’expérience acquise. C’est fort décourageant de quitter le chômage pour cette incomplémentarité qui vous fera mourir à petit feu.
Hier, Seb est venu boire des Scotchs et manger tous les petits fromages dans mon café de vieux préféré. Il m’a parlé de son boulot et ça m’a donné vraiment envie de quitter l’aridité quotidienne pour… comment appelle-t-on ça… la vie ?

