Third nipple ®
Jeudi 24 septembre 2009
Trois corps ont été repêchés à quelques mètres de chez moi à des jours différents. D’abord un couple puis un homme seul.
Le couple se serait apparemment jeté du pont de chemin de fer. Autant je peux comprendre entrevoir la courageuse lâcheté d’un suicide solitaire, autant il faut un sacré cran pour sauter main dans la main, laisser l’autre mourir aussi.

N’est pas Thelma et Louise qui veut.
Une dent contre le monde ®
Jeudi 20 août 2009
Connaissez-vous l’étrange croyance qui veut que lorsqu’en rêve on perd un dent, un proche décède dans les jours suivants ?
C’est le genre de légendes auxquelles personne ne croit vraiment, excepté qu’on connaît toujours quelqu’un (qui bien souvent connaît quelqu’un) à qui c’est arrivé et que finalement, aux tréfonds de nos convictions, là où on a rangé toutes les histoires de catéchisme, on a la trouille.
La nuit dernière, j’ai rêvé que je perdais toutes mes dents. Deux fois. Alors j’attends. Demain, ma maman fête ses cinquante ans, toute la famille et les amis sont invités et l’alcool va couler à flots, ce qui laisse de grandes probabilités à un décès soudain…
Le couscous de Joanie ®
Vendredi 7 août 2009
Joanie n’a pas son pareil pour concocter un couscous. C’est sa spécialité. Et compter les grains de semoule, c’est son hobby. Elle aime aussi avaler une cuillerée de bouillon, c’est gras et très bon.
Le liquide bouillant emplit les craquelures de ses lèvres boursouflées et continue de couler le long de son luisant menton évitant les quelques blancs boutons par les chemins détournés des imperfections de sa cosse. La sauce goûte sur la plantureuse poitrine de caoutchouc qui orne un tablier ridicule, même pas drôle pour un gosse. Un cadeau ou plutôt un souvenir du temps où Joanie avait des copines. Le temps où elle se sentait certainement moins nulle. Un temps où, sans son époux, elle pouvait rouler sa bosse.
Désormais, qu’est-ce qu’il lui restait à Joanie ? Un mari vulgaire et des grains de semoule. Une télévision et des fantasmes suicidaires. Joanie pleure. Elle envoie virevolter son tablier à l’autre bout de la cuisine, les miroirs sont un leurre, il se pose à un mètre derrière elle dans une humide bassine.
Joanie attrape une merguez congelée et l’enfonce. Juste au-dessus de son sein gauche, le vrai, le renflé, celui qui tend vers sa vulve sèche comme une pierre ponce. Aucune douleur. Joanie aimerait que la merguez soit assez dure pour transpercer l’organe fripé et impur qui lui sert de coeur…
Autour de Joanie, le temps s’arrête. Le chat commence à miauler à en perdre la tête. Joanie a vu dans un épisode de Sex and the City qu’elle pourrait utiliser la merguez d’une sinistre manière mais elle ne préfère pas y songer. Ou peut-être juste un peu : prodiguer à la saucisse une nouvelle carrière. Joanie a envie de se salir et le bouillon seul, dégoulinant de ses lèvres ne lui suffit guère.
Le ménage de Joanie ®
Lundi 20 juillet 2009
Joanie fait son ménage. Elle époussette chaque meuble vermoulu avec du papier toilette molletonné. D’un geste qu’elle veut adroit, elle envoie valser les grains de poussière. Elle peut les voir flotter, en suspens, à travers les rayons du soleil.
Joanie aimerait être un grain de poussière et flotter, en suspens, à travers les rayons du soleil. [...] tu retourneras à la poussière a dit monsieur le curé quand Joanie a enterré mamy.
Quelle indélicatesse d’envoyer valser mamy d’un coup de papier toilette molletoné. Une sous-marque, en plus. Achetée avec un bon découpé dans le Vlan par-dessus le marché.
Joanie pleure sa mamy. Quelquefois, lorsqu’elle ferme les yeux sous ses lunettes rectangulaires et difformes, elle peut encore ressentir le poil doux de sa moustache.
En rangeant le garage, elle a retrouvé enfouie sous une pile d’extraits de compte, une photographie de mamy lorsqu’elle était jeune et vierge et pas belle. Mais qu’est-ce qu’elle ressemblait à Joanie ! Excepté qu’à cet âge, Joanie n’était techniquement plus pucelle. En effet, Joanie perdit son filet à la foire de Liège en chevauchant un vilain poney.
Dans l’atmosphère, il y a moins d’air que de poussière. Joanie suffoque. Etrange et magnétique sensation que ce semblant de sac en plastique épousant les viles formes de son visage. Le manque d’oxygène lui donne des vertiges, des vapeurs. Elle est humide. Dix ans après, Joanie a encore l’impression de chevaucher le vilain poney.
Michael qui ? ®
Jeudi 25 juin 2009

Ouech ouech, ça fait quand même bizarre !
La tarte au riz de Joanie ®
Dimanche 14 juin 2009
Joanie n’a pas de meilleur souvenir que son voyage de noces à Plopsaland. Elle a posté sur Facebook les photographies féériques de cette journée et son mari aime ça.
Parfois le dimanche après-midi, Joanie découpe un morceau de tarte au riz et s’installe devant l’écran d’ordinateur pour feuilleter numériquement le plus beau jour de sa vie. Elle s’y voit encore, avec son kawé tout en couleurs et un sac banane autour du corps.
Joanie ne devrait pas manger plus d’une part de tarte au riz mais elle ne peut s’en empêcher. Dans le dos de son mari, elle se découpe un deuxième morceau et s’enferme dans le garage pour engloutir la pâtisserie dans sa Twingo. C’est son petit plaisir.
Assise au volant, elle pense parfois à allumer le moteur et laisser les gaz s’échapper, empourprer le visage et délicieusement suffoquer…
Damoclès ®
Dimanche 31 mai 2009


